Dans la 1ère moitié du 19e siècle, des négociants de la filière lin ont rassemblé les tisserands dans des ateliers, où des contre-maitres anglo-saxons ont formé les femmes des villages au métier du tissage. S’en est suivi une volonté de mécanisation qui s’est traduite par l'installation de teillages et de blanchisseries, qui ont d'abord été réunis en 1820 dans une société de commerce, puis, en 1845, dans la Société linière du Finistère.
Au cours de cet inventaire, douze ateliers ruraux ont pu être étudiés, grâce à des sources et des recherches historiques, et à l’étude de leurs vestiges sur le terrain.
Ateliers de tissage de :
- Ploudiry, dont les vestiges étaient encore visibles en 2025 (étudié) ;
- Sizun, non localisé ;
- Commana, transformé en habitation, non accessible (étudié) ;
- Saint-Sauveur et Landivisiau (deux sites), dont il ne reste plus de traces ;
- Guimiliau, site comprenant plusieurs bâtiments (étudié) ;
- Landerneau, ancien couvent des Capucins où étaient installés magasins et ateliers de tissage (étudié)
Blanchisseries de :
- Plourin-lès-Morlaix, Landivisiau et Landerneau. Seuls les bâtiments de celle de Landerneau (blanchisserie du Leck) sont encore visibles (étudié)
Teillages de :
- Pont-Pol à Plourin-lès-Morlaix, dont il reste des bâtiments et des installations du moulin à teiller (étudié) ;
- Le Stang à Plougoulm/Saint-Pol-de-Léon, usine qui rassemble ateliers, maison du patron et habitations des ouvriers sur un même site, encore visibles (étudié).
L’étude a mis en évidence une typologie récurrente dans les ateliers de tissage de la Société. Ces bâtiments, construits de plain-pied, adoptent un plan rectangulaire allongé qui permet d’aligner efficacement les métiers à tisser. À cet espace de production s’ajoute souvent une maison d’habitation pour le contremaître, comprenant une chambre et une crèche. Cette disposition traduit une volonté d’encadrer en permanence le travail et d’organiser le site de manière hiérarchisée. Ce schéma architectural se retrouve dans plusieurs ateliers de tissage ruraux, notamment à Commana, Sizun et Ploudiry. Leur implantation, toujours à proximité immédiate des bourgs, facilitait l’accès des ouvrières, qui venaient des campagnes et villages alentour.
L’inventaire a également permis de mieux comprendre les nouveaux fonctionnements de l’industrie linière. La mise en place des moulins de teillage au XIXe siècle en est un bon exemple : en remplaçant le teillage manuel, ils exploitent la force hydraulique déjà maîtrisée pour démultiplier la production. De la même manière, l’organisation du travail en ateliers permet d’optimiser leur activité, tandis que les blanchisseries sont elles aussi industrialisées pour accroître les rendements. Ces évolutions témoignent du passage d’un savoir-faire ancestral, reposant sur des gestes manuels, à une logique industrielle plus efficace et rationalisée. La Société linière fonctionne alors comme une « usine dispersée », au lieu d’être concentrée dans une seule manufacture, la production est répartie entre plusieurs ateliers et établissements de la même région. Le lin est ainsi teillé à proximité des zones de culture, envoyé ensuite à la filature de Landerneau, blanchi dans les différentes blanchisseries, tissé dans les ateliers ruraux, puis regroupé et conditionné dans les magasins des Capucins, à Landerneau, ou dans les lieux de stockage du port, avant son exportation.
Étudiante en Master Restauration et Réhabilitation du Patrimoine bâti et des sites à l'Université Rennes 2, années 2024-2025