Le bassin à flot : un ouvrage stratégique pour le développement du commerce portuaire :
Pêcheurs, marchands et armateurs craignant la concurrence des ports de Paimpol et de Saint-Malo, différents projets sont proposés, dès 1839, pour rendre ce port d’échouage moins dépendant des contraintes maritimes. En effet, les navires qui n’ont pas la capacité d’échouer évitent le port du Légué. A cela s’ajoute la hausse des tirants d’eau des navires qui rend difficile l’accès aux quais amont du port. De plus, les marées imposent un temps plus ou moins long à quai or la rentabilité implique de la rapidité. Pour terminer, les manœuvres sont délicates dans un port où l’écart entre les deux rives n’est que de 26 mètres.
La création d’un bassin à flot permettrait de répondre à l’ensemble de ces problèmes. Ce type d’ouvrage se développe à la même époque en France : Marseille et le Havre (1854) et celui de Bordeaux (1867) avec en commun des durées de travaux longues et des coûts importants.
Une loi en date du 3 juillet 1846, prescrit la construction d’un bassin à flot au port du Légué. Une somme de 900 000 est affectée à ce projet dont les plans définitifs sont signés des ingénieurs Méquin et Camus.
Les travaux débutent en 1847. Alors que le projet initial prévoyait de transformer l’ensemble du port d’échouage en un bassin à flot, comme il l’est actuellement, seule la construction du bassin à flot, à l’emplacement de l’ancien marais de Rohannec’h où débouchait la rivière du Gouedic, est actée. Ce choix implique la déviation de la rivière de Gouedic, vers l’amont du futur bassin, en raison du risque d’envasement par alluvions.
En 1859, les travaux ne sont pas terminés et le budget est totalement engagé. Malgré cela, le port du Légué connait dès 1857, une hausse de sa fréquentation (377 entrées ; 345 sorties ; 43 navires en trafic international). Une nouvelle allocation budgétaire est attribuée en 1876 ce qui permet aux travaux de reprendre à partir des plans des ingénieurs Pelaud et de La Tribonnière, validés en 1872.
Durant les travaux, c’est le quai de Nemours (1844) qui reçoit l’activité portuaire du port du Légué grâce au terre-plein et son accès possible à des navires de tirant d’eau plus élevé.
Des équipements de logistique et de service pour une infrastructure opérationnelle :
Doté dorénavant d’un bassin à flot, le port du Légué permet des chargements et déchargements facilités et plus rapides. Et pour être efficace, des services s’installent à proximité des quais du bassin.
-au bassin à flot est associé une gare et le déploiement des voies de chemin de fer qui relient le port du Légué (rive droite) à la gare de Saint-Brieuc. Celle-ci, située à plus de 100 mètres d’altitude, quand les quais ne sont qu’à peine au-dessus du niveau des hautes mers, impose des contraintes techniques et géographiques importantes. Commencés en 1883, les travaux sont terminés en 1887 après le déroctage de la falaise de la corderie et le creusement d’un tunnel sous la butte de Cesson ; tunnel dont l’entrée maçonnée porte la date de 1885.
-les terre-pleins associés à des grues, à des hangars et à la douane répondent aux demandes de service nécessaire aux fonctionnements d’un port.
-adaptation des perrés par adjonction d’appontement, d’abord en bois (1892) puis en béton (années 1930).
-Sécurisation de l’accès au port par la construction du phare de la pointe de l’Aigle (1857).
Du bassin à flot au port à flot :
Alors que la mise en eau du port d’échouage était initialement prévue par le projet de 1847, la jonction avec le bassin d’échouage n’est validée qu’en août 1911. La construction d’une passerelle déversoir par Harel de la Noë (1915) permet d’ouvrir une brèche de 80 mètres dans la partie nord du bassin pour faire communiquer les deux parties du port.
Le trafic commercial est de 114 000 tonnes en 1912. A l’inauguration du bassin à flots, on comptabilisait 490 entrées pour 28 500 tonnes de marchandises et 487 sorties pour 16 500 tonnes de produits.
Dans les années 1930, un appontement en béton armé (poutrelles en croissillons, sur pieux) est construit remplaçant le mur de quai initial et ses appontement en bois. Cela permettant à des navires de tonnage supérieurs à accoster et de supporter les rails de chemin de fer et rails de grues.
Chargée d'études d'Inventaire au Conseil Régional de Bretagne, Inventaire du patrimoine.