L’occupation du rocher dans l’Antiquité : Haut-Empire, Bas-Empire romain
Dominant l’embouchure de la Rance, le rocher supportant le "bastion Solidor" est occupé dès le Haut-Empire romain au moins comme l'ont montré les fouilles archéologiques menées par le Centre régional d’Archéologie d’Alet (association fondée en 1967 par Antoine Dos) sous la direction de Loïc Langouët (1941-2018).
Sur le rocher est attesté la présence d’une source naturelle alimentant un bassin puis un aqueduc, alimentant lui-même une station de pompage et sa machinerie datée du Haut-Empire romain, situées en bordure d’une voie charretière sur l’actuel estran. Ces infrastructures de génie civil et d’hydraulique, situées au pied du promontoire de la Cité d’Aleth*, agglomération importante des Coriosolites détruite par un incendie au 1er siècle (les Coriosolites s’installent ensuite à Corseul, Fanum Martis), témoignent de la présence de la station maritime nommée Reginca figurant sur la Table de Peutinger (copie de la fin du 12e siècle d'une carte romaine) et au cœur du trafic trans-Manche. La Rance permettant à l’époque de naviguer jusqu’à Taden, près de Dinan.
* Par convention, l’Inventaire général adopte la graphie de la carte au 1:25 000 de l’Institut national de l'information géographique et forestière (IGN).
Vers la fin du 3e siècle, dans le contexte d’insécurité globale dans l’Empire romain, le promontoire devient une place forte gallo-romaine. Parallèlement, la hausse du niveau marin et la percé du cordon alluvionnaire a vraisemblablement déplacé le port d’échouage dans l’anse Saint-Père (les navires pouvant mouiller dans la Rance). Sur le rocher devenu îlot, est probablement implantée au 4e siècle une fortification de type castellum (un petit fort) pour protéger les installations portuaires voire des navires de guerre. Au nord de la basse-cour, le mur de soutènement montre la roche-mère et une maçonnerie mêlant moellon et chainage en brique correspondant au niveau d'occupation gallo-romain.
Vue de détail de l'élévation nord de la basse-cour : maçonnerie mêlant moellon et chainage en brique correspondant au niveau d'occupation gallo-romain
Dans la Notitia dignitatum Imperii romani (littéralement, le registre des dignitaires de l’Empire romain), document administratif du Bas-Empire daté entre 390 et 425 et connu par des copies médiévales (comme ce manuscrit en latin daté de 1436 de la Bibliothèque nationale de France avec la figure imaginaire du castellum d’Aleth), il est fait mention d’un préfet militaire commandant la garnison de Martenses d’Aleth (Praefectus militum Martensium, Aleto), troupe d’infanterie chargé de la défense des côtes contre les pirates saxons. Avec le départ de l’administration romaine au début du 5ème siècle, la place-forte est abandonnée alors que des Bretons arrivent en Armorique : le quartier général militaire (principia), implanté à la croisée du cardo et du decumanus est transformé en église.
Le rocher durant le long Moyen Âge (5e-14e siècles)
L’agglomération d’Aleth a gagné de nombreux habitants dans les siècles suivants. A partir de la fin du 8e siècle, elle abrite le siège de l’évêché jusqu’à son transfert à Saint-Malo après 1145. Située à 200 m du rocher, la cathédrale Saint-Pierre est datée de la seconde moitié du 10e siècle.
L’archéologie semble attester d’une occupation du castellum au 10e siècle : le rempart est réparé et rehaussé, des terrasses sont aménagées et des bâtiments en bois sur poteaux sont construits. Le castellum gallo-romain est probablement remis en état.
Aleth et la tour Aiquin ou d’Oreigle sont mentionnées dans la chanson d’Aquin datant du 12e siècle, connue par une copie du 15e siècle : le récit semble peu fiable mais atteste cependant de la présence d’une fortification.
En 1255, suite à la rébellion du seigneur Guillaume du Mottay contre les privilèges, droits et juridictions de l’église de Saint-Malo, le "castrum Aletis, la forteresse et la ville d’Alet" sont ruinées [cf. QUERCI (de), Thomas, De l'Antiquité de la ville et cité d'Aleth ou Quidalet. 1628].
