De la colonie pour enfants au village familial de vacances
La colonie de vacances ouvre ses portes le 1er juillet 1949 dans les bâtiments de l'ancien château de Kervergant. Destiné dans un premier temps au seul accueil des enfants, le domaine reçoit dès l'année suivante les familles venues leur rendre visite. À l'été 1950, quelques tentes sont ainsi installées pour les parents sur un terrain situé au lieu dit Kériel, au sud de Kervergant. Cette occupation saisonnière marque les débuts d'une nouvelle vocation du site, désormais tournée à la fois vers l'accueil de groupes d'enfants et les séjours familiaux.
Dans la partie destinée aux adultes à Kériel, les hébergements reposent essentiellement sur des installations légères installées en bordure d'une ancienne ferme. Dans les toutes premières années du camp pour adultes, les vacanciers sont logés dans des tentes individuelles ou collectives. Les cuisines prennent place dans l'un des bâtiments de l'ancienne ferme tandis que les repas sont servis dans un vaste réfectoire attenant, fermé sur trois côtés et équipé de longues tables et de bancs.
Une première amélioration du camp réside dans la construction en 1953 de petites baraques de bois, barrées d'un rideaux de toile goudronnée et équipées d'un lit de camp. En face du réfectoire, la « mairie », petit bâtiment en bois, accueille les nouveaux arrivants et assure la distribution du courrier.
Un effort constant d'amélioration des conditions d'accueil
Le succès rencontré par cette formule de la première heure, bien que sommaire, conduit rapidement la municipalité à engager un vaste programme de pérennisation des installations. L'année 1955 marque une étape décisive avec la construction des premiers bungalows en dur. Entre 1954 et 1955, quatre groupements linéaires de bungalows sont édifiés à Kériel. Ces premiers modèles présentent une architecture frugale et fonctionnelle. Faute de moyens suffisants, les parpaings de ciment employés en gros œuvre sont laissés apparents durant les premières années. L'espace intérieur, couvert d'une toiture monopente en tôles, se compose d'une pièce unique de 6m2 dotée de lits de camp (un lit parental et un lit enfant). Un espace semi couvert est aménagé en façade sous le débord de la toiture. Cette petite loggia abrite une étroite table en ciment directement insérée en façade, ainsi qu'un espace de rangement intégré dans un retour de maçonnerie. La principale amélioration revient toutefois au raccordement de l'ensemble au réseau électrique et à l'eau courante.
Le confort demeure cependant sommaire et les équipements sanitaires sont encore limités. Dans les premières années du camp, les vacanciers sont invités à apporter draps, couverts et ustensiles de cuisine. Seul un réchaud est fourni sur demande. Extrêmement modeste, le séjour ne découragent pas pour autant les familles. Certains habitués des lieux apportent avec eux "des objets peu encombrants, rideaux, nappes et carpettes, par lesquels ils procurent à la chambrette un souffle de coquetterie et une note personnelle".
Bien consciente de la frugalité des conditions d'hébergement de ses vacanciers, la municipalité de Puteaux entreprend dès 1957 l'édification de nouveaux bungalows. Cette deuxième phase constructive nécessite un agrandissement des limites administratives du camp : c'est à l'ouest de la colonie de Kervergant, en bordure de la carrière des Kaolins, qu'est développée l'extension. Les bungalows familiaux présentent cette fois-ci des espaces intérieurs bien délimités : sur un plan total de 3,85 m de largeur pour 5 m de longueur, l'entrée s'ouvre sur un étroit séjour comprenant une table et un évier ; au fond de la pièce, dans un renfoncement, deux lits superposés permettent d'accueillir quatre enfants. Enfin, la chambre parentale de moins de 5m2 accueille un lit double de 125cm de large de large et un petit placard de rangement. Afin d'autonomiser le village de vacances de la colonie de Kervergant, ces nouveaux gîtes sont destinés à un accueil de "type familial", tandis que les logements de Kériel sont dévolus aux couples sans enfants.
En 1959, le village accueille le premier camp international réunissant les villes jumelées de Puteaux, illustrant l'ouverture progressive de l'établissement à de nouveaux publics et à une dimension européenne.
Les équipements collectifs et la vie du village
Parallèlement au développement des hébergements, le village de vacances se dote d'équipements collectifs de plus en plus complets. Un nouveau restaurant est construit en 1963. Les vacanciers peuvent y prendre leurs repas sous forme de pension complète ou de libre-service, tout en conservant la possibilité de cuisiner eux-mêmes grâce au matériel mis à disposition par le magasin du camp. Celui-ci prête désormais bassines, réchauds, vaisselle, couverts, cruches et ustensiles de cuisine.
