Dossier d’œuvre architecture IA56132459 | Réalisé par
  • enquête thématique régionale, Inventaire des lotissements et villages de vacances du tourisme balnéaire en Bretagne
Résidence de vacances de la Ville de Puteaux en Ploemeur, dite "Les Trois Hameaux"
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Archives municipales de Puteaux

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communes littorales de Bretagne
  • Commune Ploemeur
  • Lieu-dit Kervégant
  • Dénominations
    village de vacances

« C’est à Kyriel, près de la colonie de Kervergant, que nous vous accueillerons. Kyriel, aussi appelé "Puteaux-en-Ploemeur", car, en effet, vous y reconnaîtrez quelques noms de rues, de boulevards et de places. C’est Puteaux, transporté d’un coup de baguette magique dans un coin de la lande bretonne. Mais Puteaux sans la fumée de ses usines, sans l’odeur de ses fabriques, sans l’ambiance de ruche active qui caractérise notre cité, sans le souci du travail quotidien. Vous y trouverez une autre existence faite de tranquillité, de grand air, de joie et de gaîté. »

À moins d'un kilomètre du centre de Plœmeur, en bordure de la route du Fort-Bloqué, un imposant portail marque l'entrée de la résidence des Trois Hameaux, propriété de la Ville de Puteaux (Hauts-de-Seine). Derrière cette appellation se cache l'un des plus anciens villages de vacances à vocation sociale de France, héritier des politiques municipales de démocratisation des loisirs mises en œuvre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Implanté sur l'ancien domaine de Kervergant, acquis par la municipalité putéolienne en 1949, l'ensemble est d'abord destiné à accueillir les enfants de la ville dans le cadre de colonies de vacances. Très rapidement, l'expérience évolue vers une formule familiale ouverte aux adultes, novatrice à cette époque. Au fil des décennies, le simple camp de vacances se transforme en un vaste village composé de centaines de bungalows, d'équipements collectifs et d'espaces de loisirs, constituant une véritable « cité des vacances » où se transpose, le temps d'un séjour, un fragment de la ville de Puteaux à Plœmeur.

Toujours en activité sous le nom de résidence des Trois Hameaux, le site conserve les traces de cette évolution progressive. Les bâtiments hérités de l'ancien domaine, les différentes générations de bungalows ainsi que les équipements collectifs témoignent des transformations des pratiques touristiques et des politiques sociales conduites par les collectivités locales au cours des Trente Glorieuses.

 

Du domaine de Kervergant à la résidence de vacances

Le domaine de Kervergant est attesté dès le XVIIe siècle. Il appartient alors à Guillaume Le Prestre de Lézonnet, évêque de Quimper de 1614 à 1640, qui y serait né et y serait décédé le 8 novembre 1640.

Avant 1758, la terre de Kervergant, comprenant les bâtiments et leurs dépendances, relève de Messire François Jacques Fortuné du Bahuno de Kerolain, demeurant au château de Lanvaudan (Morbihan). Le 18 mai 1758, celui-ci vend le domaine à Liard de Boisouze, ancien officier des vaisseaux de la Compagnie des Indes. À son décès, la propriété revient à ses descendants établis à Brest.

En 1766, Kervergant est acquis par Richard Bourke et son épouse. Le domaine demeure dans cette famille jusqu'à la fin du XIXe siècle. En 1892, la dernière héritière le cède à l'industriel Frédéric Delory, ancien maire de Lorient. La dernière propriétaire privée est Marie-Louise Frédérique Jeanne Amélie Béziers, marquise de Crussol, petite-fille de Frédéric Delory.

Du domaine ancien ne subsistent aujourd'hui que quelques éléments dispersés. Le moulin et la chapelle ont disparus mais certains pans de l'enceinte du château ainsi que les traces des anciennes entrées sont encore visibles. La base de l'ancien château d'eau demeure en revanche en élévation. Alimenté par la « source du maire », il assurait autrefois l'approvisionnement en eau du domaine. Cette dénomination fait référence à Louis-Paul de Raime, propriétaire du château et maire de Ploemeur entre 1852 et 1870.

La création d'un village de vacances municipal

Avant la Seconde Guerre mondiale, Puteaux est une importante cité industrielle dont la population ouvrière bénéficie encore peu des loisirs et des vacances. Dans le contexte des politiques sociales engagées par le Front populaire puis développées à la Libération, la municipalité socialiste fait de l'accès aux vacances un axe majeur de son action sociale.