Adossé au mur sud-est de la basse-cour, un bâtiment d’au moins trois pièces, daté du milieu du 14e siècle, a été fouillé par le Centre régional d’Archéologie d’Alet en 1980. Abritant divers objets : des poteries, une caisse de graines, une épée, des éperons, une pointe d’épieu, des carreaux d’arbalètes… il a été détruit par un incendie à la fin du 14e siècle ou dans la première moitié du 15 siècle [cf. Langouët, Loïc, 1980 ; 1981].
La reconstruction de la tour Solidor (fin du 14e siècle)
La tour Solidor est réputée construite vers 1370-1382 par Jean IV, duc de Bretagne de 1365 à 1399. L’ensemble fortifié se compose d’une tour et d’une basse-cour défendue par un châtelet d’entrée. Il a pour fonction de surveiller l’entrée de la Rance et Saint-Malo, le port et la ville. Stiridor, toponyme transcrit en latin au 14e siècle, signifierait en breton la "Porte de la Rivière" (ster, la rivière et de dor, la porte).
La perception d’une taxe sur les marchandises entrantes et sortantes du port et la construction et/ou reconstruction de la tour Solidor entraînent des tensions entre les évêques de Saint-Malo et le duc Jean IV (les évêques refusent de prêter serment de fidélité au duc).
Le 4 juillet 1371, le pape Grégoire XI (1371-1378) adresse au duc Jean IV une lettre dans laquelle il évoque un château sous la garde de gens d’armes situé près de la cité épiscopale de Saint-Malo. "Quoddam castrum prope dictam civitatem macloviensem construere fecisti et ibidem gentes armigeras tenes, que cives et habitatores dicte civitatis capiunt civitatem ipsam quodammodo obsidendo" ("ce château que tu as fait construire près de la cité Macloviensem [forme latinisée de Saint-Malo] et où tu tiens des gens d’armes, qui ont pris les citoyens et les habitants de la dite cité et la cité elle-même d’une certaine manière en otage").
Le 3 août 1382, Josselin de Rohan, évêque de Saint-Malo depuis 1375, va jusqu’à menacer d’excommunier le duc Jean IV : "Preterea, in quodam castro vocato Stiridor, quod preséns Dux de novo edificari fecit in nostrum prejudicium, impediendo scilicet navigantes et alios ne possent per mare aut terram ad civitatem (Macloviensem) venire, supervenerunt gentes armorum, videlicet Alanus Brocherenl pro capitaneo et alius Brochereul pro connestabulario dicti castri, ac Johannes le Jambu dictus Gonsalles... et plures alii pro officiariis dicti ducis in eodem castro." ("De plus, dans un certain château appelé Stiridor, que le duc présent a fait édifier de nouveau à notre préjudice, à savoir empêchant les marins et autres de venir par mer ou par terre jusqu'à la cité (Macloviensem) [forme latinisée], les gens d’armes sont arrivées, c'est-à-dire Alanus Brocherenl pour capitaine et un autre Brochereul pour connétable dudit camp, et Johannes le Jambu dit Gonsalles… et et plusieurs autres comme officiers dudit commandant dans le même camp").
Le 30 août 1382, l’évêque écrit encore : "Quia in quodam castro seu fortalitio, vocato Stiridort, quod prefatus dominus Dux nuper et de novo edificari fecit […]" ("Parce que dans un certain château ou fortification, appelé Stiridor, que le dit seigneur duc a fait édifier récemment et de nouveau").
Le pape Urbain VI (1378-1389) intervient dans le conflit et l’évêque Josselin de Rohan conclut finalement un traité de paix avec le duc Jean IV en 1384.
En 1452, Charles de la Ramée est capitaine de Solidor [cf. Joüon des Longrais, 1886].
La tour Solidor montre trois phases de construction/restauration
A l’extérieur de la tour Solidor, deux mises en œuvre différentes sont visibles correspondant vraisemblablement à deux phases de construction datables de la seconde moitié du 14e siècle. La troisième phase correspond à la restauration de la fin du 19e siècle.
