Commana présente une longue tradition liée au travail du lin, en particulier dans le domaine du blanchiment des toiles, comme en témoigne la présence de 59 kanndi recensés sur le territoire communal. La commune se distingue également par son rôle dans le commerce de ces toiles. Située au cœur du territoire des marchands-tisserands de lin, Commana bénéficie, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, de la prospérité générée par cette importante population. Leur influence est encore visible dans le tissu bâti, notamment à travers l’architecture des maisons de tisserands identifiées sur la commune. Par ailleurs, sa situation géographique, au centre de la Bretagne et à l’écart du littoral, se révèle plus favorable aux activités de transformation du lin, telles que le tissage et le blanchiment, que les zones côtières, traditionnellement davantage tournées vers la culture du lin et son rouissage.
Cependant, comme dans de nombreux villages habités par des marchands-tisserands, la Révolution française, suivie des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, a fortement impacté l’activité liée au lin, en particulier le commerce de ces toiles. Celui-ci s’effondre en Bretagne à la fin du XVIIIe siècle, en grande partie en raison de la perte des débouchés vers la Grande-Bretagne. Toutefois, l’avènement de la Révolution industrielle ouvre de nouvelles perspectives pour la culture et la transformation du lin en Bretagne. Dans le Finistère, cette dynamique se traduit notamment par la création de nouvelles structures commerciales, à commencer par la Société de Landerneau, qui réunit plusieurs négociants spécialisés dans le commerce du lin.
La Société de Landerneau investit dans plusieurs villages où la tradition linière est solidement ancrée, tels que Commana. C’est dans ce contexte qu’elle fonde, en 1839, un atelier de tissage sur le territoire de la commune. Celui-ci est accompagné d’une maison de contremaître, qui abrite alors deux hommes chargés de superviser l’activité de la fabrique, tant pour les métiers installés dans l’atelier que pour ceux répartis à l’extérieur.Les premiers contremaîtres de la fabrique de Commana sont Patrice Reilly et Charles Scottet. Patrice Reilly, d’origine irlandaise, est lié aux familles Poisson et Radiguet, négociants installés à Landerneau et étroitement associés à la Société linière. Il est d’abord nommé contremaître de l’atelier, puis directeur, avant de ne plus être mentionné dans ces fonctions à partir de 1856. Par la suite, il est désigné comme commerçant, puis comme épicier en 1866. Le second contremaître, Charles Scottet, est quant à lui fils de tisserand, ce qui peut suggérer une transmission familiale du savoir-faire. La fabrique de Commana appartient à MM. Heuzé, Goury et Radiguet, négociants qui la fondent dans le but de fournir la Société de Landerneau en toiles de lin.
En 1845, la fabrique de Commana devient la propriété de la Société linière du Finistère. À cette date, elle dispose de 77 métiers à tisser installés dans l’atelier, auxquels s’ajoutent trois métiers dits « extérieurs », c’est-à-dire opérés à domicile par des ouvrières rattachées à la fabrique. Les toiles produites hors les murs sont ensuite acheminées vers l’atelier une fois tissées. Le fil utilisé pour le tissage est fourni directement par la filature de la Société linière, située à Landerneau. L’atelier de Commana s’inscrit ainsi dans la chaîne de production rurale mise en place par la Société linière du Finistère et emploie une part importante de la population féminine de la commune. Les toiles tissées dans ces fabriques rurales sont ensuite envoyées au blanchiment dans les établissements les plus proches, notamment ceux de Landerneau et de Landivisiau. En 1850, les ateliers ruraux de Sizun, Ploudiry et Commana, tous trois appartenant à la Société linière, mobilisent environ 550 métiers à tisser et emploient quelque 900 tisserandes. Ces structures permettent de centraliser la production textile dans les campagnes tout en s’adaptant à la répartition de la population ouvrière locale.
À la suite de la liquidation de la Société linière, une partie de l’atelier de Commana est convertie en habitation, tandis que l’autre est laissée à l’abandon. Aujourd’hui, l’ensemble du bâtiment a été réhabilité en logement.
Présidente de Lin & Chanvre en Bretagne