Élu maire en 1948, Georges Dardel recherche un site susceptible d'accueillir les habitants de Puteaux dans des conditions économiques accessibles. Habitué à séjourner à Lomener, il connaît bien le littoral ploemeurois et voit dans le domaine de Kervergant un cadre particulièrement favorable à l'implantation d'une résidence de vacances en bord de mer.

Le Conseil municipal de Puteaux décide ainsi, lors de sa séance du 16 juin 1949, d'acquérir la propriété de la marquise de Crussol afin d'y créer une « colonie de vacances à la mer ». Une promesse de vente est signée le 14 juin 1949 dans l'espoir d'accueillir dès l'été un premier groupe d'enfants. Les négociations foncières se révèlent toutefois plus longues que prévu et l'acte de vente définitif n'est signé que le 3 mars 1953.

Cette situation ne retarde pas pour autant le développement du projet. La colonie ouvre ses portes dès le 1er juillet 1949 dans les bâtiments existants du château de Kervergant. Initialement réservée aux enfants, elle évolue rapidement vers une formule familiale. Afin d'accompagner cette transformation, la municipalité poursuit l'acquisition de terrains voisins. Le 22 janvier 1952, le Conseil municipal vote l'achat des terrains et bâtiments de Keriel, acquisition officialisée par un acte signé le 9 janvier 1954. D'autres parcelles sont ensuite acquises auprès de la Société des Kaolins.

L'ensemble ainsi constitué prend d'abord le nom de « résidence des Trois K », en référence à Kervergant, Keriel et aux Kaolins, avant de devenir le « Village des Trois Hameaux », puis la « Résidence des Trois Hameaux ». Ce vaste domaine constitue le support d'un programme de construction mené durant près de trente ans, au rythme de l'évolution des pratiques de vacances et de l'amélioration progressive des équipements.

  • Période(s)
    • Principale : 2e moitié 20e siècle , daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
    • Auteur :
      Landelle Alfred
      Landelle Alfred

      Alfred Étienne Landelle est né le 12 août 1919 à Marseille et décède à Saint-Cyr-sur-Mer le 18 mai 2013. Élève de l’École régionale d’architecture de Marseille, il est admis en deuxième classe de l’École des Beaux-Arts le 3 avril 1942. Le 29 octobre 1945, il est autorisé par lettre à transférer son inscription à Paris. Il a été élève de Jean Trouvelot, Eugène Beaudoin, Otello Zavaroni et Louis Madeline. Il passe en première classe le 21 mai 1946 puis est diplômé le 22 février 1950.

      Installé à Lorient, il est membre de la SADG (Société des architectes diplômés par le gouvernement) en 1955. Lors de la reconstruction de Lorient, il travaille notamment avec René Delayre et René Grihangne sur les immeubles préfinancés du boulevard Cosmao-Dumanoir, ainsi que sur les préfinancés Saint-Christophe du boulevard de Normandie. Seul aux commandes pour l'immeuble sud-ouest du pont du Moustoir préfinancé de l’Office HLM, il est associé à René Grihangne et Jacques Olivier pour l’immeuble nord-ouest, tandis que pour l’immeuble sud-est, il est accompagné de René Millot, Félix Le Saint, Pierre Brunerie et René Marsollier. Il travaille également sur le lotissement d’Erquy (Côtes-d’Armor, 1962-1965), un projet dessiné à main levée par Fernand Bouillon dans une forêt française lors de son évasion durant la Seconde Guerre mondiale.

      Source : archives communales de Lorient

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      architecte attribution par source

De la colonie pour enfants au village familial de vacances

La colonie de vacances ouvre ses portes le 1er juillet 1949 dans les bâtiments de l'ancien château de Kervergant. Destiné dans un premier temps au seul accueil des enfants, le domaine reçoit dès l'année suivante les familles venues leur rendre visite. À l'été 1950, quelques tentes sont ainsi installées pour les parents sur un terrain situé au lieu dit Kériel, au sud de Kervergant. Cette occupation saisonnière marque les débuts d'une nouvelle vocation du site, désormais tournée à la fois vers l'accueil de groupes d'enfants et les séjours familiaux.

