Après l'inventaire du patrimoine linier du XVIe au XVIIIe siècles – toutoirs, blandiries, kanndi – l’association Lin et chanvre en Bretagne a souhaité s’intéresser aux ateliers mis en œuvre par les négociants à la tête de l’organisation du travail et de la transformation du lin textile, en transition de l’industrialisation avec la création de la Société linière du Finsitère (1845-1891).
Le corpus retenu se compose d’ateliers de tissage, de moulins de teillage et de blanchisseries, dont la majorité sont mentionnés dans les statuts de la Société linière établis en 1845, auxquels s’ajoutent quelques ateliers acquis ultérieurement par la Société. Le périmètre de l’opération se limite aux établissements implantés dans le Finistère, principalement à Landivisiau, Morlaix et Landerneau ainsi que dans leurs environs. Ce cadre permet de se concentrer sur les activités de la Société linière dans le nord du département, en étudiant la répartition du travail, l’organisation en ateliers, les types de bâtiments utilisés et les conditions des ouvriers et ouvrières, mais aussi de mieux comprendre l’héritage de la culture du lin. Dans un second temps, une étude sur les teillages du Trégor (22) viendra compléter ce dossier.
Ce travail a été mené dans le cadre d’un Appel à Projet du Service de l’inventaire de la Région Bretagne, avec une stagiaire dans le cadre d’un Master.
Objectifs :
Cet inventaire a pour objectif de recenser les différents ateliers de la Société linière du Finistère. Il vise à compléter les connaissances sur l’importance, la nature, la répartition géographique et l’état de ce patrimoine, tout en mettant en évidence les liens entre les zones de production et de transformation et les communautés locales. À travers ses actions d’inventaire et de valorisation, il contribue à maintenir vivante une part essentielle de l’histoire et de la culture bretonne. L’association souhaite également sensibiliser les propriétaires à la préservation de ce patrimoine, ainsi que les communes à la richesse patrimoniale de leur territoire, afin d’envisager, à terme, des pistes de valorisation culturelle et touristique.
Méthodologie :
L’association s’appuie sur la méthodologie de l’Inventaire général du patrimoine et sur les outils mis à disposition par la Région Bretagne. Ces travaux ont également permis la reprise de cinq dossiers Gertrude ainsi que la création de trois nouvelles notices GLAD.
Recherches en archives
Aux archives départementales du Finistère, l’étude a porté sur les documents relatifs à la culture du lin et à la Société linière du Finistère : statuts de la Société, correspondances entre les négociants et le ministère de la Marine et des Colonies (principal client de la Société), statistiques de production, localisation des ateliers et description des machines employées. Les recensements de population (réalisés tous les cinq ans à partir de 1836) ont permis de mesurer l’impact de la Société linière sur l’emploi local, en particulier auprès des tisserands ruraux, et d’observer le déclin progressif de cette activité à la fin du XIXe siècle. Le cadastre napoléonien a également constitué une source utile pour appréhender la configuration des communes et localiser certains édifices, même si la plupart des plans datent d’avant la construction des bâtiments liés à la Société. Les recensements de population ont apporté des éléments sur les métiers liés à cette activité.
Aux archives municipales de Landerneau, une série spécifique consacrée à la Société linière a pu être consultée : journaux de comptes, correspondances entre négociants, registres des actionnaires et procès-verbaux d’assemblées, qui documentent notamment la dissolution de la Société. Ces recherches en archives offrent ainsi une vision d’ensemble de la vie de la Société linière, depuis ses origines jusqu’à sa disparition.
Recherches documentaires
Les membres de l'association Dourdon (Association d'histoire locale et de patrimoine), se sont penchés sur ce dossier et ont réalisé un "inventaire" sommaire de ces ateliers et des recherches en archives qui ont servi de base à ce travail. Ils ont également fait le relevé des métiers liés au lin et au chanvre dans les recensements de population de 1836, et ce, pour toutes les communes des 4 départements bretons.
Les sources documentaires consultées comprennent plusieurs ouvrages et articles consacrés à l’histoire de la Société linière du Finistère. Certains chapitres abordent spécifiquement l’aspect architectural, permettant de localiser et d’identifier les édifices et édicules liés à cette histoire. D’autres, centrés sur les activités de production, éclairent la destination des espaces et les relations fonctionnelles qu’ils entretiennent entre eux.
Recherches de terrain et analyse du bâti
L’étude de terrain a consisté à constater l’état actuel des bâtiments et à analyser leur structure. L’analyse du bâti, par comparaison et analogie, a permis d’identifier les édifices attribuables à la Société linière, en particulier les ateliers de tissage, ainsi que les machines encore présentes dans certains sites de teillage, comme au moulin de Pont-Pol. La lecture architecturale des bâtiments révèle non seulement leurs caractéristiques d’origine mais aussi les modifications successives liées à leurs changements d’usage. Ces travaux ont permis la reprise de dossiers existants et la mise en valeur d’un patrimoine industriel encore largement méconnu.
Cette étude à été menée dans le cadre du travail d'inventaire mené par l’association Lin & Chanvre en Bretagne sur le patrimoine linier et chanvrier en Bretagne.
Étudiante en Master Restauration et Réhabilitation du Patrimoine bâti et des sites à l'Université Rennes 2, années 2024-2025