Dossier thématique IA29131807 | Réalisé par
  • enquête thématique régionale, Inventaire des ateliers ruraux liés à la Société linière du Finistère
Inventaire des ateliers ruraux liés à la Société linière du Finistère
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  • (c) Lin et Chanvre en Bretagne

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Bretagne Nord

L’Inventaire des ateliers ruraux de la Société linière du Finistère permet de mieux comprendre le fonctionnement de cette entreprise créée en 1845, à Landerneau (cf. dossier). La construction ex nihilo de teillages ou leur installation dans d'anciens moulins, situés sur les lieux de culture entre Morlaix et Pontrieux, en est une bonne illustration : en remplaçant le teillage manuel, ils exploitent la force hydraulique déjà maîtrisée pour démultiplier la production. De la même manière, le regroupement du travail en ateliers permet d’optimiser l’activité de tissage en la centralisant à la campagne. Les blanchisseries sont modernisées pour accroître les rendements et s'adapter aux nouveaux procédés de blanchiment. Ces évolutions témoignent du passage d’un savoir-faire ancestral, reposant uniquement sur un travail artisanal à domicile, à une logique industrielle de rationalité. La Société linière fonctionne alors comme une « usine dispersée », au lieu d’être concentrée en ville dans une seule manufacture. La production est répartie entre plusieurs ateliers et usines réparties dans le Léon et le Trégor. Le lin est ainsi teillé à proximité des zones de culture, puis acheminé et stocké dans les entrepôts de Landerneau, avant d'être peigné, filé et tissé dans la filature de Traon-Elorn (Landerneau) et les ateliers ruraux de Commana, Ploudiry, Sizun, Saint-Sauveur, Guimiliau. Les toiles sont blanchies au Leck (Landerneau) mais aussi à Landivisiau et Plourin-lès-Morlaix, avant d'être regroupées et conditionnées dans les magasins des Capucins, à Landerneau, et entreposées dans les lieux de stockage du port, dans l'attente de leur exportation.

L’étude met en évidence une typologie commune à certains ateliers de tissage de la Société linière du Finistère (Commana, Ploudiry, Sizun). Ces bâtiments en rez-de-chaussée, très longs, permettent d’aligner efficacement les métiers à tisser. À cet espace de production s’ajoute une ou deux maisons d’habitation pour les contremaîtres. Cette disposition traduit une volonté d’encadrer en permanence le travail et d’organiser le site de manière hiérarchisée. Leur implantation, toujours à proximité immédiate des bourgs, facilite l’accès des ouvrières, qui venaient des campagnes et villages alentours. Parallèlement à cette organisation en ateliers, le tissage à domicile est maintenu pour contribuer à l'approvisionnement de la Société linière du Finistère.

Ateliers de tissage de :

- Ploudiry, dont les vestiges étaient encore visibles en 2025 (étudié) ;

- Sizun, non localisé ;

- Commana, transformé en habitation, non accessible (étudié) ;

- Saint-Sauveur et Landivisiau (deux sites), dont il ne reste plus de traces ;

- Guimiliau, site comprenant plusieurs bâtiments (étudié) ;

- Landerneau, ancien couvent des Capucins où étaient installés magasins et ateliers de tissage (étudié)

Blanchisseries de :

- Plourin-lès-Morlaix, Landivisiau et Landerneau. Seuls les bâtiments de celle de Landerneau (blanchisserie du Leck) sont encore en place (étudiée)

Teillages de :

- Pont-Pol à Plourin-lès-Morlaix, dont il reste des bâtiments et des installations du moulin à teiller (étudié) ;

- Le Stang à Plougoulm/Saint-Pol-de-Léon, usine qui rassemble ateliers, maison du patron et habitations des ouvriers sur un même site, encore en place (étudié). 

Moteurs dans la production et l’organisation des manufactures, les négociants prennent l’initiative, dès le début du 19e siècle, de réunir les ouvriers, en particulier les tisserands, dans des ateliers ruraux. Ces regroupements marquent une étape décisive dans le passage d’un système de production domestique, éclaté et artisanal, vers une forme plus structurée et centralisée qui annonce l’industrialisation. 

Dans le Finistère, cette dynamique s’accompagne d’une mobilisation de capitaux mais aussi d’un appel à des savoir-faire extérieurs : savoir-faire agricoles, techniques et commerciaux venus des pays du Nord, auxquels s’ajoutent les compétences d’ouvriers anglo-saxons aguerris au travail mécanique. Une petite communauté écossaise vient d’ailleurs s’installer à proximité du site industriel, contribuant à ce transfert de compétences. C’est dans ce contexte que, le 31 janvier 1845, plusieurs négociants du Finistère choisissent de s’unir pour former une société en nom collectif : la Société linière du Finistère. Elle réunit MM. Heuzé, Goury et Radiguet, négociants de Landerneau, M. Homon, négociant de Morlaix, et M. Le Roux, négociant de Landivisiau. Le but est clair : mettre en commun leurs ateliers, répartis jusque-là sur différents territoires, afin de produire davantage et de ne pas entrer en concurrence les uns avec les autres. 

Chaque négociant apporte ainsi à la nouvelle société des « ateliers ruraux » qui, auparavant, travaillaient indépendamment, mais qui vont désormais apprendre à conjuguer leurs efforts, à mutualiser leurs savoir-faire et à intégrer progressivement de nouvelles machines pour améliorer la productivité. Ces ateliers ruraux figurent dans les statuts de la Société, rédigés dès 1845. Toutefois, il convient de noter que certains ateliers recensés dans le cadre de l’inventaire actuel ne figurent pas parmi les apports initiaux : ils ont été acquis ou loués au nom de la Société dans un second temps, après sa constitution, comme ce fut sans doute le cas pour l'atelier de Guimiliau ou encore pour le moulin du Stang. La Société linière du Finistère est dissoute en 1891, après quarante-six années d’activité, en raison du déséquilibre croissant entre une production trop importante et une demande en déclin.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle , daté par source

Documents d'archives

  • Archives municipales de Landerneau, série 1S 6. Registre journal de la Société linière du Finistère, 1867-1868, p. 48-49

    Archives municipales de Landerneau : 1S 6
  • Archives municipales de Landerneau, série 1 S 92. Registres des actionnaires. Assemblée Générale des actionnaires de la Société linière, 1886-1895

    Archives municipales de Landerneau : 1S 92.

Bibliographie

  • BLAVIER, Yves. La Société linière du Finistère, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,1999, pp.12-102.

  • BLAVIER Yves, La Société linière du Finistère. Ouvriers et entrepreneurs à Landerneau au XIXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 1999, 247p. 

Annexes

  • Blanchisseries Plourin-lès-Morlaix
  • Les ateliers de Landivisiau et de Saint-Sauveur
  • Atelier de tissage de Sizun
  • Blanchisseries Homon, Plourin-lès-Morlaix
  • Les ateliers de Landivisiau
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025