Dans la partie destinée aux adultes à Kériel, les hébergements reposent essentiellement sur des installations légères installées en bordure d'une ancienne ferme. Dans les toutes premières années du camp pour adultes, les vacanciers sont logés dans des tentes individuelles ou collectives. Les cuisines prennent place dans l'un des bâtiments de l'ancienne ferme tandis que les repas sont servis dans un vaste réfectoire attenant, fermé sur trois côtés et équipé de longues tables et de bancs.

Une première amélioration du camp réside dans la construction en 1953 de petites baraques de bois, barrées d'un rideaux de toile goudronnée et équipées d'un lit de camp. En face du réfectoire, la « mairie », petit bâtiment en bois, accueille les nouveaux arrivants et assure la distribution du courrier.

Un effort constant d'amélioration des conditions d'accueil

Le succès rencontré par cette formule de la première heure, bien que sommaire, conduit rapidement la municipalité à engager un vaste programme de pérennisation des installations. L'année 1955 marque une étape décisive avec la construction des premiers bungalows en dur. Entre 1954 et 1955, quatre groupements linéaires de bungalows sont édifiés à Kériel. Ces premiers modèles présentent une architecture frugale et fonctionnelle. Faute de moyens suffisants, les parpaings de ciment employés en gros œuvre sont laissés apparents durant les premières années. L'espace intérieur, couvert d'une toiture monopente en tôles, se compose d'une pièce unique de 6m2 dotée de lits de camp (un lit parental et un lit enfant). Un espace semi couvert est aménagé en façade sous le débord de la toiture. Cette petite loggia abrite une étroite table en ciment directement insérée en façade, ainsi qu'un espace de rangement intégré dans un retour de maçonnerie. La principale amélioration revient toutefois au raccordement de l'ensemble au réseau électrique et à l'eau courante.

Le confort demeure cependant sommaire et les équipements sanitaires sont encore limités. Dans les premières années du camp, les vacanciers sont invités à apporter draps, couverts et ustensiles de cuisine. Seul un réchaud est fourni sur demande. Extrêmement modeste, le séjour ne découragent pas pour autant les familles. Certains habitués des lieux apportent avec eux "des objets peu encombrants, rideaux, nappes et carpettes, par lesquels ils procurent à la chambrette un souffle de coquetterie et une note personnelle".

Bien consciente de la frugalité des conditions d'hébergement de ses vacanciers, la municipalité de Puteaux entreprend dès 1957 l'édification de nouveaux bungalows. Cette deuxième phase constructive nécessite un agrandissement des limites administratives du camp : c'est à l'ouest de la colonie de Kervergant, en bordure de la carrière des Kaolins, qu'est développée l'extension. Les bungalows familiaux présentent cette fois-ci des espaces intérieurs bien délimités : sur un plan total de 3,85 m de largeur pour 5 m de longueur, l'entrée s'ouvre sur un étroit séjour comprenant une table et un évier ; au fond de la pièce, dans un renfoncement, deux lits superposés permettent d'accueillir quatre enfants. Enfin, la chambre parentale de moins de 5m2 accueille un lit double de 125cm de large de large et un petit placard de rangement. Afin d'autonomiser le village de vacances de la colonie de Kervergant, ces nouveaux gîtes sont destinés à un accueil de "type familial", tandis que les logements de Kériel sont dévolus aux couples sans enfants.

En 1959, le village accueille le premier camp international réunissant les villes jumelées de Puteaux, illustrant l'ouverture progressive de l'établissement à de nouveaux publics et à une dimension européenne.

Les équipements collectifs et la vie du village

Parallèlement au développement des hébergements, le village de vacances se dote d'équipements collectifs de plus en plus complets. Un nouveau restaurant est construit en 1963. Les vacanciers peuvent y prendre leurs repas sous forme de pension complète ou de libre-service, tout en conservant la possibilité de cuisiner eux-mêmes grâce au matériel mis à disposition par le magasin du camp. Celui-ci prête désormais bassines, réchauds, vaisselle, couverts, cruches et ustensiles de cuisine.

En plus du restaurant, les infrastructures collectives comprennent une cuisine centrale, une infirmerie, une bibliothèque et plusieurs salles polyvalentes. Les loisirs occupent une place importante dans ces récents aménagements. Théâtre de plein air, piscine, plaines de jeux, bals, concerts, projections cinématographiques et défilés de mode rythment la saison estivale et maillent le vaste territoire du village. Un service quotidien d'autocars dessert enfin les plages environnantes.

