Le 8 thermidor An IV (5 août 1796), Monsieur Sébert, armateur et négociant à Saint-Brieuc, acquiert, en vertu de la loi du 28 ventôse An IV, des terres prises sur la mer par poldérisation. Quatre ilôts sont définis, longés au nord par une promenade publique, arborée, et des quais dénommés alors Bonne foi, Convention, Réunion et Bons marins, aboutissant à la place de La Liberté (plan de 1796). Chaque ilôt est séparé par des rues perpendiculaires nommées Égalité, Union et Concorde. Au pied de la falaise, se trouvent les rues Jean-Jacques, Fraternité, Ferraud et Révolution. Corderie, fours à chaux et magasins pré-existaient à proximité de ce nouvel aménagement urbain.
Sur le cadastre de 1814 les îlots ne sont pas encore bâtis. Le cadastre de 1847 indique que les bâtiments situés actuellement aux 2, 4 et 8 quai Armez sont construits ; le n°2, premier construit, est représenté sur de nombreuses lithographies. A partir du 19e siècle, le bâti se développe sur le pourtour des ilots laissant en partie centrale un espace à usage de stockage de matériaux (bois) et de travail lié à l'activité de fonderie. Par la suite, afin de répondre au développement des activités industrielles du port, ces espaces accueillent des hangars et halles qui appartiennent à la typologie de l'architecture industrielle de la seconde moitié du 19e siècle et début du 20e siècle, et ce jusqu'à occuper pleinement le parcellaire des 4 îlots initiaux. Des voies ferrées sont installées au début du 20e siècle entre falaise et usine pour l'acheminement de la production vers la gare de Saint-Brieuc et approvisionnement des matériaux depuis le port et la gare.
Cet espace retrace presque un siècle d'histoire industrielle de Saint-Brieuc, où les reprises et développement d'activités se font au grès des contextes économiques et géo-politiques par trois familles d'industriels.
Sébert : création et développement de l'activité industrielle à partir de 1850 ; Scierie et fonderie.
Rosengart : acquisition dès 1906 d'une partie du site appartenant à la famille Sébert ; 1914-1918 : production de vis et boulons pour obus ; 1918-1944 : pièces mécaniques pour l'automobile ; à partir de 1944, cession de l'usine, petit à petit, à Chaffoteaux et Maury.
Chaffoteaux : acquisition de la fonderie Sebert en 1915 ; réservoir de chasse d'eau ; pièces pour obus et pièces destinées aux locomotives durant la première guerre mondiale ; chauffe-eau à partir de 1929 après achat de la licence Maury. Acquisition de plusieurs parcelles et bâtis à partir de 1944. L'usine Chaffoteaux et Maury quitte le site du Légué en 1969.
Le projet de renouvellement urbain dont a bénéficié ces quatre ilots, a permis une mise en valeur de cette histoire industrielle par la réhabilitation des hangars en brique, l'espace Rosengart. Les bâtiments construits en 1847, bien qu'ayant aussi un passé industriel, ont été réhabilité en bureaux intégrant un projet de création architecturale. Pour cela de nombreux bâtiments ont été détruits (7 733m²) entre 2012 et 2013 ; destructions qui ont permis de mettre en valeur l'architecture du 19e siècle.
Chargée d'études d'Inventaire au Conseil Régional de Bretagne, Inventaire du patrimoine.