• étude d'inventaire
Relais de poste, Roudun (Poligné)
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général, ADAGP

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bain-de-Bretagne - Bain-de-Bretagne
  • Commune Poligné
  • Lieu-dit Roudun
  • Cadastre 1936 A2 1382, 1385
  • Dénominations
    relais de poste
  • Parties constituantes non étudiées
    écurie, étable, cour

Le relais de Roudun est un ancien relais de poste du milieu du XVIIIe siècle situé dans l’écart de Roudun, sur la commune de Poligné, dans le département d’Ille-et-Vilaine. Il s’agit d’un bâtiment important pour le patrimoine local, s’inscrivant dans le contexte des réseaux de communication et de transport des XVIIIe et XIXe siècles. Aujourd’hui, ce relais n’est plus en activité, mais il reste le témoin d’une histoire qui a structuré Poligné. Son architecture à la fois caractéristique de la commune et exceptionnelle pour sa partie en pans de bois, en font un patrimoine majeur de Poligné.

          Contexte et situation géographique du relais de Roudun

            L’ancien relais de poste de Roudun est un témoin de l’activité routière de la commune de Poligné, qui se trouvait sur la route reliant Bordeaux à Saint-Malo et donc Nantes à Rennes. Sa mise en place est liée à un emplacement stratégique et à un contexte précis.

          L’écart de Roudun

            L’écart de Roudun se situe au sud-est et en contrebas du bourg de Poligné. Les deux lieux sont reliés directement par l’actuelle rue du Semnon (ancienne voie d’accès principale au bourg, « axe historique »).

Roudun s’est développé du côté ouest de la route, et au nord du Semnon. Cette rivière forme la frontière entre Poligné et Pancé. Le cours d’eau est très important pour la constitution de l’écart, car il a favorisé l’installation d’un moulin à eau qui, dès 1546, produisait de la farine. Ce moulin a induit la création d’un bief et d’un étang de retenue, marquant le paysage. Un autre élément majeur de cet écart est le pont à trois arches qui enjambe le Semnon. Il a été reconstruit à plusieurs reprises, notamment entre 1731 et 1737.

Pour ce qui est de la toponymie, Roudun viendrait de rivius qui signifie ruisseau et de dunum qui signifie forteresse. Cela traduit bien l’importance du Semnon pour cet écart, et cela durant toute son histoire.

La comparaison entre le cadastre napoléonien et le cadastre actuel permet d’observer que la physionomie de l’écart est déjà établie au milieu du XIXe siècle. Il se compose d’une dizaine de bâtiments, dont la majorité est consacrée à l’activité meunière. Ils s’organisent le long d’un chemin qui débute au niveau de l’ancien relais de poste et qui mène à l’étang de retenue et au moulin.

Roudun se caractérise donc par son rôle économique et de production, mais il devient aussi ensuite, à partir de 1734, une véritable étape sur la route royale, puis impériale, reliant Nantes à Rennes grâce à son relais, qui s’inscrit pleinement dans le contexte des réseaux de communication et de transport de l’époque.

          Du manoir au relais de poste

            Avant d’être une étape de la route de poste, le relais de Roudun était un manoir. Son origine remonte au moins à 1442, date de la première mention d’un propriétaire du manoir de Roudun. Il s’agit de Guillaume de Rodun « sieur de l'hostel dudit lieu », ce qui en fait l’un des manoirs les plus anciens de la commune. Il change ensuite de propriétaire en 1513, avec « Pierre de la Serpandayes et Jacquette Chalot sa femme possèdent le manoir de Roudun » [Anciennes réformations de la noblesse de Bretagne (1426-1513), fol. 207. URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90651122/f2.item]. Les propriétaires suivants sont les Cailluns, avec son premier représentant Pierre de Cailluns, mort en 1611. Au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle et première moitié du XVIIIe siècle, il semble ne plus avoir de sieur de Roudun, car les registres paroissiaux n’en font plus mention jusqu’en 1734. Date où le bâtiment devient un relais de poste avec son maître des postes, Jean-Michel Rihet.

Cet écart est le lieu idéal pour y installer un relais, même s’il est à l’écart du bourg de Poligné. En effet, il est situé le long de la route royale, à une distance idéale entre le relais du Bout des Landes et de Breharaye. D’autre part, la proximité du Semnon permet d’abreuver les chevaux très facilement. Les anciens registres paroissiaux de Poligné nomment bien Julien Michel Rihet, sieur de Roudun, maître des postes. Cette précision signifie que nous avons bien à faire à un relais de poste, et non à un relais de diligence, lieu où les voyageurs pouvaient se restaurer et passer la nuit. Le relais de Roudun fait donc office d’étape sur la route. Si un arrêt plus long devait être prévu, les voyageurs devaient probablement se rendre dans le bourg pour y chercher un gîte. Dans certains documents relatifs à l’histoire de la commune, on trouve mention d’un « hôtel de la Croix d’or », qui correspondrait peut-être à la maison de l’actuel 11 rue de la Mairie, mais aucune source fiable ne permet de confirmer cette hypothèse.

