Dossier thématique IA29131807 | Réalisé par
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Étudiante en Master Restauration et Réhabilitation du Patrimoine bâti et des sites à l'Université Rennes 2, années 2024-2025

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  • enquête thématique régionale, Inventaire des ateliers ruraux liés à la Société linière du Finistère
Inventaire des ateliers ruraux liés à la Société linière du Finistère
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  • (c) Lin et Chanvre en Bretagne

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Bretagne Nord

Dans la 1ère moitié du 19e siècle, des négociants de la filière lin ont rassemblé les tisserands dans des ateliers, où des contre-maitres anglo-saxons ont formé les femmes des villages au métier du tissage. S’en est suivi une volonté de mécanisation qui s’est traduite par l'installation de teillages et de blanchisseries, qui ont d'abord été réunis en 1820 dans une société de commerce, puis, en 1845, dans la Société linière du Finistère.

Au cours de cet inventaire, douze ateliers ruraux ont pu être étudiés, grâce à des sources et des recherches historiques, et à l’étude de leurs vestiges sur le terrain. 

Ateliers de tissage de :

- Ploudiry, dont les vestiges étaient encore visibles en 2025 (étudié) ;

- Sizun, non localisé ;

- Commana, transformé en habitation, non accessible (étudié) ;

- Saint-Sauveur et Landivisiau (deux sites), dont il ne reste plus de traces ;

- Guimiliau, site comprenant plusieurs bâtiments (étudié) ;

- Landerneau, ancien couvent des Capucins où étaient installés magasins et ateliers de tissage (étudié)

Blanchisseries de :

- Plourin-lès-Morlaix, Landivisiau et Landerneau. Seuls les bâtiments de celle de Landerneau (blanchisserie du Leck) sont encore visibles (étudié)

Teillages de :

- Pont-Pol à Plourin-lès-Morlaix, dont il reste des bâtiments et des installations du moulin à teiller (étudié) ;

- Le Stang à Plougoulm/Saint-Pol-de-Léon, usine qui rassemble ateliers, maison du patron et habitations des ouvriers sur un même site, encore visibles (étudié). 

L’étude a mis en évidence une typologie récurrente dans les ateliers de tissage de la Société. Ces bâtiments, construits de plain-pied, adoptent un plan rectangulaire allongé qui permet d’aligner efficacement les métiers à tisser. À cet espace de production s’ajoute souvent une maison d’habitation pour le contremaître, comprenant une chambre et une crèche. Cette disposition traduit une volonté d’encadrer en permanence le travail et d’organiser le site de manière hiérarchisée. Ce schéma architectural se retrouve dans plusieurs ateliers de tissage ruraux, notamment à Commana, Sizun et Ploudiry. Leur implantation, toujours à proximité immédiate des bourgs, facilitait l’accès des ouvrières, qui venaient des campagnes et villages alentour.

L’inventaire a également permis de mieux comprendre les nouveaux fonctionnements de l’industrie linière. La mise en place des moulins de teillage au XIXe siècle en est un bon exemple : en remplaçant le teillage manuel, ils exploitent la force hydraulique déjà maîtrisée pour démultiplier la production. De la même manière, l’organisation du travail en ateliers permet d’optimiser leur activité, tandis que les blanchisseries sont elles aussi industrialisées pour accroître les rendements. Ces évolutions témoignent du passage d’un savoir-faire ancestral, reposant sur des gestes manuels, à une logique industrielle plus efficace et rationalisée. La Société linière fonctionne alors comme une « usine dispersée », au lieu d’être concentrée dans une seule manufacture, la production est répartie entre plusieurs ateliers et établissements de la même région. Le lin est ainsi teillé à proximité des zones de culture, envoyé ensuite à la filature de Landerneau, blanchi dans les différentes blanchisseries, tissé dans les ateliers ruraux, puis regroupé et conditionné dans les magasins des Capucins, à Landerneau, ou dans les lieux de stockage du port, avant son exportation.

Moteurs dans la production et l’organisation des manufactures, les négociants prennent l’initiative, dès le début du 19e siècle, de réunir les ouvriers, en particulier les tisserands, dans des ateliers ruraux. Ces regroupements marquent une étape décisive dans le passage d’un système de production domestique, éclaté et artisanal, vers une forme plus structurée et centralisée qui annonce l’industrialisation. 

Dans le Finistère, cette dynamique s’accompagne d’une mobilisation de capitaux mais aussi d’un appel à des savoir-faire extérieurs : savoir-faire agricoles, techniques et commerciaux venus des pays du Nord, auxquels s’ajoutent les compétences d’ouvriers anglo-saxons aguerris au travail mécanique. Une petite communauté écossaise vient d’ailleurs s’installer à proximité du site industriel, contribuant à ce transfert de compétences. C’est dans ce contexte que, le 31 janvier 1845, plusieurs négociants du Finistère choisissent de s’unir pour former une société en nom collectif : la Société linière du Finistère. Elle réunit MM. Heuzé, Goury et Radiguet, négociants de Landerneau, M. Homon, négociant de Morlaix, et M. Le Roux, négociant de Landivisiau. Le but est clair : mettre en commun leurs ateliers, répartis jusque-là sur différents territoires, afin de produire davantage et de ne pas entrer en concurrence les uns avec les autres. 

Chaque négociant apporte ainsi à la nouvelle société des « ateliers ruraux » qui, auparavant, travaillaient indépendamment, mais qui vont désormais apprendre à conjuguer leurs efforts, à mutualiser leurs savoir-faire et à intégrer progressivement de nouvelles machines pour améliorer la productivité. Ces ateliers ruraux figurent dans les statuts de la Société, rédigés dès 1845. Toutefois, il convient de noter que certains ateliers recensés dans le cadre de l’inventaire actuel ne figurent pas parmi les apports initiaux : ils ont été acquis ou loués au nom de la Société dans un second temps, après sa constitution, comme ce fut sans doute le cas pour l'atelier de Guimiliau ou encore pour le moulin du Stang. La Société linière du Finistère est dissoute en 1891, après quarante-six années d’activité, en raison du déséquilibre croissant entre une production trop importante et une demande en déclin.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle , daté par source

Documents d'archives

  • Archives municipales de Landerneau, série 1S 6. Registre journal de la Société linière du Finistère, 1867-1868, p. 48-49

    Archives municipales de Landerneau : 1S 6
  • Archives municipales de Landerneau, série 1 S 92. Registres des actionnaires. Assemblée Générale des actionnaires de la Société linière, 1886-1895

    Archives municipales de Landerneau : 1S 92.

Bibliographie

  • BLAVIER, Yves. La Société linière du Finistère, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,1999, pp.12-102.

  • BLAVIER Yves, La Société linière du Finistère. Ouvriers et entrepreneurs à Landerneau au XIXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 1999, 247p. 

Annexes

  • Blanchisseries Plourin-lès-Morlaix
  • Les ateliers de Landivisiau et de Saint-Sauveur
  • Atelier de tissage de Sizun
  • Blanchisseries Homon, Plourin-lès-Morlaix
  • Les ateliers de Landivisiau
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Bretagne
(c) Lin et Chanvre en Bretagne

Étudiante en Master Restauration et Réhabilitation du Patrimoine bâti et des sites à l'Université Rennes 2, années 2024-2025

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