Dossier thématique IA35132921 | Réalisé par
  • étude d'inventaire
Les commerces anciens à La Bosse-de-Bretagne

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aires d'études
    Ille-et-Vilaine

L’objectif de ce dossier thématique est d’approfondir et de retracer le fonctionnement d’un bourg rural aux XIXe et XXe siècles à travers l’étude de ses différents commerces et de ses activités artisanales. Au-delà d’une simple description des anciennes activités, il cherche également à mettre en évidence la valeur patrimoniale des anciens bâtiments ayant accueilli autrefois en leur sein ces fonctions. Certains de ces édifices encore visibles dans le paysage du bourg de la Bosse-de-Bretagne sont des témoins tangibles d’une manière de vivre et d’une organisation commerciale et sociale aujourd’hui largement transformées, voire disparues. De ce fait, ce travail cherche à mettre en lumière ce patrimoine quotidien mais essentiel à la mémoire collective d’un territoire en en interrogeant les conditions de préservation afin de contribuer à sa pérennisation dans le temps. 

 

L’implantation des commerces dans le bourg de la Bosse-de-Bretagne

Une présence commerciale ancienne au coeur du bourg

 

            Dès les XVIIIe et XIXe siècles, le développement du bourg s’accompagne de l’installation progressive de petits commerces destinés à répondre aux besoins quotidiens des habitants. Ces établissements, la plupart du temps polyvalents, vont participer à la structuration d’un espace vivant qui s’organise et se concentre principalement autour de l’église et des principaux axes de circulation. On peut imaginer un « halo », avec en son centre l’église et autour de celle-ci un cercle de commerces essentiels. Cette localisation est loin d’être anodine puisqu’elle correspond aux lieux de rassemblement et de passage de la commune. Cette organisation est d'ailleurs encore perceptible dans le paysage actuel. Plusieurs bâtiments du coeur du bourg sur lesquels nous nous pencherons plus tard conservent des traces de leur ancienne fonction commerciale.

 

            Au cours du XIXe siècle, la dynamique et les activités commerciales se renforcent puis se stabilisent. Le bourg va constituer un point de repère pour la population locale car il concentre des activités nécessaires à la vie quotidienne, tels que l’alimentation, l’artisanat et certains services. Cette organisation va favoriser une fréquentation régulière et va contribuer à ancrer durablement le commerce dans le paysage du bourg de la Bosse-de-Bretagne. 

 

            Cependant, le XXe siècle marque une phase de transformation importante. Le nombre de commerces va petit à petit diminuer, sous l’effet des mutations économiques et des nouvelles habitudes de consommation. L’apparition de nouvelles formes de distribution et de mobilité participe à ce déclin. Certains établissements disparaissent tandis que d’autres arrivent à se maintenir. Cette nouvelle évolution va créer une recomposition du tissu commercial tout en conservant une certaine continuité dans l’implantation des activités au cœur du bourg. 

 

Une répartition des commerces liée à la configuration du bourg 

 

            La configuration du bourg détermine l’implantation des commerces. Ceux-ci se trouvent majoritairement le long des axes de circulation principaux, c’est là que la visibilité et l’accessibilité, facteurs déterminants pour un commerce, sont les meilleurs.

 

            L'accès au bourg se fait par quatre routes principales, disposées perpendiculairement : d’une part, la rue de l’Église, prolongée par la rue des Forges et, d’autre part, la rue du Semnon, qui se prolonge par la rue du Presbytère. L’observation de ces axes montre que les commerces se concentraient principalement le long de ces rues. La rue de l’Église accueillait plusieurs établissements : l'épicerie-cordonnerie Chapon, « l’épicerie Robert » ou encore l’agence postale. De même, la rue des Forges abritait une forge…. Par ailleurs, la présence d’un relais de diligence rue du Semnon témoigne de l’existence d’un passage régulier par le bourg.

 

Ces différents éléments montrent que cette organisation a une logique simple mais efficace qui est de regrouper les commerces dans un espace assez restreint afin de faciliter leur accessibilité et leur fréquentation. 

