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Poligné, au croisement des routes

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    Bretagne porte de Loire Communauté

Poligné, au croisement des routes

            Située dans le département d’Ille-et-Vilaine, la commune de Poligné tire son nom du latin Pollenius ou Paulinius qui signifie petit, humble. Elle se trouve sur l’axe de Rennes à Nantes, à environ 23 km au sud du centre historique de Rennes. Le territoire communal se compose d’un bourg et de 18 écarts, répartis sur l’ensemble de la commune. Elle partage ses frontières avec les communes de Pancé, Crévin, Pléchâtel et Bourg-des-Comptes. Les limites actuelles de la commune sont fixées administrativement en 1890, à la suite du démembrement de la paroisse de Poligné au profit de Crévin, qui accède à l’indépendance en 1838. Le bourg ancien s’est développé autour de l’église et du cimetière, le long de l’axe historique reliant Bordeaux à Saint-Malo.

La paroisse est attestée avec certitude dès 1304, lorsque Robert Raguenel attribue les dîmes de Poligné à la chapellenie de Notre-Dame du Pilier, qu’il fonde dans la cathédrale Saint-Pierre de Rennes. Au Moyen Âge, la seigneurie de Poligné passe successivement à plusieurs familles, notamment les Harcuflé, puis les maisons de Châteaugiron, de Cossé-Brissac, de Coëtquen et de La Bourdonnaye.

Cette riche histoire paroissiale et seigneuriale, conjuguée au commerce et à l’agriculture, a sans doute contribué à la prospérité du bourg et des écarts. Elle offre également des pistes d’explication pour comprendre l’occupation du territoire et l’architecture de Poligné.

 

         Histoire urbaine et paysagère de Poligné

            La route historique de Bordeaux à Saint-Malo : un axe structurant 

            Poligné est traversée par deux axes historiques majeurs : la route de Bordeaux à Saint-Malo et le chemin de grande communication n°47, reliant Bourg-des-Comptes à Cuillé, en Mayenne (aujourd’hui la D47). Ces deux voies historiques se croisent précisément au niveau du bourg de Poligné, faisant de ce dernier un véritable carrefour routier. 

C’est majoritairement le long de ces deux axes que se sont développés le bourg et les écarts de Poligné. L’axe de Bordeaux à Saint-Malo semble avoir particulièrement structuré l’urbanisation du bourg. Les constructions antérieures au XIXᵉ siècle se sont majoritairement implantées de part et d’autre de son tracé, sur des parcelles dites « en lanière », caractéristiques des centres anciens. Bien qu’aujourd’hui partiellement déviée, cette route demeure un élément structurant, toujours emprunté par un trafic routier important.

Par ailleurs, Poligné devient officiellement une étape clé du tronçon Rennes–Nantes : un relais de poste, très actif des années 1730 jusque vers 1840 et situé au lieu-dit Roudun, a longtemps assuré le passage et l’arrêt de voyageurs ainsi que de marchandises, favorisant ainsi l’implantation de commerces dans la commune.

            L’ancien cimetière de Poligné : l’élément central du bourg ancien

            Le cimetière entourant l’église occupait autrefois l’espace central du bourg. Cette disposition, qui peut aujourd’hui paraître surprenante, peut s’expliquer par les usages antérieurs à l’hygiénisme du XIXᵉ siècle, lorsque le cimetière constituait un véritable espace de vie. Il pouvait alors accueillir des marchés, des fêtes, et servir à diverses activités artisanales ou domestiques (séchage des draps, poterie, stockage, etc.). Il a été déplacé au XIXe siècle, laissant un grand espace vacant. En 2021, le parvis de l'église a été aménagé, ainsi qu’un parking.

 

            L’industrie à Poligné : le moulin de Roudun et la carrière du Tertre Gris

            L’industrie tenait, et tient encore dans une certaine mesure, une place importante à Poligné.      

            À proximité du bourg, au lieu-dit Roudun, le moulin à farine bénéficie de la présence du Semnon pour actionner ses mécanismes. Attesté dès 1546, ce moulin est ensuite qualifié de minoterie au XIXe siècle. En 1861, il possède trois roues à aubes. Deux activent chacune deux paires de meules, la troisième une cinquième paire de meules ainsi que quatre pilons servant à piler des écorces pour obtenir du tan [ADIV 7 S 136. Fonds Ponts-et-Chaussées, état statistique des irrigations et des usines. Service hydraulique. Arrondissement sud Rennes-Monfort 1861-1896]. Aujourd'hui encore, la PME « Moulin de Roudun » produit une farine destinée à la consommation locale et régionale.

