Chanteloup est historiquement une commune rurale à autoproduction de survivance, c'est-à-dire que les habitants vivaient de ce qui était produit sur le territoire communal. Chanteloup a donc vécu pendant de nombreux siècles de l’activité agricole. Bien qu'aujourd'hui cette activité soit moins prégnante sur la commune, l’architecture en reste un héritage majeur, particulièrement marqué dans les écarts. L’architecture des fermes et maisons dans les écarts de Chanteloup nous renseigne donc sur son histoire et son développement, mais également sur l’évolution des modes de vie et de production.
Le bâti des écarts prend racine au XVIIe siècle. Il se compose alors essentiellement de fermes organisées en longères, noyaux primitifs de l’habitat de Chanteloup. Dès le XVIIIe siècle, on voit le développement d’ensembles plus conséquents avec les premières dépendances agricoles distinctes du logis. Puis, au XIXe siècle, des fermes plus imposantes sont construites selon de nouvelles logiques d’organisation avec, notamment, la démultiplication des dépendances. Chanteloup connaît aussi à cette époque un essor de l’habitat significatif, en rapport avec le développement et l'attractivité de la commune. Le patrimoine bâti des écarts est d’ailleurs majoritairement composé de constructions du XVIIIe et XIXe siècle, celles du XVIIe siècle n’étant pas aussi présentes.
Le bâti agricole de la commune est parfois rattaché à des ensembles plus conséquents, comme le château du Riffray et les manoirs mais, dans ce cas, si le développement du bâti est plus important, la mise en œuvre reste assez similaire aux autres fermes de la commune.
Enfin, l’étude du bâti des écarts permet d’intégrer la question du patrimoine d’accompagnement, que l’on retrouve en majorité associé à des fermes.
Le bâti ancien donne à voir un large panel de mises en œuvre et offre une richesse architecturale significative. Il met à l’honneur des matériaux locaux et des savoir-faire de qualité qui façonnent le paysage architectural de Chanteloup.
L’implantation de la ferme et de la maison canteloupéenne dans les écarts
Les dynamiques d’implantation
La commune de Chanteloup prend place sur un territoire étendu, elle compte aujourd’hui 64 écarts de tailles variables. Ces écarts présentent des schémas d’implantation et de développement différents selon qu’ils se trouvent plus ou moins proche du bourg.
Les écarts situés à l’ouest de la commune, les plus éloignés, s’organisent autour d’une première implantation de ferme, généralement au XVIIe siècle, puis se développent de manière très importante au XVIIIe siècle avec la construction d’autres fermes et de quelques maisons qui vont venir étendre l’écart et lui donner ses contours presque définitifs. Aux XIXe et XXe siècles, il y a très peu de constructions dans ces écarts, principalement quelques maisons ou petites fermes qui viennent s'insérer dans le maillage de l’écart. Les écarts situés à l’ouest présentent donc une majorité de bâti XVIIIe siècle, on peut citer comme exemples les écarts de la Grée de Pouez et du Pouez.
Pour les écarts proches du bourg, et notamment ceux qui se trouvent sur l’axe de circulation nord-sud qui part du bourg, comme c’est le cas de la Régère, on observe un développement différent. On y observe quelques fermes éparses aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis un fort accroissement de la construction au XIXe siècle avec des maisons et de petites fermes qui vont venir s'insérer dans le maillage de l’écart, formant des groupes cohérents autours des fermes. Ces écarts présentent également une attractivité au XXe et XXIe siècle liée à leur proximité avec le bourg et, pour la plupart, ils continuent d’être lotis aujourd’hui. Les écarts liés au bourg vont donc se développer majoritairement au XIXe siècle et comprennent une majorité de bâti de cette période.
Au sein des écarts même, le bâti suit une implantation nord-sud. Les façades des habitations et des fermes sont orientées au sud de façon à profiter d’un meilleur ensoleillement et d’un confort thermique naturel. Les façades nord, dans la même logique, sont souvent aveugles ou avec des percements étroits et peu nombreux. Cette implantation se retrouve sur l’ensemble de la commune à tous les siècles. Néanmoins, il arrive que certaines constructions à partir du XIXe siècle suivent le sens de la voirie plutôt qu’une orientation cardinale.
De la ferme en longère au XVIIe siècle à la ferme sur cour au XIXe siècle
La longère, logis mixte
La ferme canteloupéenne évolue au fil des siècles et va se transformer pour accompagner le développement de l’agriculture et des modes de vie. On garde encore sur la commune des témoignages et des exemples de ces évolutions depuis le XVIIe siècle.
Les fermes les plus anciennes présentes sur la commune datent du XVIIe siècle. On en a un témoignage remarquable avec la ferme au 400 bis la Grée de Pouez, qui conserve l’une des rares date portée de la commune, avec l’inscription 1619 sur le linteau monumental de la porte.