Vue du pied de la tour ouest depuis le nord : deux mises en oeuvre différentes sont visibles dans la maçonnerie. En haut, au centre, archère-canonnière (dépourvue d'arc de décharge) du rez-de-chaussée ; à droite, contrefort nord en pierre de taille
A la base et au rez-de-chaussée de la tour Solidor se voit une maçonnerie essentiellement constituée de moellon (les larges joints au mortier en compliquent la lecture), tandis qu’au premier et deuxième étages, on observe une maçonnerie de pierre de taille. Ces deux étages - premier et deuxième se distinguent également par la présence d’un arc de décharge en plein cintre au-dessus de chaque ouverture (cette mise en œuvre se retrouve à l’intérieur de l’édifice dès le rez-de-chaussée).
Plan masse et élévations, janvier 2001
Vue de la tour Solidor depuis l'est-nord-est : rez-de-chaussée et premier étage percés d'arbalétrières-canonnières. Au centre, la porte d'entrée précédée d'un pont. A droite, guérite
Vue de la tour Solidor : arbalétrière-canonnière (dépourvue d'arc de décharge) du rez-de-chaussée de la tour nord. Elle est orientée vers l'est
Vue de la tour Solidor : arbalétrière-canonnière (surmontée d'un arc de décharge) du premier étage de la tour est. Elle est orientée vers le nord-est
Vue de l'arbalétrière-canonnière sud (dépourvue d'arc de décharge) du rez-de-chaussée de la tour ouest. A gauche, contrefort sud en pierre de taille
Vue de l'arbalétrière-canonnière ouest (dépourvue d'arc de décharge) du rez-de-chaussée de la tour ouest
La porte d’entrée en arc en tiers-point en pierre de taille pourrait correspondre à cette première phase. Les ouvertures du rez-de-chaussée disposent d’un linteau droit à clé sans arc de décharge.
Au rez-de-chaussée, les tours ont un plan interne circulaire alors qu’au premier et deuxième étages, leur plan est polygonal. La tour ouest montre de plus l'arase d’une fondation pouvant correspondre à une tour primitive (hypothèse).
Composé de marches monolithe en granite, l’escalier montre trois phases de construction : les dix premières marches correspondent à la première phase (la plus ancienne), les parties intermédiaires à la deuxième phase et la partie haute correspond à la restauration de la fin du 19e siècle.
Certains auteurs - historiens ou archéologues - voient dans la tour ouest de la tour Solidor, le remploi d’une tour de l’époque gallo-romaine. Pour Alain Salamagne (2002), qui se base sur l’analyse des ouvertures de tir, la tour Solidor daterait plutôt du premier quart du 15e siècle ce que réfutent d’autres historiens en raison de l’absence de sources écrites.
Pour Michael Jones (1988), fin connaisseur de la Bretagne ducale, repris plus tard par Marc Déceneux (2012), la tour a pu être édifiée par Jean IV entre 1365 et 1373 avant son exil en Angleterre, endommagée pendant le siège de Saint-Malo en 1378 par les Anglais puis reconstruite à partir de 1379 après son retour en Bretagne. C’est cette hypothèse qui nous semble la plus plausible compte tenu de la présence de deux phases de construction datable du 14e siècle. Une étude archéologique de la tour et une analyse des mortiers apporteraient sans doute des éléments de datation permettant de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses.
La Guerre de la Ligue (1588-1598)
Durant la Guerre de la Ligue (1588-1598), la garnison de la tour Solidor - cinq à six hommes seulement sous le commandement de Fontaines, gouverneur royaliste du château de Saint-Malo - est surprise le 4 novembre 1589 par des partisans ligueurs de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur (1558-1602), ancien gouverneur de Bretagne. Les habitants de Saint-Malo demandent au duc de Mercœur la garde de la tour Solidor qui leur accorde contre l’assurance de conserver le libre-échange avec la ville de Dinan et le contrôle de la tour [cf. Joüon des Longrais, 1886, p. 121-122]. Le 8 novembre 1590, Antoine Courtin, seigneur du Cheval-Blancq, ancien morte-paye du château de Saint-Malo est nommé capitaine avec les gages de 300 écus pour tenir la tour avec "trois bons soldats, un serviteur, une servante et deux chiens de bon guet". Il est remplacé en 1591 par Chapelle Le Maire.