            Un peu à l’écart du bourg, sur la route de Pancé, les vestiges de la carrière du Tertre Gris témoignent d’une activité d’extraction de la pierre. Le site a acquis une certaine notoriété à la fin du XVIIIᵉ siècle en raison d’un phénomène singulier : d’épaisses fumées s’en échappaient, laissant penser à l’existence d’un volcan. Des géologues de l’université de Rennes furent alors dépêchés pour étudier ce phénomène. L’explication repose en réalité sur un processus chimique : ces fumées correspondent à des vapeurs d’eau issues de la combustion d’une roche, l’ampélite chargée de pyrite, présente dans la carrière. La légende contribue encore aujourd’hui à faire connaître le site et plus largement, la commune de Poligné. La carrière et ses abords sont aujourd’hui transformés en sentiers de randonnée qui se terminent au bord du Semnon. 

            Le remembrement et son impact sur le paysage de Poligné

            La commune de Poligné présente un paysage vallonné composé de champs cultivés ou en prairie et de petites forêts. Les photographies aériennes des années 1950 montrent un bocage dense composé de petites parcelles, avec également parfois des arbres au milieu de celles-ci, vraisemblablement des pommiers à cidre. L’examen des photographies aériennes actuelles permet de se rendre compte de l’importance du remembrement dans cette partie de la Bretagne. Les petites parcelles ont laissé place à de grands champs et les arbres, devenus gênant pour les machines agricoles, ont été supprimés. Ces bouleversements ont profondément modifié le paysage de la commune.

           

            La construction de la N137 : entre renouveau démographique et risque de déclassement

            Si la construction de la 2x2 voies (N137) reliant Rennes à Nantes, a permis de détourner le trafic routier du bourg, de faciliter l’accès des habitants aux deux grands pôles urbains et d’attirer de nouveaux résidents, elle a en revanche contribué à marginaliser la commune en la rendant moins visible depuis cet axe. Autrefois étape importante sur l’itinéraire Bordeaux Saint-Malo, Poligné a vu sa fréquentation décliner ; cette évolution, conjuguée aux transformations des modes de vie liées à la société contemporaine, a entraîné une perte de dynamisme économique. La plupart des commerces (dont le restaurant routier) ont progressivement fermé, et la commune s’est peu à peu transformée en commune résidentielle.

 

            L’essor démographique du XXe siècle et ses conséquences sur le bâti

            La dynamique créée par la construction de la N137 s’est traduite par la création de plusieurs lotissements en périphérie immédiate du bourg ancien. Les écarts ont également bénéficié de cette croissance démographique, certains connaissant une extension notable depuis les années 1960. En termes de population, la commune est passée de 424 habitants en 1954 à 1261 habitants en 2023, soit un une augmentation de 200% de la population en 60 ans [Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999 puis Insee à partir de 2006].

            Par ailleurs, le marché de l’immobilier ancien se révèle dynamique : de nombreuses bâtisses ont été réhabilitées, voire profondément transformées, comme en atteste la comparaison entre les photographies de l’inventaire de 1967 et leur état actuel. Si certaines interventions peuvent être qualifiées d’exemplaires, d’autres soulèvent des interrogations, tant du point de vue des matériaux employés que des formes adoptées. Les choix opérés par les propriétaires ne sont pas toujours compatibles avec une conservation satisfaisante du bâti ancien, tant sur le plan structurel qu’esthétique.

 

         L'architecture de Poligné

            Les typologies d’habitat

            Du point de vue architectural, le bourg se distingue nettement des écarts. Globalement, les maisons anciennes, construites principalement le long de la voie et à proximité de l’église, présentent des éléments architecturaux de qualité, témoignant de revenus plus élevés que dans les écarts. Marchands, clercs, nobles et artisans disposent en effet de ressources plus importantes et leurs activités nécessitent des espaces de vie et de travail adaptés (salles, celliers, entrepôts, ateliers, etc.). On observe ainsi la présence d’éléments caractéristiques tels qu’une tour au 8 rue de la Mairie, un usage plus abondant de la pierre de taille, des étages habitables surmontés de combles, des caves de stockage, ainsi que des éléments décoratifs comme des larmiers au-dessus des portes principales. Ces caractéristiques traduisent une volonté d’afficher une certaine réussite sociale par la physionomie des constructions, qui marquent ainsi le paysage bâti. 

À l’inverse, si les maisons du cœur du bourg sont majoritairement à étage et témoignent, pour certaines, d’une relative aisance, les constructions des écarts apparaissent globalement plus modestes. Dans la grande majorité des cas, elles présentent un rez-de-chaussée servant au logement surmonté d’un grenier à surcroit pour le stockage des récoles. L’organisation en longère y est fréquente et reflète des structures familiales caractéristiques des anciennes exploitations agricoles, où chaque génération construit à proximité de la précédente, formant ainsi de véritables ensembles familiaux.