La mise en fonctionnement du relais de Roudun se situe entre 1729 et 1734 [le pré-inventaire de 1967 fait mention d’un linteau inscrit portant la date 1729 dans la cour du relais. Cependant, nous n’avons pas trouvé la trace de ce linteau et nous pouvons supposer qu’il a été retiré au fil des réhabilitations de ces dernières décennies]. La reconstruction du pont de Roudun entre 1731 et 1737 semble être en lien avec cette mise en place, qui va donner toute son importance à Poligné. Le relais de Roudun s’inscrit dans la dynamique de densification des réseaux de poste au XVIIIe siècle en France. Selon Anne Bretagnolle et Nicolas Verdier, l’augmentation débute en 1733, mais la période entre 1750 et 1780 est marquée par l’essor des travaux. Roudun est donc un exemple qui s’insère dans ce contexte national, mais de manière assez précoce, surtout pour la Bretagne qui ne possédait pas de routes royales « efficaces », c’est-à-dire praticables toute l’année dans de bonnes conditions, avant le milieu du XVIIIe siècle.

La route royale, puis impériale, de Bordeaux à Saint-Malo est ponctuée par onze relais de poste. Le relais de poste de Roudun fonctionne encore en 1838 car on le trouve encore mentionné à cette date dans le Livre de Poste. En revanche, l’Annuaire des Postes de 1843 n’indique plus ce dernier dans la liste des établissements [afin de connaître la date exacte de l’arrêt du relais de poste de Roudun, il faudrait consulter le Livre de Poste et l’Annuaire des Postes des années entre 1839 et 1842 qui ne sont pas numérisés sur Gallica]. Cette fermeture s’explique par un contexte national de disparition des routes postales, notamment à cause du coût très élevé de leur entretien pour l’Etat. De plus, la seconde moitié du XIXe siècle voit apparaître en Bretagne les premières lignes de chemin de fer, en particulier la ligne qui relie Rennes à Redon, mise en fonctionnement en 1862 par la compagnie de l’Ouest. 

          Le témoin d’une architecture en pan de bois

            L’architecture de l’ancien relais de poste de Roudun est caractéristique de la commune de Poligné, notamment par l’emploi de matériaux locaux pour la maçonnerie : le grès et le schiste. Cependant, la présence d’une structure en pans de bois la rend remarquable.

          Description des bâtiments et restaurations

            Le corps d’entrée du relais de Roudun n’est pas exposé au sud, mais à l’est. Ce choix s’explique par une nécessité de s’aligner sur la route et ainsi d’être plus facilement visible des voyageurs. Le relais est composé de quatre corps de bâtiments organisés autour d’une cour rectangulaire. Toutes les ailes présentent deux niveaux d’élévation, sauf les deux dernières travées au nord-ouest de l’aile nord, qui ne comptent qu’un rez-de-chaussée et comble à surcroît.

Le corps d’entrée présente un porche d’entrée qui mène dans la cour. La façade sur rue est composée, pour le premier niveau, d’un petit et moyen appareil irrégulier en moellons de grès et de schiste. Les linteaux des ouvertures sont en bois, à part celui de la porte la plus à l’est, qui est un bloc monolithique de schiste pourpre. Les menuiseries sont aujourd’hui de couleur rouge. Le second niveau est, quant à lui, recouvert par un enduit clair, sauf pour la partie située au-dessus du passage qui est en pans de bois avec des bois minces de couleur rouge, assemblés verticalement. Ce type de pan de bois destiné à être enduit est caractéristique du XVIIIe et XIXe siècles, et remplace progressivement les pans de bois à encorbellement du XVIIe siècle.

 

La présence d’une architecture à pan de bois est rare dans la commune, seulement deux exemples sont recensés : la maison du 11 rue de la Mairie et le relais de Roudun. La qualité constructive de ce corps de bâtiment d’entrée, situé le long de la route, s’explique par sa visibilité. En effet, ce lieu très emprunté devait refléter la puissance du réseau de communication et de transport national. Il est aussi en quelque sorte la « vitrine » de Poligné pour les voyageurs.

