L’Inventaire des ateliers ruraux de la Société linière du Finistère permet de mieux comprendre le fonctionnement de cette entreprise créée en 1845, à Landerneau (cf. dossier). La construction ex nihilo de teillages ou leur installation dans d'anciens moulins, situés sur les lieux de culture entre Morlaix et Pontrieux, en est une bonne illustration : en remplaçant le teillage manuel, ils exploitent la force hydraulique déjà maîtrisée pour démultiplier la production. De la même manière, le regroupement du travail en ateliers permet d’optimiser l’activité de tissage en la centralisant à la campagne. Les blanchisseries sont modernisées pour accroître les rendements et s'adapter aux nouveaux procédés de blanchiment. Ces évolutions témoignent du passage d’un savoir-faire ancestral, reposant uniquement sur un travail artisanal à domicile, à une logique industrielle de rationalité. La Société linière fonctionne alors comme une « usine dispersée », au lieu d’être concentrée en ville dans une seule manufacture. La production est répartie entre plusieurs ateliers et usines réparties dans le Léon et le Trégor. Le lin est ainsi teillé à proximité des zones de culture, puis acheminé et stocké dans les entrepôts de Landerneau, avant d'être peigné, filé et tissé dans la filature de Traon-Elorn (Landerneau) et les ateliers ruraux de Commana, Ploudiry, Sizun, Saint-Sauveur, Guimiliau. Les toiles sont blanchies au Leck (Landerneau) mais aussi à Landivisiau et Plourin-lès-Morlaix, avant d'être regroupées et conditionnées dans les magasins des Capucins, à Landerneau, et entreposées dans les lieux de stockage du port, dans l'attente de leur exportation.
L’étude met en évidence une typologie commune à certains ateliers de tissage de la Société linière du Finistère (Commana, Ploudiry, Sizun). Ces bâtiments en rez-de-chaussée, très longs, permettent d’aligner efficacement les métiers à tisser. À cet espace de production s’ajoute une ou deux maisons d’habitation pour les contremaîtres. Cette disposition traduit une volonté d’encadrer en permanence le travail et d’organiser le site de manière hiérarchisée. Leur implantation, toujours à proximité immédiate des bourgs, facilite l’accès des ouvrières, qui venaient des campagnes et villages alentours. Parallèlement à cette organisation en ateliers, le tissage à domicile est maintenu pour contribuer à l'approvisionnement de la Société linière du Finistère.
Ateliers de tissage de :
- Ploudiry, dont les vestiges étaient encore visibles en 2025 (étudié) ;
- Sizun, non localisé ;
- Commana, transformé en habitation, non accessible (étudié) ;
- Saint-Sauveur et Landivisiau (deux sites), dont il ne reste plus de traces ;
- Guimiliau, site comprenant plusieurs bâtiments (étudié) ;
- Landerneau, ancien couvent des Capucins où étaient installés magasins et ateliers de tissage (étudié)
Blanchisseries de :
- Plourin-lès-Morlaix, Landivisiau et Landerneau. Seuls les bâtiments de celle de Landerneau (blanchisserie du Leck) sont encore en place (étudiée)
Teillages de :
- Pont-Pol à Plourin-lès-Morlaix, dont il reste des bâtiments et des installations du moulin à teiller (étudié) ;
- Le Stang à Plougoulm/Saint-Pol-de-Léon, usine qui rassemble ateliers, maison du patron et habitations des ouvriers sur un même site, encore en place (étudié).