Au XVIIe siècle les activités agricoles et d'habitation sont regroupées au sein d’un même bâtiment, le logis mixte est le modèle prévalant sur la commune. Ce dernier présente généralement une organisation en longère. Ces fermes sont organisées sur deux niveaux, le premier est habité tandis que le deuxième sert de grenier, accessible en façade par des gerbières. Les fermes du XVIIe siècle présentent de fortes pentes de toiture, des coyaux, des portes en plein cintre avec parfois des arcs chanfreinés et un encadrement en pierre de taille. Ces caractéristiques architecturales ne sont pas uniquement propres au XVIIe siècle, elles se retrouvent notamment au XVIIIe siècle, avec quelques variations. Nous en avons un exemple représentatif à Caran, au numéro 867, une ferme en longère construite entre les XVIIe et XVIIIe siècles.
Les logis mixtes sont repérables en façade, notamment, par des portes jumelées, une porte était destinée à entrer dans la partie servant au logis des humains, tandis que l’autre était celle des animaux. On en retrouve un exemple à la ferme du 432 les Cours Hailauds. Les logis-mixtes vont se raréfier à partir du milieu du XIXe siècle et tendent à disparaître, mais l’organisation en longère va perdurer sur la commune. Toutefois, les fermes vont tendre vers un modèle qui sépare les fonctions d’habitation des fonctions agricoles par la construction de dépendances distinctes.
La ferme à dépendances articulées autours d’un logis indépendant
L’évolution des modes de vie et de production va transformer les fermes et la manière dont on les occupe. Ainsi, bien que le logis-mixte soit un modèle qui perdure jusqu’au XIXe siècle, on voit apparaître, dès le XVIIIe siècle, de nouvelles formes de fermes où les différentes fonctions vont se répartir dans différents bâtiments séparés les uns des autres.
On retrouve, alors, des fermes avec un logis indépendant qui assure les fonctions d’habitations et de la vie quotidienne et une démultiplication de dépendances agricoles autour de celui-ci. Nous en avons un exemple sur la commune au 897 Montverron.
La majorité des fermes anciennes de la commune datent du XVIIIe siècle et présentent une architecture semblable à celles du XVIIe siècle. Il faut néanmoins noter que beaucoup de ces fermes ont été modifiées postérieurement, notamment au XIXe siècle et peuvent paraître plus récentes qu’elles ne le sont réellement, on observe donc assez peu de bâti du XVIIIe siècle qui n’ait pas été remanié.
Les fermes en ensembles sont aussi des fermes de taille plus importante, la démultiplication des dépendances permettant de démultiplier les activités agricoles. Parmi les ensembles agricoles les plus importants sur la commune de Chanteloup, on retrouve une majorité de fermes sur cour.
La ferme sur cour
A partir du XIXe siècle les fermes en ensembles existent toujours, mais elles tendent à s’organiser autour d’une cour, de manière plus ordonnée. La ferme de l’écart de la Forge en est un exemple remarquable. Le logis se trouve à l’ouest tandis que les dépendances s’organisent sur les autres côtés de la cour, formant une entité conséquente. Certains bâtiments sont construits pour partie en terre, selon la technique de la bauge, que l’on retrouve dans plusieurs constructions de Chanteloup. Les caractéristiques architecturales des corps de ferme du XIXe siècle sont l’utilisation de la brique, que l’on retrouve notamment pour les encadrements des ouvertures, les pentes de toitures sont plus faibles qu’aux siècles précédents et la répartition des ouvertures au sein des façades sont réguliers, avec généralement une recherche de symétrie et une organisation tripartite (en trois travées).
L’implantation de la maison au XVIIIe siècle et sa mise en forme au XIXe siècle
Le XVIIIe siècle voit l’apparition dans les écarts de Chanteloup de maisons destinées à la seule fonction d’habitation, sans activité agricole associée.
Au XVIIIe siècle, son architecture est caractérisée par une mise en œuvre singulière qui met notamment en scène le moellon de schiste. Les façades tendent à être structurées par des ouvertures organisées en travées, ce qui se généralise au XIXe siècle. Certains éléments sont très significatifs de leur époque, telle la porte couverte d’un arc en plein cintre du 4 la Cornillère.
Au XIXe siècle, il y a peu de maisons dans les écarts, celles-ci étant plutôt construites dans le bourg, ou alors dans les écarts le plus proches de ce dernier. L’exemple de la maison aux 305 les Quatre Routes donne à voir une organisation en longère, implantée le long d’un axe de communication et non en lien avec l’exposition au soleil, comme il était coutume de faire aux siècles précédents. La maçonnerie est en moellons de schiste assisés et les encadrements des baies sont en brique industrielle, caractéristique du XIXe siècle.