 

            Au-delà de cette organisation spatiale, le fonctionnement du commerce dans le coeur du bourg repose également sur l’implication directe des habitants. Certaines pratiques locales en témoignent, notamment à travers l’usage de la bascule. 

 

            Les archives municipales ont permis de mettre en évidence le rôle central de certaines habitantes dans la gestion de cet équipement. À partir de 1956, Astride Desbois occupe le poste de régisseur des recettes liées à la bascule, puis c’est sa fille qui lui succède. En 1964, une autre femme, du nom de Renée Mernière, est désignée régisseur et intervient dans le cadre de la pré-pesée publique. Puis plusieurs autres habitantes vont faire perdurer cette pratique jusqu'en 1972. Ces éléments, même s’ils sont liés au commerce agricole et moins aux commerces de proximité, montrent que la gestion d’un matériel essentiel à la commune repose exclusivement sur les habitants de la Bosse-de-Bretagne et en particulier ici uniquement des femmes. 

 

Cette particularité met en évidence une implication des habitantes dans le fonctionnement du commerce local. De plus, certains habitants tenaient un café installé dans leur maison ou une dépendance de celle-ci, telle Mme Perrudin qui possédait un café dans le bourg. Ici, les habitants et habitantes de la Bosse-de-Bretagne permettent de créer des lieux d’échanges et de sociabilité comme la bascule ou les cafés qui assurent aussi le bon fonctionnement social du bourg.

 

Des commerces de proximité au coeur de la vie quotidienne 

Des commerces centrés autour des besoins essentiels 

 

            Le bourg de la Bosse-de-Bretagne possède un tissu commercial et artisanal relativement étoffé et structuré autour des besoins essentiels de la population locale. On retrouve quelques établissements centraux encore visibles dans le paysage actuel, tels que l’ancienne agence postale, un bar et deux épiceries, qui constituaient probablement des points d’ancrage importants pour les habitants. 

 

            S’ajoute à cela un ensemble plus vaste d’activités commerciales et artisanales qui sont les témoins d’une diversité assez significative pour l’échelle du bourg. Les listes nominatives du XIXe siècle recensent ainsi six cafés et quatre épiceries, qui participent aux échanges sociaux et assurent l’accès aux produits de première nécessité. Le bourg de la Bosse-de-Bretagne compte également des activités liées aux échanges et à la transformation de produits avec la présence de deux négociants, plusieurs marchands divers et un marchand-tueur de cochons. 

 

            S’y ajoutent diverses activités artisanales, avec la présence d’une tricoteuse, d’une mercerie, de trois charrons, d’un menuisier, de deux forgerons, de maréchaux-ferrants, de deux bourreliers, de deux couvreurs et d’un maçon. 

 

            Enfin, il y avait la présence de deux fabricants de polka, qui sont les coiffes bretonnes portées à La Bosse-de-Bretagne, ce qui souligne également l’existence d’activités liées spécifiquement aux pratiques culturelles locales. 

 

            L’ensemble de ces commerces et activités met en évidence un tissu artisanal et commercial très structuré, qui va bien au-delà des seuls commerces alimentaires et où commerces et artisanat cohabitent, couvrant les besoins essentiels et assurant également des activités de production et de services.  

 

Des lieux du quotidien jouant un rôle social

 

            En plus de leur fonction économique, les commerces et services du bourg jouent un rôle tout aussi important : celui de créateurs de liens et d’échanges. Les cafés, particulièrement nombreux au XIXe et XXe siècles, constituent ainsi des espaces importants pour la sociabilité des habitants en favorisant les rencontres. Les épiceries et l’agence postale participent tout autant à cette dynamique, en étant des lieux de passages réguliers, intégrés aux habitudes quotidiennes de la population. Ces espaces sont alors essentiels pour la vie du bourg en créant et en maintenant les interactions sociales. 

 

            L’ensemble des activités commerciales et artisanales contribue à maintenir une vie locale active et ont un rôle essentiel pour la cohésion des habitants en maintenant des liens de proximité entre eux. 

 

            De cette façon, le commerce dans le bourg de la Bosse-de-Bretagne ne se limite pas seulement à une fonction économique, il participe pleinement à la structuration sociale en assurant un lieu d’échange et de vie collective. 