Les extensions des années 1970

Le développement du village se poursuit dans les années 1970 afin d'améliorer encore les capacités d'accueil et le niveau de confort. Un permis de construire est déposé le 27 février 1970 par la Ville de Puteaux pour la réalisation de trente-six nouveaux bungalows en bordure nord des bungalows familiaux. Le projet, qui comprend également un pavillon de gardien implanté à l'entrée du domaine, est confié à Henri Conan, architecte DPLG à Lorient. Ce dernier se distingue du reste des constructions par son architecture "dans le toit" à double pente d'ardoises.

Les derniers bungalows sont construits en 1970 puis en 1976. Bien plus grands que les bungalows de première puis deuxième génération, ces logements pour couples sans enfants sont destinés à remplacés les logements de Kériel. Il présentent un plan étroit et traversant de 3m50 sur 10m. En façade principale, les pignons se prolongent sur deux mètres délimitent une petite loggia abritée sous le débord de la toiture. Le plan intérieur s'organise en trois blocs égaux délimitant les fonctions : les façades principales, orientées au sud s'ouvrent sur un séjour de 12m2 ; un second bloc fonctionnel abrite la cuisine ouverte sur le séjour, une salle de bain, des wc et des espaces de rangement ; enfin, rejetée au nord, se trouve une chambre unique de 10m2.

Dans le même temps, des studios sont édifiés selon le même procédé constructifs mais à échelle plus réduite. Sur un plan intérieur de 3m de largeur sur 5m de longueur, une pièce principale de 9m2 précède un petit bloc sanitaire comportant cuisine et salle de bain. Répartis en six unités autour d'une cour commune arborée, ces petits « logements pour célibataires » instaurent un équilibre subtil entre vie collective et intimité. Le plan traversant ouvre chaque logement sur la cour, encourageant les échanges entre résidents, tandis que les terrasses, orientées vers l'extérieur, offrent à chacun un espace préservé.

Cette dernière phase d'aménagement témoignent d'une évolution sensible des standards de confort et accompagnent la transformation progressive du « camp » originel en un véritable village de vacances. Souvent présenté comme l'un des premiers villages de vacances pour adultes en France, le site a constitué, pour plusieurs générations d'habitants de Puteaux, le lieu de leurs premières vacances et demeure aujourd'hui encore en activité.

  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public communal
  • Intérêt de l'œuvre
    à étudier

Documents d'archives

  • Documentation : "Renseignements pratiques et organisation interne". Puteaux - Village en Ploemeur. Ville d'Esch-sur-Alzette, 1966.

    Archives municipales de Puteaux : 3K4.158
  • Documentation : "Règlement intérieur du camp de vacances de Puteaux Village-en-Plœmeur". Ville de Puteaux, 1961.

    Archives municipales de Puteaux : 3R1.401
  • Documentation : "Vacances à Puteaux-Village". Rapport de Jules Grandgenet. 1963.

    Archives municipales de Puteaux : 3R1.401
  • Documentation : "Vacances 1953". Mairie de Puteaux, cabinet du Maire, 1953.

    Archives municipales de Puteaux : 3R1.401
  • Structures et équipements : "Rapport moral". Compte-rendu de réunion de l'Association "Amicale de Puteaux-Village-en-Plœmeur". 1964

    Archives municipales de Puteaux : 3R1.404-406
  • Boîte sans cote : Correspondance, photographies et jeu de plans. 1949-1975

    Archives municipales de Puteaux : Sans cote
  • Cote 3FI52 : Boîte de photographies noir et blanc.

    Archives municipales de Puteaux : 3FI52
  • Cote 3FI54 : Boîte de photographies noir et blanc.

    Archives municipales de Puteaux : 3FI54
  • Cote 3FI243 : Boîte de photographies noir et blanc.

    Archives municipales de Puteaux : 3FI243

Périodiques

  • BANNALLEC, Yves, FRAISSE, Alain, LE LAN, Jean-Yves, L'histoire du domaine de Kervergant, Les cahiers du Pays de Ploemeur, 2007, n°17, p.15

    Archives municipales de Ploemeur
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025