Dans le cadre de l’opération d’Inventaire menée à Poligné d’octobre 2025 à avril 2026, 234 constructions datant du XVIIe siècle et jusqu'aux années 1960 ont été recensées. Ce travail a permis de mieux saisir les caractéristiques de l’architecture de la commune et ses évolutions au fil des siècles, notamment en ce qui concerne les matériaux et leur mise en œuvre.
Les matériaux de construction à Poligné : ressources et usages
Des matériaux de construction liés aux ressources locales
Le sous-sol de la commune de Poligné est majoritairement composé de grès et de schiste. Le Tertre Gris, qui s’étend sur trois communes : Poligné, Pancé et Pléchâtel et couvre environ 100 hectares, constitue le massif forestier le plus important de la commune et il est aujourd’hui reconnu comme étant d’intérêt géologique et historique.
D’anciennes carrières de grès blanc et de roche argileuse noire nommée ampélite, qui est une forme de schiste, y ont été exploitées du XVIIe siècle au XXe siècle. Le grès a servi pour l’empierrement des routes et pour la construction et l’ampélite était concassée est servait à des fins industrielles, particulièrement pour polir de la pierre des métaux et du verre.
Les archives départementales d’Ille-et-Vilaine mentionnent également de nombreuses autres carrières de pierres situées à la frontière avec les communes voisines de Pléchâtel et de Pancé. Par exemple, la carrière d’ardoise du Riadan, à Pléchâtel, ouvre en 1863 et est exploitée par deux frères, les sieurs Poirier, qui logent à Roudun. L’entreprise des frères Poirier a pu fournir des matériaux de couverture pour la construction. Il existe aussi d’autres carrières à Pléchâtel, telle celle du Pâtis du Breuil, qui ouvre en 1863 et qui fournit du sable de construction ou bien la carrière du Treux, qui ouvre en 1885. La date de 1863 n’est pas anodine : le Second Empire est une période de grands travaux et de modernisation de la France, qu’il s’agisse des tissus urbains, on pense évidemment ici aux grands travaux menés par le baron Haussmann à Paris et imités dans de nombreuses autres grandes villes françaises, ou d’infrastructures de génie civil. Les carrières sont de fait intensivement exploitées pour fournir les matériaux nécessaires à ces nombreux chantiers.
A Poligné, le matériau le plus mis en œuvre au fil des siècles est la pierre, et plus spécifiquement le grès et le schiste donc, sous forme de moellons ou de pierre de taille. La terre a été très peu employée car, sur les 234 constructions recensées, seulement quatre comportent de la terre, comme par exemple à Montru, ce qui est très peu, au regard par exemple de la commune de Chanteloup, pourtant très proche de Poligné où, sur 249 constructions répertoriées, 72 sont réalisées pour partie en terre. Enfin, il existe à Poligné deux exemples de constructions en pan de bois : l’une à Roudun et l’autre dans le bourg, au 11 rue de la Mairie.
La mise en œuvre et l’identité architecturale
Les matériaux sont mis en œuvre en fonction de leurs caractéristiques physiques et structurelles, pour optimiser au mieux leur durée de vie. Ils sont employés à des endroits précis dans la maçonnerie selon leur résistance et leur aspect.
La pierre, dans la majorité des constructions du bourg et des écarts et du bourg, est mise en œuvre sous forme d’une maçonnerie de petits ou moyens moellons de grès, dans laquelle on observe la présence plus ou moins forte de moellons de schiste. Il peut s’agir de quelques pierres incluses dans la maçonnerie, mais on observe aussi parfois une alternance plus ou moins marquée et régulière d’assises de moellons de grès et de moellons de schiste, comme par exemple pour le mur du jardin du presbytère, ou certaines maisons. A la Gandouflais, une ancienne ferme présente, à l’intérieur, des armoires murales formées de bois et de plaques de schiste.
Pour ce qui est de la terre, elle est utilisée crue, et on observe deux techniques de mise en œuvre. La plus employée est la bauge. Cette technique constructive apparaît en Bretagne à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Les murs, constitués d’un mélange de terre argileuse, fibres végétales et eau sont montés par levées successives, sans coffrage, sur un solin de pierre. Les ouvertures sont formées par des carrées de bois, simples ou doubles. La seconde technique constructive en terre crue est le torchis. Dans ce cas, on applique un mélange de terre argileuse, de fibres végétales ou animales et d’eau sur une structure en bois. Après un déclin, la construction en terre connaît un renouveau à partir des années 1990, dans un contexte de retour aux matériaux écologiques.