 

Un patrimoine fragile

           

L’observation du bourg de la Bosse-de-Bretagne met en évidence plusieurs types de situations concernant l’état de conservation des bâtiments ayant abrité des commerces et activités artisanales. Un seul bâtiment a été préservé malgré un changement d’usage, les autres ont connu des modifications qui rendent leur lecture difficile, ou ont totalement disparu. 

 

            L’ancienne « épicerie Robert » est le seul exemple d’un ancien bâtiment commercial encore bien reconnaissable. L’ancienne épicerie est située en bordure de rue, ce qui s’inscrit pleinement dans la logique d’implantation des commerces mentionnés auparavant. Le bâtiment présente une maçonnerie en moellons de grès avec des encadrements en brique pour les ouvertures. L'organisation de la façade est assez rythmée, avec de grandes ouvertures, aujourd’hui toutes transformées en fenêtres, mais dont l’une correspondait à une vitrine à l’époque de l’épicerie. La taille et la disposition des ouvertures témoignent d’une volonté de visibilité depuis la rue. Malgré la réhabilitation de cet ancien commerce en habitation, la préservation des dispositions initiales et de l’harmonie de la façade permettent encore d'identifier sa fonction commerciale initiale.

 

            L’ancienne épicerie-cordonnerie Chapon se situe à proximité de l’église et quasiment en face de l’épicerie Robert. Elle s’inscrit donc également dans cette logique d’implantation en bord de rue. Le bâtiment présente actuellement une façade enduite, il s’organise autour de plusieurs ouvertures réparties de manière régulière sur la façade, avec quatre ouvertures en rez-de-chaussée et trois à l’étage. Alors que sur les photographies anciennes, on peut voir un édifice en moellons de grès avec des encadrements d’ouvertures en brique, organisé autour d’une large ouverture en rez-de-chaussée, une vitrine. De plus, le bâtiment possédait une mention “épicerie-mercerie” qui permettait d’identifier immédiatement sa fonction. Le bâtiment ne présente donc plus aucun signe caractéristique d’une ancienne activité commerciale et constitue un exemple révélateur des transformations du patrimoine de la Bosse-de-Bretagne. Il est également important de rajouter que l’épicerie-cordonnerie était composée deux bâtiments jointifs formant un ensemble cohérent avec d’un côté la cordonnerie et, de l’autre, l’épicerie, alors qu’aujourd’hui, en raison de la manière dont ils ont été rénovés, les deux bâtiments paraissent n’avoir aucun lien entre eux. Contrairement à l’exemple de l’épicerie Robert où une pérennité et où certaines traces subsistent, l’épicerie-cordonnerie Chapon montre une perte totale des éléments caractéristiques du commerce. Cet édifice est un exemple de reconversion ayant entraîné une altération significative du patrimoine fragile.

 

            L’ancienne agence postale, elle, se situe à proximité de l’église, ainsi que de l’épicerie Robert et de l’épicerie-cordonnerie Chapon. Son cas est très similaire à celui de l’ancienne épicerie-cordonnerie Chapon, la façade a été enduite, ce qui ne laisse plus apparaître les matériaux d'origine et les ouvertures ont été modifiées. Elle s’inscrit donc dans cette dynamique de transformation induisant une perte de lisibilité du bâti initial et un effacement progressif de la mémoire commerciale du bourg.

 

            Quant aux autres établissements commerciaux et artisanaux recensés dans les listes nominatives, il n’en reste plus aucune trace, ou alors des traces extrêmement ténues, ce qui témoigne de la fragilité de cet héritage.

 

            Aujourd’hui, ne subsistent dans le bourg de la Bosse-de-Bretagne qu’un bar PMU et une bibliothèque. En raison de l’évolution sociologique de la commune, de l’arrivée de l’automobile qui induit d’autres mobilités, de l’évolution des manières de consommer et des modes de vie, de la mise en place des grandes surfaces, de la présence de bourgs plus conséquents autour de la Bosse-de-Bretagne et de l’aire d’attractivité rennaise… les habitants vont faire leurs achats ailleurs.

Date(s) d'enquête : 2026; Date(s) de rédaction : 2026
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