La tour Solidor dans la défense du port de Saint-Malo (17e siècle)
En 1636, Pierre Renard de Saint-Malo est nommé par Louis XIII gouverneur du château de Solidor et dépendances : son fils hérite de la charge en 1662. Il a ordre de réparer le château, mais aussi de l’approvisionner en armes et munitions de guerre.
Dans le contexte de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688 à 1697) et de la défense du port de Saint-Malo, l’ingénieur Garengeau propose le 4 novembre 1691 de réutiliser la tour Solidor - il la nomme "château de Solidor" - afin de protéger les mouillages de l’entrée de la Rance. Afin d’y aménager une plate-forme d´artillerie, il souhaite voûter de pierre de taille les quatre pièces de la tour et faire une calotte pour couvrir l’escalier. Il propose en outre d’escarper le rocher pour approfondir les fossés, de refaire le pont-levis (pile, pont-dormant et partie mobile) et les deux niveaux de plancher de la tour. Sur l'avancée, en sus de la restauration du dispositif d’entrée (pont-levis et dormant, tourelles du châtelet, porte d’entrée) et de l’élargissement du fossé, il prévoit de construire un nouveau corps de garde, d’allonger l’ancienne batterie et de doter le parapet de créneaux de tir.
Après l’attaque anglaise contre le port de Saint-Malo en novembre 1693 (avec l’épisode dit de la « machine infernale »), Vauban lui-même co-signe le projet le 9 mai 1694. Non réalisé faute de crédits, le projet est à nouveau proposé le 27 janvier 1697, mais reste finalement dans les cartons à dessin. Au 18e siècle, les batteries d’artillerie du fort de la cité d’Aleth viennent couvrir ce secteur.
Plan de la Tour Solidor et de son ouvrage avancé par l'ingénieur Garengeau, 27 janvier 1697. Lavé de jaune, le projet avec batterie d'artillerie et corps de garde
Plan du rez-de-chaussée de la Tour Solidor par l'ingénieur Garengeau, 27 janvier 1697
Plan de la plate-forme d'artillerie de la Tour Solidor par l'ingénieur Garengeau, 27 janvier 1697. Lavé de jaune, le projet
Elévation et coupe de la Tour Solidor par l'ingénieur Garengeau, 27 janvier 1697. Lavé de jaune, le projet
La reconversion de la tour en prison (18e-19e siècles)
Dans la seconde moitié du 18e siècle, la tour Solidor, comme de nombreuses autres forteresses du royaume, sert de prison pour les détenus de droit commun et des prisonniers de guerre.
Durant la Révolution française, trente-huit prêtres réfractaires, c’est-à-dire hostiles à la Constitution civile du clergé, sont enfermés dans la tour Solidor le 20 septembre 1792, avant d’être déportés à Jersey. Des religieuses y sont également détenues. Des citoyens du District de Port-Malo - hommes et femmes - sont retenus à la maison d’arrêt de Solidor pour leur conduite jugée incivique, leurs liens avec des membres de la noblesse ou des religieux voire l’hébergement de suspects.
Le 19 avril 1804 (29 germinal an XII), l’administration de la Marine à Saint-Malo est transférée à Saint-Servan. Les anses de Solidor et d’Aleth ainsi que la tour Solidor sont affectées aux travaux de la Marine nationale. Reconvertie en caserne et prison maritime, la tour est surnommée "la Cayenne". Plusieurs bâtiments - une conciergerie et deux guérites - sont construits en 1804. La première guérite est localisée sur le pont de la basse-cour, la seconde contrôle l’accès au pont de la tour.
Vue de la guérite située en avant du pont d'accès à la tour
En janvier 1809, quatre-vingt prisonniers de guerre - marins et soldats - sont enfermés dans la tour ; trente-six sont enfermés en février 1811.