Pour ce qui est du pan de bois, les façades consistent en une ossature de pièces de bois agencées selon différents modèles en fonction des époques et du contexte de construction du bâtiment, hourdie de torchis ou de brique. Un enduit pouvait ensuite venir recouvrir et protéger les façades. Dans les cas où le pan de bois restait apparent, il était mis en couleur, là aussi selon les critères de l’époque et le contexte de construction.
Ces différents matériaux ont un impact sur le paysage et l’identité visuelle de la commune du fait de leurs couleurs. A Poligné, les façades sont assez homogènes. Pour ce qui est des pierres, cela va du blanc, beige et gris avec le grès au pourpre ou au noir pour le schiste. La couleur des joints, réalisés à la chaux ou au ciment selon les époques, va du blanc au gris. Les enduits observés sur certaines façades reprennent les teintes des maçonneries en pierres.
Les ouvertures et leurs encadrements
Matériaux et typologies des encadrements
Les matériaux utilisés pour les encadrements des baies sont divers, ils varient selon les époques, et se différencient parfois des matériaux utilisés dans la maçonnerie.
Le bois est utilisé pour des linteaux droits ou délardés en arc segmentaires, des carrées. Le schiste pourpre est utilisé pour des linteaux, le schiste noir pour des éléments de jambages, de même que le grès. Puis, à partir du XIXe siècle, la brique industrielle est majoritairement employée pour la réalisation d’encadrements, notamment place de l’Eglise, rue de la Mairie et rue du Tertre Gris, alors qu’elle l’est très peu pour la maçonnerie. A une période plus récente, le ciment est utilisé pour les appuis, les jambages ou les linteaux.
Certaines formes d’encadrement apparaissent comme de véritables marqueurs architecturaux caractérisant Poligné, mais également d’autres communes de BPLC : le Petit-Fougeray, Crevin, Saulnières, La Bosse-de-Bretagne, Chanteloup…. C’est notamment le cas des linteaux filants en bois, particulièrement présents, aussi bien dans le bourg que dans les écarts, par exemple place de l’Eglise ou au 32 La Violais, des larges linteaux de schiste pourpre comme au 8 impasse des Jardins ou à la Violais, ou encore des portes couvertes d’un arc en plein-cintre ou brisé dont l’extrados, c’est-à-dire la face supérieure, est marqué par une « moulure » saillante appelée larmier sont nombreuses, on en trouve notamment au 15 place de l’Eglise, 3 la Gandouflais ou encore 26 la Violais. Ces larmiers ont pour fonction de contraindre les eaux pluviales à s’écouler de part et d’autre de l’ouverture, plutôt que de ruisseler directement dans celle-ci. De plus, ils ont un aspect esthétique, ils donnent du caractère à l’entrée principale de la maison.
Enfin, on observe plus ponctuellement des éléments remarquables tel le linteau mouluré du 11 rue de la Mairie, le linteau en schiste orné d’un arc en accolade, datant du XVe siècle (il s’agit peut-être ici d’un réemploi), au 32 La Violais, ou encore la lucarne d’orgueil en pierre calcaire du presbytère.
L’évolution des formes dans le temps
L’évolution des formes des encadrements et des ouvertures est parfois significative de l’époque à laquelle a été construit un édifice. A Poligné, on observe des constructions majoritairement mises en place du XVIIe au XXIe siècle. Pour les bâtiments du XVIIe siècle les ouvertures sont peu nombreuses, parfois petites, et regroupées au milieu de la façade, avec des portes en plein-cintre qui peuvent recevoir un décor. Au XVIIIe siècle, on recherche davantage de symétrie dans la disposition des ouvertures, les portes à larmier apparaîssent, mais sans trop de décor. Au XIXe siècle, on observe une organisation symétrique des ouvertures en trois travées au sein de la façade, les ouvertures adoptent des gabarits standardisés, elles présentent des arcs segmentaires et leurs encadrements sont en brique, produite en grande quantité et de manière industrielle au XIXe siècle. Au XXe siècle, le ciment, comme le béton, sont très utilisés en construction, que ce soit pour les bâtiments neufs, ou pour la réhabilitation/rénovation du bâti ancien.