Château avec chapelle domestique et seigneurie en Brélévenez, Perros-Guirec, Pleumeur-Bodou, Ploubezre et Servel, relevant du domaine royal de Lannion, appartenant aux familles de Kerduel (15ème siècle), Hingant de Kerduel (1477), Loz de Goazfremont (18ème siècle), de La Fruglaye (1802) et Nompère de Champagny (1827) selon Henri Frotier de La Messelière. Le corps de logis actuel est une construction du 17ème siècle agrandie en 1890 par la famille de Champagny. Il possède une chapelle domestique dédiée à sainte Anne, fondée au 17ème siècle par Jean-Baptiste Hingant de Kerisac, reconstruite selon René Couffon en 1809 par le comte de Loz et la comtesse, née Hingant de Kerisac. Le corps de logis et la chapelle Sainte-Anne sont inscrits à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 30 mars 1978.
(Inventaire préliminaire de Pleumeur-Bodou, 2004, Patrick Pichouron)
Les origines du château
Le château de Kerduel, situé à Pleumeur-Bodou, remonte au 13e siècle et appartient à la famille de Kerduel. Dès sa construction, il devient un domaine fortifié. La demeure seigneuriale est un manoir protégé par un haut mur et des douves, avec une petite porte cochère qui permet l’accès.
La famille Hingant à Kerduel (15e-18e siècles)
En 1477, la famille de Kerduel s’unit à la famille Hingant par le mariage de Catherine de Kerduel et Raoul Hingant. Les Hingant sont établis dans les évêchés de Trégier et de Saint-Brieuc et sont maintenus nobles en 1668. Catherine et Raoul Hingant ont un fils, Olivier, qui a un fils, Christophe (1475-1532), puis un petit-fils, Yves Hingant. Yves épouse Magdeleine de Quellenec et ils ont une fille. Après le décès de Magdeleine, Yves se remarie avec Jeanne de Poesquellec, dont il a un fils, Louis. Louis Hingant épouse Catherine Rivault et ils ont un fils, Claude. À la mort de Louis, Claude, âgé de 4 ans, est placé sous la tutelle de François Loz, seigneur de Kergouanton à Trélévern.
Claude Hingant épouse Anne de Lezhildry en 1611. Ils ont plusieurs enfants, dont Jean, René et Laurent Hingant, seigneur du Kerduel. Ce dernier se marie à Jeanne Jacquette Le Minihy. Leur fils Jean se marie avec Françoise de Becdelièvre, et René avec Anne-Marie-Renée Marye. Ils ont également deux filles : Françoise et Marguerite.
Jean Hingant, seigneur de Kerisac, épouse Françoise de Becdelièvre en 1640, fille du conseiller au parlement Jean de Becdelièvre. Grâce à ce dernier, Jean Hingant devient conseiller originaire la même année jusqu’à sa mort en 1650. Ce statut est une nouveauté pour la famille Hingant. Jean Hingant vit au château du Kerduel et devient ami avec Nicolas Saluden, comte de Trémaria, également conseiller au Parlement de Bretagne de 1644 à 1646. Il est probable que Jean Hingant participe à la construction de l’aile en retour d’équerre du château ou que ces travaux aient lieu sous son fils, Jean-Baptiste Hingant. Ce dernier épouse Catherine de Saluden en 1665, fille de Nicolas Saluden, un mariage qui unit les deux familles. Après la mort de Catherine en 1672, Jean-Baptiste se consacre à la religion et entre au séminaire de Tréguier. Il devient un adepte du père Julien Maunoir, tout comme son beau-père, et délaisse sa vie châtelaine pour une vie pieuse. Lors de son départ pour le séminaire, son beau-père, Nicolas de Saluden, s’installe au château du Kerduel. Nicolas de Saluden, ancien parlementaire, passe sa retraite au château où il rédige de nombreux travaux apostoliques. Il se consacre davantage à l'apostolat qu'à sa carrière de parlementaire.