De nombreux graffitis, conservés principalement sur les portes des cellules, témoignent de ces enfermements. On peut notamment déchiffrer :
- sur la porte de la pièce intermédiaire au premier étage, côté intérieur : "J Crooks HuLC 1810", "PMR", "NES", "G+TayLor" et identifier un brick (voilier à deux mâts) ;
Vue intérieure de la tour Solidor : premier étage, pièce intermédiaire, arbalétrière-canonnière avec double coussiège orientée vers le sud
Vue intérieure de la tour Solidor : détail des graffitis de la porte du premier étage. On peut lire : J Crooks HuLC 1810 ; PMR ; NES et identifier un brick (voilier à deux mâts)
- sur la porte de la pièce ouest, toujours premier étage, côté intérieur : "VINCOEUR GRENADIER DU ROUSSILLON", "S BOISEAU". Un peu plus loin, on peut lire "1811 THOUIN".
Vue intérieure de la tour Solidor : premier étage, détail des graffitis de la porte de la tour ouest. On peut lire : VINCOEUR GRENADIER DU ROUSSILLON
Un rapport de 1816 de la direction des Travaux maritimes du port de Saint-Servan conservé à Paris au Service historique de la défense a été transcrit et publié en 1960 par Antoine Dos [cf. bibliographie]. A cette époque, la basse-cour sert de cour à la prison (mais pas aux prisonniers), mais aussi de parc d’artillerie (pour les canons et boulets) et de dépôt pour les lests en fer et des ancres de deux frégates [la frégate se situe entre le vaisseau et la corvette dans la Marine à voile]. La tour sert de prison. Les ponts levis n’existent plus.
Reliant l’anse Solidor à l’anse Saint-Père dit d’Aleth ou port Saint-Père, le passage situé sous le pont de la basse-cour est fermé depuis 1797 pour la sûreté du port, mais abrite une casemate à usage de bureau d’octroi pour la ville de Saint-Servan. Le passage, situé sous les deux arches du pont de la tour, est également muré.
Vue de la Tour Solidor par Hyacinthe Lorette, lithographe, Imprimerie Landais et Oberthur à Rennes
Le bâtiment (7,13 x 5,92 m) situé à l’entrée à la basse-cour sert de corps de garde à la prison : il peut contenir une "garde de quinze à vingt hommes". Le grenier est affecté au maître canonnier.
Vue de la tour Solidor depuis le nord-est : châtelet d'entrée et corps de garde implantés dans la basse-cour, carte postale (LL)
Dans la basse-cour se trouve également un bâtiment à usage de conciergerie (15,5 x 7,5 m) abritant la chambre du geôlier avec cabinet de travail, cellier et un cabinet d’interrogatoire. Le cabinet d’interrogatoire sert aussi de bureau et magasin au maître canonnier. Le grenier de la conciergerie sert de magasin d’artillerie (pour le stockage des mèches, garde-feux, poulies, gargousses vides, écouvillons, refouloirs...).
Vue de la tour Solidor depuis l'est-nord-est : caserne implantée dans la basse-cour, carte postale (EFP ?). La caserne est couverte en pavillon
Au rez-de-chaussée de la tour, une fois passé la porte d’entrée et le vestibule, se trouve la cuisine dans la pièce intermédiaire pour les marins casernés (servant également de magasin d’artillerie) ; le magasin aux vivres ou cambuse dans la tour ouest (servant aussi de magasin d’artillerie). Les petites pièces des tours nord et est abritent des "cachots" pour respectivement douze à quinze hommes (dans 7 m2) et huit à dix hommes (dans moins de 6 m2). Les latrines en niveau intermédiaire peuvent également servir de cachot pour un ou deux hommes (dans 4 m2).
Vue intérieure de la tour Solidor : rez-de-chaussée, pièce intermédiaire, détail du mur est. Cette porte dessert la tour nord ; à droite, placard mural. Le passage de la porte a été élargi pour permettre le passage de tonneaux
Au premier étage de la tour, les quatre pièces - 76 m2 de superficie au total - permettent de loger entre cent quarante-hui et cent quatre-vingt-cinq hommes. Au deuxième étage, les quatre pièces accueillent entre cent-huit et cent-trente-cinq hommes. Pour gagner en capacité, les bas-flancs ou lits de camp collectifs sont à deux niveaux dans certaines pièces.
Vue intérieure de la tour Solidor : premier étage, tour nord, niveau intermédiaire à usage de dortoir, carte postale (LL). A droite, le poteau est muni de plusieurs marches
Le troisième étage abrite des greniers pour les paillasses des prisonniers mais peut au besoin servir à loger trente prisonniers. Le chemin de ronde dont les mâchicoulis ont été bouchés est utilisé pour "faire prendre l’air aux prisonniers".
