Situé au pied de la falaise, au lieu-dit Rohanay, sur la rive droite du Gouët, le manoir de Rohanet, construit en 1625 (date portée), était accessible, depuis la ville de Saint-Brieuc par le vieux chemin, ancienne voie romaine, qui mène au port de Rohanay (actuelle rue de Rohanne'ch).
Orthographié Rohanay (plan Chocat de Grandmaison de 1756 ; plan de 1784, ingénieur Perroud) ou Rohanet (cadastre de 1814 et 1847), le hâvre, où est édifié le manoir, est mentionné dans un règlement de police de la ville de Saint-Brieuc en 1578 : "est aussi prohibé et deffandu à tous marchants, de vandre ny achepter en gros les vins estant entrés ou à entrer aux hâvres du Légué, Rohannet et Rochier-Cadiou, jusqu'à ce que le vin aict été sur le tin en ung cellier de la Grand'rue de ceste ville l'espace de 15 jours entiers" (A.D. 22, série B.).
Tout comme le manoir Favigo, situé en amont, il s'agit d'une maison d'armateur et de négociant, dont la fonction est liée au commerce portuaire. L'architecture répond au besoin de surveiller les arrivées des navires depuis la hauteur de la tour. On retrouve cette typologie architecturale, propre au début du 17e siècle, dans d'autres ports (Tréguier, Roscoff) mais aussi à Saint-Brieuc en zone rurale (Ville-Ernault). Des modifications ont été apportées au cours du 19e siècle (agrandissements des ouvertures) ainsi qu'une probable adjonction d'un logis en partie ouest à une date indéterminée.
A l'activité de commerce est associée celle de la construction navale, la topographie des lieux permettant l'emplacement d'une cale de construction. Forge et corderies se situaient aussi à proximité du manoir.
L'environnement maritime du manoir ne cessera d'évoluer à partir de 1774 où débutent les travaux de redressement du lit de la rivière. Les terre-pleins créés par assèchement permettent la construction d'un quai en 1846. Le projet de bassin à flot (1847), implanté sur le marais dit de Rohanet, éloigne encore plus le manoir de l'activité portuaire.
A usage d'entrepôt au cours du 20e siècle, sa perception patrimoniale en devient inexistante entrainant sa démolition en juillet 1977.
Chargée d'études d'Inventaire au Conseil Régional de Bretagne, Inventaire du patrimoine.