Dossier thématique IA29133754 | Réalisé par
Poyer Emma (Contributeur)
Poyer Emma

Etudiante en M2 à l'ENSAB et en stage à la Région Bretagne de juillet à novembre 2024.

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  • enquête thématique régionale, Inventaire des architectures à orthostates de Névez et Trégunc
Les architectures à orthostates de Névez et Trégunc
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Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Névez et Trégunc

Les architectures à orthostates, localement désignées sous le terme de « pierres debout » (mein-zav/zao en breton), constituent un ensemble architectural singulier du Finistère Sud. Principalement recensées sur les communes de Névez et de Trégunc, elles reposent sur l’exploitation d’un matériau local abondant : le granite de Trégunc. Ce contexte géologique spécifique a favorisé l’émergence et la diffusion d’un savoir-faire constructif fondé sur la capacité de cette roche à se débiter naturellement en dalles épaisses, utilisées verticalement comme éléments porteurs.

Présentes aussi bien dans les écarts que dans les bourgs, ces constructions se déclinent dans une grande diversité de formes et de fonctions : habitations simples ou doubles, dépendances agricoles (granges, étables, toits à porcs, poulaillers), parties d’édifices domestiques (remises, celliers), ou encore clôtures.

L’apparition de ces architectures demeure difficile à dater avec précision. Toutefois, leur diffusion ne devient réellement significative qu’à partir du milieu du 19ᵉ siècle et jusqu’au premier quart du 20ᵉ siècle. Cette période correspond à une forte croissance démographique, elle-même étroitement liée aux transformations socio-économiques du territoire breton : essor des activités halieutiques et des conserveries, attractivité accrue des bourgs littoraux pour les populations rurales, augmentation du taux de natalité. À Névez et Trégunc, les listes nominatives de recensement indiquent ainsi un quasi doublement de la population entre la fin du 19ᵉ siècle et le début du 20ᵉ siècle.

Cette augmentation rapide du nombre d’habitants se heurte à une forte tension foncière, liée à la rareté des terres cultivables. Le territoire est majoritairement bocager et couvert pour une part importante de landes, en raison de sols acides et peu fertiles. Les terres potentiellement labourables sont en outre encombrées de blocs de granite de grande dimension, entravant le travail agricole. Afin d’augmenter les surfaces exploitables, les propriétaires procèdent au dégagement des champs, mobilisant de nombreux carriers chargés d’exploiter les chaos granitiques disséminés dans les parcelles. Ces amas rocheux constituent alors une ressource immédiatement disponible, directement réinvestie dans la construction de bâtiments peu coûteux, adaptés aux besoins fonctionnels des familles paysannes et des nouveaux travailleurs du littoral.

L’abondance du granite de Trégunc — roche très dure, résistante et se débitant en longues dalles épaisses — en fait un matériau particulièrement adapté pour répondre aux besoins urgents en logement. Une fois dégrossies et implantées verticalement dans le sol, ces plaques de granite deviennent des orthostates, ou « pierres debout », éléments porteurs caractéristiques qui ont permis l’essor d’un patrimoine architectural et paysager propre à ce territoire.

Construire avec des orthostates

Les murs gouttereaux sont presque systématiquement élevés en orthostates, tandis que les pignons relèvent d’une mise en œuvre plus courante, associant maçonnerie à double parement en moellon ou pierre de taille de granite. Cette différence s’explique par des contraintes structurelles : le pignon, support de la cheminée, nécessite une épaisseur de mur plus importante, généralement comprise entre 70 et 80 cm.

La technique constructive repose sur l’implantation directe des orthostates dans une tranchée préalablement préparée. Enfouies à une profondeur variant de 50 à 70 cm, ces pierres assurent à la fois les fonctions de fondation et de paroi porteuse. Chaque orthostate présente une largeur comprise entre 30 et 50 cm, une épaisseur de 20 à 25 cm et une hauteur allant de 2 m à 2,20 m.