En plus du restaurant, les infrastructures collectives comprennent une cuisine centrale, une infirmerie, une bibliothèque et plusieurs salles polyvalentes. Les loisirs occupent une place importante dans ces récents aménagements. Théâtre de plein air, piscine, plaines de jeux, bals, concerts, projections cinématographiques et défilés de mode rythment la saison estivale et maillent le vaste territoire du village. Un service quotidien d'autocars dessert enfin les plages environnantes.
Les extensions des années 1970
Le développement du village se poursuit dans les années 1970 afin d'améliorer encore les capacités d'accueil et le niveau de confort. Un permis de construire est déposé le 27 février 1970 par la Ville de Puteaux pour la réalisation de trente-six nouveaux bungalows en bordure nord des bungalows familiaux. Le projet, qui comprend également un pavillon de gardien implanté à l'entrée du domaine, est confié à Henri Conan, architecte DPLG à Lorient. Ce dernier se distingue du reste des constructions par son architecture "dans le toit" à double pente d'ardoises.
Les derniers bungalows sont construits en 1970 puis en 1976. Bien plus grands que les bungalows de première puis deuxième génération, ces logements pour couples sans enfants sont destinés à remplacés les logements de Kériel. Il présentent un plan étroit et traversant de 3m50 sur 10m. En façade principale, les pignons se prolongent sur deux mètres délimitent une petite loggia abritée sous le débord de la toiture. Le plan intérieur s'organise en trois blocs égaux délimitant les fonctions : les façades principales, orientées au sud s'ouvrent sur un séjour de 12m2 ; un second bloc fonctionnel abrite la cuisine ouverte sur le séjour, une salle de bain, des wc et des espaces de rangement ; enfin, rejetée au nord, se trouve une chambre unique de 10m2.
Dans le même temps, des studios sont édifiés selon le même procédé constructifs mais à échelle plus réduite. Sur un plan intérieur de 3m de largeur sur 5m de longueur, une pièce principale de 9m2 précède un petit bloc sanitaire comportant cuisine et salle de bain. Répartis en six unités autour d'une cour commune arborée, ces petits « logements pour célibataires » instaurent un équilibre subtil entre vie collective et intimité. Le plan traversant ouvre chaque logement sur la cour, encourageant les échanges entre résidents, tandis que les terrasses, orientées vers l'extérieur, offrent à chacun un espace préservé.
Cette dernière phase d'aménagement témoignent d'une évolution sensible des standards de confort et accompagnent la transformation progressive du « camp » originel en un véritable village de vacances. Souvent présenté comme l'un des premiers villages de vacances pour adultes en France, le site a constitué, pour plusieurs générations d'habitants de Puteaux, le lieu de leurs premières vacances et demeure aujourd'hui encore en activité.
Alfred Étienne Landelle est né le 12 août 1919 à Marseille et décède à Saint-Cyr-sur-Mer le 18 mai 2013. Élève de l’École régionale d’architecture de Marseille, il est admis en deuxième classe de l’École des Beaux-Arts le 3 avril 1942. Le 29 octobre 1945, il est autorisé par lettre à transférer son inscription à Paris. Il a été élève de Jean Trouvelot, Eugène Beaudoin, Otello Zavaroni et Louis Madeline. Il passe en première classe le 21 mai 1946 puis est diplômé le 22 février 1950.
Installé à Lorient, il est membre de la SADG (Société des architectes diplômés par le gouvernement) en 1955. Lors de la reconstruction de Lorient, il travaille notamment avec René Delayre et René Grihangne sur les immeubles préfinancés du boulevard Cosmao-Dumanoir, ainsi que sur les préfinancés Saint-Christophe du boulevard de Normandie. Seul aux commandes pour l'immeuble sud-ouest du pont du Moustoir préfinancé de l’Office HLM, il est associé à René Grihangne et Jacques Olivier pour l’immeuble nord-ouest, tandis que pour l’immeuble sud-est, il est accompagné de René Millot, Félix Le Saint, Pierre Brunerie et René Marsollier. Il travaille également sur le lotissement d’Erquy (Côtes-d’Armor, 1962-1965), un projet dessiné à main levée par Fernand Bouillon dans une forêt française lors de son évasion durant la Seconde Guerre mondiale.
Source : archives communales de Lorient