Il convient toutefois de nuancer ce constat : certaines maisons se distinguent dans les écarts, notamment à Montru ou à la Gautrais. Construites à étage et parfois de dimensions importantes, elles apportent un éclairage sur la sociologie locale, qui semble relativement hétérogène, y compris avant le XIXᵉ siècle. Cette situation peut être en partie mise en relation avec l’encadrement seigneurial et l’organisation du territoire, caractérisés par un fort morcellement des seigneuries, les petits seigneurs résidant généralement à proximité immédiate de leurs terres et de leurs gens. L’apparition de laboureurs aisés et de propriétaires terriens peuvent aussi expliquer l’opulence de certaines demeures dans les écarts.

Les formes d’habitats rencontrées dans les écarts témoignent avant tout d’une architecture rurale tournée vers les activités agricoles, longtemps dominantes dans la commune et encore prégnante aujourd’hui, comme en atteste l’importance des espaces naturels et agricoles largement exploités. Les installations qui les accompagnent (fours, puits, granges, soues, etc.) sont les témoins de la variété des activités exercées et de la relative autonomie des fermes anciennes.

 

            Les matériaux

            Le sous-sol offre une grande diversité de matériaux, largement perceptible dans l’architecture ancienne. À Poligné, la plupart des maisons présentent des maçonneries en schiste et en grès. La pierre calcaire et le granit apparaissent plus rarement. Cette rareté s’explique par leur absence dans les ressources locales : leur emploi suppose donc des coûts d’importation et, par conséquent, des moyens financiers plus importants. À Poligné, ces matériaux revêtent ainsi une dimension nettement statutaire. Enfin, seules quelques habitations ou dépendances recensées sont construites en terre, ce qui peut s’expliquer soit par l’abondance locale de la pierre, soit par le remplacement ou l’abandon progressif de ce mode constructif plus exigeant en termes d’entretien.

Le bois est principalement utilisé pour les linteaux, droits ou délardés en arc segmentaire, simples ou filants selon les époques. On trouve toutefois deux exemples remarquables de constructions en de pan de bois, aux 9-11 de la rue de la Mairie et à Roudun. Dans le premier cas, le rez-de-chaussée, en pierre, présente des encadrements moulurés en calcaire de grande qualité. L’étage, quant à lui, est caractérisé par un pan de bois à chevrons particulièrement soigné. Cet édifice pourrait remonter aux premières décennies du XVIIᵉ siècle. A Roudun, il s’agit de l’ancien relais de poste, d’époque plus récente, qui présente une structure à poteaux verticaux, disposition typique des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.

D’autres constructions à pan de bois ont peut-être existé à Poligné ; toutefois, aucune trace de reprise en pierre en remplacement d’un pan de bois – identifiables notamment grâce aux « coups de sabre » caractéristiques - n’a été identifiée lors de l’inventaire.

La brique rouge industrielle est rarement utilisée pour les maçonneries, mais elle est très fréquente pour les encadrements d’ouvertures à partir du XIXe siècle.

L’ardoise naturelle constitue aujourd’hui le matériau de couverture le plus répandu.

L’ensemble de ces matériaux naturels sont solides mais peuvent rapidement se détériorer si d’autres matériaux incompatibles viennent s’y ajouter. Il est donc essentiel de porter une attention particulière aux matériaux employés lors des réhabilitations, en privilégiant exclusivement des solutions compatibles avec le bâti ancien (chaux, terre, bois, etc.). Les ardoises synthétiques sont à éviter, de même que les menuiseries PVC.

 

            Quelques éléments remarquables 

            Certaines maisons, dans le bourg et dans les écarts, présentent des portes couvertes d’un arc en plein-cintre ou brisé dont l’extrados, c’est-à-dire la face supérieure, est marqué par une « moulure » saillante appelée larmier. Ces larmiers ont pour fonction de contraindre les eaux pluviales à s’écouler de part et d’autre de l’ouverture, plutôt que de ruisseler directement dans celle-ci. De plus, ils ont un aspect esthétique fort en donnant du caractère à l’entrée principale de la maison.

Cette particularité architecturale, de même que les larges linteaux en schiste pourpre que l’on observe sur quelques bâtisses, se retrouvent pour le bâti ancien de plusieurs communes de BPLC : le Petit-Fougeray, Crevin, Saulnières, La Bosse-de-Bretagne, Chanteloup….

Plus rarement encore, on trouve des linteaux moulurés, comme au 11, rue de la Mairie, ou des linteaux en schiste orné d’un arc en accolade, datant du XVIe siècle (il s’agit peut-être ici d’un réemploi), au 32 La Violais. Enfin, à la Gandouflais, une ancienne ferme datant du XVIIe siècle, présente une petite baie dont l’encadrement est réalisé en grosses pierres calcaires ou de grès blanc (?), le linteau est chanfreiné et l’ouverture est protégée par une ancienne grille en fer. A l’intérieur du bâtiment, on peut observer des armoires murales en bois et schiste, avec des traces d’enduit à la terre chaulée.

Bibliographie

  • DUPAZ Augustin, Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, Paris, 1619. p.145

    p. 145
Date(s) d'enquête : 2026; Date(s) de rédaction : 2026