Après le décès de Nicolas de Saluden en 1674 et de Jean-Baptiste Hingant vers 1680, c’est l’oncle, Laurent Hingant, qui hérite du château de Kerduel avec sa femme Jeanne Jacquette Le Minihy. Le couple Jean-Baptiste Hingant de Kerisac et Catherine Saluden n’ayant pas d’enfants. Laurent et Jeanne-Jacquette ont un fils, Jean-Baptiste, né en 1667. Celui-ci se marie en 1686 avec Marguerite de Tromelin. Ils ont un fils en 1689, Jean-Charles, qui épouse Marie-Renée de Ploeuc. Ils ont également un fils, Marie-Joseph, né en 1720, qui épouse Céleste Thépault de Tréfalégan. Cependant, ce couple n’a pas de fils, et c’est leur fille, Marie, qui hérite de la propriété. Cela met fin à la possession du château de Kerduel par la famille Hingant, qui a duré 304 ans.
Une succession de propriétaires (18e – présent)
Marie-Louise-Adélaïde Hingant, dame de Kerduel, épouse en 1781 Marie-Joseph Loz. Ce mariage est cohérent, car la famille Loz a déjà été liée à celle des Hingant. En effet, François de Loz est le tuteur de Claude Hingant après le décès de son père, Louis Hingant, en 1591. Il est toutefois important de noter que François de Loz n'appartient pas à la même branche que Marie-Joseph Loz.
Le château de Kerduel passe ainsi dans les mains des Loz, puis des La Fruglaye vers 1802, avant de devenir, en 1854, la propriété des Nompère de Champagny, qui le possèdent encore aujourd'hui. Le château a donc connu une succession de propriétaires influents, dont les alliances avec d'autres familles nobles ont renforcé son importance régionale. En particulier, les Nompère de Champagny, devenus ducs de Cadore sous l'Empire, et qui ont joué un rôle essentiel dans la conservation et l'entretien du domaine.
L’évolution du château depuis ses origines
Le château a subi plusieurs transformations au fil des siècles. Il évolue entre le 13e et 19e siècle, mais la phase principale de construction du logis date du 17e siècle. Il ne reste du 13e siècle que la tour carrée et la partie arrondie de la chapelle. Le bâtiment en retour, constitué de granit rose, serait le plus ancien, remontant au 13e siècle également. La construction de la façade nord du château, de style gothique, commence au 14e siècle.
Les Hingant sont ceux qui se sont le plus investis dans le château de Kerduel. Ils modifient son architecture, transformant le manoir en château, et agrandissent la seigneurie du domaine. Au 16e siècle, ils ajoutent les terres de Crec'halsy (en Ploubezre), La Salle-au-Chevalier (en Perros-Guirec), achetées à Charles de Plouer et son épouse Marie de Botloy, et Le Faou (en Servel) sous leur domination. Dans le prolongement ouest de la façade nord, une tour carrée est ajoutée en 1890 par les Nompère de Champgny.
Au fil des siècles, le château de Kerduel incarne l’évolution architecturale des demeures seigneuriales : d’abord construit à des fins défensives au 13e siècle, il devient progressivement une résidence plus confortable et un symbole de prestige social au 18e siècle. Témoin de l’histoire sociale et politique de la région, le château de Kerduel a notamment accueilli des résidents profondément influencés par les missions religieuses du Père Maunoir avec Jean-Baptiste Hingant et Nicolas de Saluden. À partir de la seconde moitié du 17e siècle, il a également abrité deux magistrats du Parlement de Bretagne, exerçant la fonction de conseiller originaire entre 1640 et 1650.
(Enquête thématique régionale, Inventaire des demeures parlementaires en Bretagne - les châteaux de parlementaires en Côtes-d'Armor, Flavie Dupont, 2025)
Chargé d'études d'Inventaire, Conseil départemental des Côtes d'Armor.