Les autres ailes présentent une maçonnerie de moellons de grès et de schiste, en petit et moyen appareil irrégulier. Les linteaux sont en bois, sauf la porte d’entrée la plus à l’est de l’aile nord, qui est surmontée d’un linteau monolithique en schiste pourpre.

Les photographies prises lors de l’opération d’inventaire de 1967 permettent  de comprendre que le bâtiment a subi plusieurs rénovations et restaurations depuis cette date. Tout d’abord, les différents corps de bâtiments qui constituaient le relais ont été divisés en plusieurs logements. C’est notamment le cas pour l’aile nord, qui est aujourd’hui séparée en trois habitations. Des percements d’ouvertures et de nouveaux aménagements distinguent visuellement la façade en trois sections et modifient la lecture de l’ensemble, sans pour autant dénaturer totalement l’édifice ancien.

La partie en pans de bois ne présente plus d’enduit aujourd’hui, alors que les photographies de 1967 montrent la présence d’un enduit uniforme sur toute la façade. Cette pratique est représentative de la nouvelle vision de l’architecture en pans de bois et de sa réappropriation. Elle est à mettre en parallèle avec la maison en pans de bois du 11 rue de la Mairie qui a connu le même processus et à la même période. En outre, ces deux exemples d’architecture en pans de bois situés d’un bout à l’autre de la rue du Semnon semblent être uniques dans la commune de Poligné. Un lien entre les deux bâtiments, comme supposé plus haut, est donc envisageable.

Actuellement, des travaux extérieurs et intérieurs sont en cours dans la partie sud et sud-est. Les matériaux employés, en particulier le béton, ne sont pas compatibles avec la structure et les matériaux de l’ancien bâtiment. De plus, ces matériaux contemporains dénaturent visuellement l’ensemble, qui perd donc son caractère patrimonial important pour la commune. 

          Comparaisons

            Une première comparaison peut être réalisée avec l’ancien relais de poste de Loc Ildut, à Sizun, dans le département du Finistère. Il est plus tardif que le relais de Roudun, car sa construction date de la première moitié du XIXe siècle. C’est une étape sur la route reliant Angers à Landerneau. Contrairement à Roudun, il a gardé sa plaque métallique portant l’inscription : « Finistère, route nationale 164 LOC-ILDUT, Landerneau à Angers, maison de terre 9 k 260 ». Les deux relais ont en commun un corps de passage bordant la route. Dans le cas de Roudun, le porche mène à une cour fermée par les différentes ailes alors qu’à Sizun, il n’y a une seule aile à retour d’équerre sur le corps principal. L’appareil en moellons de grès n’est pas exactement la même, au relais de Loc Ildut, il semble plutôt être moyen, voire gros. Un enduit en mauvais état le recouvre partiellement. Il semble que ce relais soit à l’abandon et dans un état de conservation assez préoccupant, notamment la toiture en ardoise qui a été remplacée par des tôles ondulées.

La seconde comparaison est surtout d’ordre architectural, avec le bâtiment situé en face des vestiges du château de Marcillé-Robert au 20-22 rue des Bas Gasts. Aucune information ne nous permet de déterminer la typologie et la fonction de ce bâtiment. Cependant, son architecture est semblable à celle du relais de Roudun, situé à une trentaine de kilomètres. Le corps d’entrée bordant la route est, lui aussi, pourvu d’un porche aménagé dans le logis. Au-dessus, se trouve une structure à pans de bois à façade droite avec des poteaux de remplage et deux écharpes dont les bois sont peints en rouge. Le linteau porte la date de 1730, une période qui correspond à l’ouverture du relais de Roudun.

          Un témoin majeur de l’histoire des réseaux postaux et un patrimoine remarquable

            L’ancien relais de poste de Roudun constitue donc un témoin de l’histoire des réseaux postaux au XVIIIe siècle en Bretagne, implanté au bord d’une route qui fut structurante pour Poligné et à proximité du Semnon. Sur le plan architectural, l’édifice associe des matériaux locaux à une structure en pans de bois, ce qui en fait un ensemble remarquable. Cependant, les transformations successives modifient la lecture du bâtiment et peuvent l’altérer. Dès lors, l’enjeu est de concilier les manières d’habiter actuelles tout en respectant l’existant, afin de préserver cet exemple patrimonial.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 18e siècle
  • Dates
    • 1729, porte la date
  • Murs
    • grès
    • schiste
    • enduit partiel
    • moellon
    • moellon sans chaîne en pierre de taille
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    1 étage carré
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • pignon couvert
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Annexes

  • Etude d’inventaire sur le canton de Bain-de-Bretagne, 1967 :
Date(s) d'enquête : 1967; Date(s) de rédaction : 1967, 2026