Au total, la tour Solidor permettait d’enfermer de trois cent sept à trois cent soixante-dix-sept prisonniers en 1816.
Sur les représentations anciennes (dessins puis photographies), un mât de pavillon est visible au sommet de la tour jusqu’à la fin du 19e siècle signe de la présence de la Marine.
Vue de la tour Solidor depuis le nord-est : état avant restauration, dessin d'Albert Ballu, architecte, planche n° 6, 1883. Au sommet de tour se dresse un mât de pavilon. Dans la basse-cour se trouvent deux bâtiments. Les arches du pont sont occupées
La tour devient un Monument historique (1886)
En 1886, la tour Solidor et ses ouvrages avancés (bastion avec son enceinte, ponts et dépendances) sont protégés au titre des Monuments historiques.
Monuments historiques II. 14e siècle. Planche 53. Tour de Solidor à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine). Façade latérale. Coupe longitudinale. Façade principale. Plan du rez-de-chaussée. Plan général. (Albert Ballu ; héliogravure Chauvet)
La même année, Albert Ballu, "architecte du gouvernement attaché à la Commission des Monuments historiques" publie une petite monographie illustrée de neuf planches sur la tour Solidor. On y découvre l’état de la tour et de ses abords en 1883 et des restitutions de l’état présumé au 14e siècle (planche 8 et 9).
Vue de la tour Solidor depuis le sud-est : état projeté après restauration, dessin d'Albert Ballu, architecte, planche n° 8, 1883
Vue de la tour Solidor depuis le nord-ouest : état projeté après restauration, dessin d'Albert Ballu, architecte, planche n° 9, 1883
Vue de la Tour Solidor avant restauration
Vue de la Tour Solidor après restauration
L’architecte écrit : "Au-dessus du mâchicoulis, l'appareil [comprendre, la maçonnerie] a été entièrement refait, et le crénelage ancien a presque entièrement disparu. La toiture a été reconstruite tant bien que mal et son état défectueux nécessite une restauration complète ainsi que les cheminées dont la plus grande partie se trouve actuellement sans issue et perdue sous les combles. La tour Solidor, bien que devant être rangée dans la catégorie des tours isolées était pourvue d'ouvrages avancés ou travaux d'approche dont le plan existe en état de parfaite conservation. […] Par une convention passée entre le ministre de la Marine et l'administration des Beaux-arts, la tour Solidor a été cédée à cette dernière qui doit prochainement rétablir dans son état primitif les parties supérieures endommagées de cet intéressant spécimen de l'architecture militaire du moyen-âge".
La restauration de la tour à la fin du 19e siècle a effectivement vu la création d’un étage de comble et d’une couverture justifiée par le besoin d’affirmer le caractère médiéval de la tour Solidor. Dans la basse-cour, le grand bâtiment de 1804 couvert en pavillon servant de conciergerie à la prison et de magasin d’artillerie est également détruit, sans doute pour cette même raison.
Vue de la tour Solidor depuis l'est-sud-est, aquarelle signée A.E.M.B., 1902. Le bâtiment situé au pied de la tour existe tourjours à cette date
Vue aérienne oblique depuis l'est : tour et pont dormant. L'étage de comble coiffé d'un toit conique complexe en ardoise
La reddition de la garnison nazie de la Cité d'Aleth photographiée par Lee Miller le 17 août 1944. En arrière-plan, la tour Solidor
Le Musée International du Long-cours Cap-hornier (1969-2019)
A partir de 1969 et jusqu'en 2019, la tour Solidor abrite le Musée International du Long-cours Cap-hornier.
Implantée sur la basse-cour, la sculpture-girouette baptisée l'Albatros a été offerte par la section chilienne de l'association des anciens cap-horniers.
La tour Solidor en 2026
Toujours propriété de l’Etat, la tour Solidor est désaffectée (2026).
Vue de situation depuis le sud-est : la tour Solidor domine le mouillage. En arrière-plan : Saint-Servan et le fort de la Cité d'Aleth
Chargé d'études d'Inventaire du patrimoine à la Région Bretagne.