Dossier d’œuvre architecture IA29133810 | Réalisé par
  • enquête thématique régionale, patrimoine linier et chanvrier de Bretagne
  • enquête thématique régionale, Inventaire des ateliers ruraux liés à la Société linière du Finistère
Atelier de tissage, rue du Penker (Commana)
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Lin et Chanvre en Bretagne

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Bretagne - Finistère
  • Commune Commana
  • Lieu-dit ,
  • Adresse rue Penker (du)

Commana présente une longue tradition de production de toiles de lin. Les 59 kanndi signalés sur le cadastre ancien de la commune témoignent de l'activité de blanchiment des fils de lin. Du 16e au 18e siècle, elle bénéficie de la prospérité générée par cette proto-industrie rurale. Sa situation géographique, à l'intérieur des terres, se révèle plus favorable aux activités de tissage et de blanchiment, que les zones côtières, traditionnellement davantage tournées vers la culture du lin et la transformation des fibres (rouissage, teillage).

Le déclin de l'activité est amorcé à partir des années 1730, en raison de la concurrence des toiles étrangères, que la hausse des droits de douane en 1779 accélère. En 1820, la Société de Landerneau est créée par plusieurs négociants, spécialisés dans le commerce du lin, pour tenter de redynamiser la filière. Elle investit dans plusieurs communes où la tradition toilère est solidement ancrée. C’est dans ce contexte que les négociants Heuzé, Goury et Radiguet crééent, en 1839, un atelier de tissage dans le bourg de Commana. Celui-ci est surveillé par un contremaître chargé d'appliquer les directives, tant pour les métiers installés dans l’atelier que pour ceux répartis à l’extérieur. Parmi les directeurs chargés de la gestion de la fabrique, on trouve Charles Scottet et André Reilly, ce dernier, d’origine irlandaise, est lié aux familles Poisson et Radiguet (négociants à Landerneau). D’abord nommé contremaître de l’atelier, puis directeur, il n'est plus mentionné à partir de 1856 mais réapparaît comme épicier en 1866. Le second contremaître, Charles Scottet, est fils de tisserand, ce qui peut suggérer une transmission familiale du savoir-faire. Les ouvriers doivent réserver un métier dans la fabrique, louer ou acheter un tablier de tisserand. Leur travail est payé à la pièce.

En 1845, la fabrique de Commana devient la propriété de la Société linière du Finistère, implantée à Landerneau. À cette date, elle dispose de 77 métiers à tisser installés dans l’atelier, auxquels s’ajoutent trois métiers dits « extérieurs », c’est-à-dire installés à domicile chez des ouvrières rattachées à la fabrique. Les toiles produites hors les murs sont ensuite acheminées vers l’atelier une fois tissées. Le fil utilisé pour le tissage est fourni directement par la filature de la Société linière. Des charretiers se chargent de convoyer les fils et les toiles entre ces fabriques et la filature de Landerneau. L’atelier de Commana s’inscrit ainsi dans la chaîne de production rurale mise en place par la société et emploie une part importante de la population féminine de la commune. Les toiles tissées dans ces fabriques rurales sont ensuite envoyées au blanchiment dans les établissements les plus proches, notamment ceux de Landerneau et de Landivisiau. En 1850, les ateliers ruraux de Sizun, Ploudiry, Commana, Saint-Sauveur et Landerneau dépendants de la Société linière du Finistère, mobilisent environ 550 métiers à tisser et emploient quelque 900 tisserandes. Ces structures permettent de centraliser la production textile dans les campagnes tout en s’adaptant à la répartition de la population ouvrière locale.

À la suite de la liquidation de la Société linière en 1891, la partie ouest de l’atelier est convertie en habitation, le reste est laissé à l’abandon. En 2014, les bâtiments menacent ruines, ils sont réhabilités en logements en 2016.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 19e siècle
    • Secondaire : 1er quart 21e siècle
    • Principale
  • Dates
    • 1839, daté par travaux historiques

La fabrique de Commana est implantée dans le bourg, de manière à faciliter l’accès des tisserandes au lieu de production. L'atelier de tissage est un long bâtiment de 32 mètres de long sur 7,60 mètres de large et 3,20 mètres de hauteur, capable d'accueillir 77 métiers à tisser alignés les uns derrière les autres. Le bâtiment est en rez-de-chaussée, orienté au sud, construit en petit moellon de schiste, couvert d'ardoise. Il dispose de très peu d'éclairage et d'aération. Après son aménagement en habitation, de nouvelles baies sont créées. Au bout à l'ouest, une dépendance à trois portes est édifiée en retour d'équerre de l'atelier. Une maison de contremaître est construite à l'entrée du site, de plan massé couverte d'un toit en pavillon. Elle témoigne d’une volonté d’encadrement permanent du travail et d’une organisation hiérarchisée du site de production. Un mur de clôture en schiste ferme la cour de la fabrique. Ce choix architectural, commun aux ateliers ruraux de la Société linière, répond à des impératifs techniques et fonctionnels.

  • Murs
    • schiste moellon enduit
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    en rez-de-chaussée
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon couvert
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée, L'atelier a été transformé en habitation.

Documents d'archives

  • Fonds de la Société linière du Finistère. 1S 32. Registre de copie de lettres, 1839-1840. Lettres des 20, 21 et 27 octobre 1839, p. 247-248-256.

    Archives municipales de Landerneau : 1S 32
  • Archives municipales de Landerneau, sous-série 7M. Administration générale et économie du département. Agriculture. Eaux et forêts. Culture linière : correspondance. Actes de la Société linière du Finistère, 1845

    Archives municipales de Landerneau : Sous-série 7 M 247
  • Archives départementales du Finistère, série 3 P 41/1. Plan cadastral de Commana, 1812.

    Archives départementales du Finistère : 3 P 41/1

Bibliographie

  • CAMILLERI Alain (dir.), Le lin. Fibre de civilisation(s), Actes Sud/ Alliance for European flax-linen & hemp, Paris, 2023, 318p.

  • BLAVIER Yves, La Société linière du Finistère. Ouvriers et entrepreneurs à Landerneau au XIXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 1999, 247p. 

  • THOMAS Georges-Michel, “Sur la Société linière du Finistère établie à Landerneau au XIXe siècle”, in Les cahiers de l’Iroise n°2, À travers le Léon, avril-juin 1984, p. 69-72.

  • DE BEAULIEU François, RONNÉ Hervé, La route des toiles en Bretagne. Le lin et le chanvre, hier et aujourd’hui, Éditions Ouest France, Rennes, 2010, 142p.

Date(s) d'enquête : 2026; Date(s) de rédaction : 2026