Une fois les orthostates positionnés verticalement dans la tranchée, un soin particulier est apporté à l’alignement de leur sommet. La stabilité de l’ensemble de la construction dépend en effet de cette assise uniforme, destinée à recevoir la sablière en bois. Après calage individuel des pierres, la tranchée est remblayée à l’aide d’un mélange de terre et de cailloux. Lorsque les orthostates sont stabilisés et constituent un pan de mur continu, les interstices sont comblés par des moellons associés à un mortier de terre.

Certaines dépendances, qu’elles soient domestiques ou agricoles et non destinées à recevoir une cheminée, peuvent être entièrement construites en orthostates. Le traitement des angles s’effectue alors de manière très simple : les dalles de granite sont disposées côte à côte, liées ou non par un mortier.

Les élévations sont fréquemment recouvertes d’un badigeon de chaux blanche.

Les typologies

La construction en orthostates de granite permet l’édification de bâtiments de faible hauteur, mais parfois très allongés. Jusqu’à soixante orthostates ont ainsi pu être recensés sur un même édifice à la fin du 20ᵉ siècle, selon les observations de Jean-François Simon, professeur en ethnologie à l'université de Brest. L’étage de comble, généralement non habitable, est utilisé comme grenier.

Les ouvertures sont peu nombreuses et strictement fonctionnelles : l’orientation au sud est privilégiée, leur nombre reste limité, et elles prennent souvent la forme de simples vides ménagés entre les orthostates ou d’ouvertures créées par l’emploi de dalles plus courtes. Lorsqu’il s’agit de bâtiments annexes, les ouvertures sont plus rares, voire totalement absentes.

Au sein du corpus des architectures à orthostates de Névez et Trégunc, deux grandes catégories se distinguent :

    • Les constructions sans cheminée

Elles relèvent principalement d’usages agricoles : remises (karr-di), granges (karr-di leur). S’y ajoutent de petites annexes indépendantes ou mitoyennes de la maison, désignées comme « crèches », et destinées à abriter les bestiaux.

    • Les constructions avec cheminée

Elles correspondent aux usages d’habitation. Les études de pré-inventaire menées entre 1970 et 1976 ont permis d’identifier deux modèles principaux :

    • L’habitat mixte : une pièce unique regroupant l’ensemble des fonctions domestiques et où cohabitent parfois, dans les formes les plus modestes, les hommes et les animaux.
    • Le logis : il se distingue par une organisation interne plus hiérarchisée, avec séparation de la chambre et de la pièce à vivre. Le nombre d’ouvertures et de cheminées varie également.

A ces deux catégories s’ajoutent les habitations doubles, non recensées lors du pré-inventaire. Un même bâtiment abrite deux unités d’habitation distinctes et séparées par une cloison de bois.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle
    • Principale : 1ère moitié 20e siècle

Documents d'archives

  • Dossier de pré-inventaire de la commune de Névez, Commission Régionale d'Inventaire de Bretagne, 1970.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Dossier de pré-inventaire de la commune de Trégunc, Commission Régionale d'Inventaire de Bretagne, 1976.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)

Bibliographie

  • LECLERCQ Jean-Paul, LECLERCQ Thérèse. Richesses artistiques de Nevez : étude sur les constructions anciennes de Nevez, XVe-XIXe siècles. Rennes : Commission régionale de l'Inventaire en Bretagne, 1973.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • POYER Emma. Le patrimoine en pierres debout de Névez et Trégunc. Mémoire de Master 2, Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne, 2025, 170 p.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)

Périodiques

  • SIMON Jean-François. Les maisons à pierres debout in Ar Men n°68, juin 1995.

    Collection particulière
    p. 16-27
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Bretagne
Poyer Emma
Poyer Emma

Etudiante en M2 à l'ENSAB et en stage à la Région Bretagne de juillet à novembre 2024.

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