Les caractéristiques architecturales du bâti des écarts de Chanteloup
Les matériaux et leur mise en oeuvre
La maçonnerie de moellons constitue une grande partie des constructions recensées sur la commune. Il s’agit majoritairement de schiste, mais également de grès, les deux matériaux étant souvent associés, mais le schiste reste toujours dominant. La mise en œuvre du moellon présente des particularités en fonction des époques. Avant le XIXe siècle, la maçonnerie n’est pas régulière, les moellons, façonnés à la main, ne sont pas tous de la même taille et la maçonnerie ne présente pas d’assises. Au XIXe siècle, alors que l’extraction et la taille des pierres se mécanise, la maçonnerie est constituée en assises réalisées avec des moellons d’une taille ayant une configuration identique, et on observe une « standardisation » des maçonneries. C’est aussi au XIXe siècle que Chanteloup voit se confirmer l’utilisation de la terre, sous forme de bauge, souvent associé à des soubassements ou à des portions plus ou moins conséquentes des élévations en moellons. A cette époque, comme dit précédemment, la brique industrielle est mise en œuvre pour les encadrements des ouvertures notamment, puis apparaît le ciment, utilisé pour les appuis des fenêtres et les seuils des portes, ainsi que le béton, utilisé en gros-oeuvre.
Pour ce qui est des enduits, qui assurent à la fois une protection des élévations et un rôle esthétique, ils sont d’abord fabriqués avec de la terre ou de la chaux naturelle. A partir du XXe siècle, des enduits au ciment sont mis en œuvre.
Les éléments architecturaux notables
Le bâti des écarts présente un certain nombre d’éléments distinctifs. Tout d’abord, la plupart des constructions anciennes ne présente qu’un rez-de-chaussée et un grenier à surcroît, comme on l’observe au 406 la Grée de Pouez et au 432 les Cours Hailauds. Les portes jumelées sont relativement peu fréquente aujourd’hui sur la commune, mais restent un élément architectural significatif d’un usage et d’une époque. La façade nord des bâtiments est parfois protégée par un cellier monumental, comme à la ferme de la Forge. Les bâtiments du XVIIe siècle présentent de fortes pentes de toiture, qui s’adoucissent pour le bâti le plus récent. L’activité agricole étant prégnante sur le territoire de Chanteloup, il n’est pas rare de rencontrer des gerbières, dont la configuration facilitait l’engrangement des récoltes, comme au 406 de la Grée de Pouez. On y accédait par une échelle extérieure.
Un contraste avec les mises en oeuvre contemporaines
Les premières transformations au XIXe siècle
Le XIXe siècle, comme nous l’avons vu, marque l’apparition de plusieurs caractéristiques architecturales et de nombreuses fermes et maisons des siècles antérieurs sont remaniées au goût de l’époque. Ainsi, au 811 la Basse Feuillais, on observe un premier corps de logis du XVIIe siècle auquel a été ajoutée d’une extension au XIXe siècle. On retrouve donc des caractéristiques du bâti XVIIe avec un coyau, des encadrements en pierre de taille, des ouvertures en plein cintre, associés à des encadrements en brique industrielle typiques du XIXe siècle - mais que l’on peut aussi retrouver pour des campagnes de travaux plus récentes.
Les modifications contemporaines
A partir du XXe siècle on observe un redécoupage parcellaire important, qui peut venir perturber la lecture de certains ensembles. En effet, la plupart des fermes anciennes sont maintenant transformées en habitations et généralement divisées en plusieurs lots. L’ajout de clôtures et les modifications en façades font qu’il est souvent aujourd'hui difficile de lire les dispositions d’origine de ces bâtiments ou de se rendre compte que ces parcelles, aujourd'hui séparées, étaient initialement des ensembles cohérents.
Les modifications contemporaines mettent aussi souvent en œuvre des matériaux qui ne sont pas toujours en accord avec le bâti ancien. On retrouve aussi sur la commune de nombreux enduits, ou des joints, réalisés au mortier de ciment. Ce matériau n’est pas adapté au bâti ancien puisqu’il empêche les murs de respirer et peut provoquer de graves problèmes d’humidité. D’autre part, il occulte bien souvent les mises en œuvres d’origine, transformant l’aspect des façades. On retrouve un exemple au 440 du Pouez où l’on peut apercevoir les maçonneries du XVIIIe siècle en moellon de schiste sous l’enduit coloré contemporain. Il n’est pas rare, non plus, de voir des appentis et extensions en parpaing ou en béton accolés aux anciennes constructions.
Ces modifications entraînent une perte de cohérence et une perte de lecture du bâti ancien qui constitue le paysage et l'identité de la commune.
Les puits et fours
Les puits et les fours sont nombreux sur le territoire de Chanteloup, du bourg aux écarts. Ils sont soit un bien commun, soit privatifs.
Le puits est primordial au quotidien, permettant de fournir les foyers en eau potable. A Chanteloup, on rencontre des puits de plan circulaire ou, plus souvent, carré, comme au 272 la Régère. La maçonnerie est en moellons de schiste, la toiture est formée d’un seul pan couvert en ardoise. La margelle est constituée d’une pierre de schiste. Au 897 Montverron, un puits présente une base circulaire en maçonnerie de moellons de schiste surmonté d’une structure en charpente et d’un toit à quatre pans. Bien que la partie supérieure de la structure puisse être un ajout ultérieur, ce puits n’en est pas moins singulier.
Les fours à pain sont de forme circulaire, avec une maçonnerie de moellons de schiste et une couverture en ardoise. La gueule du four est parfois encadrée de briques. Bien que ce type de four indépendant soit le plus répandu, on trouve aussi des fournils comme au 515 Les Bézier et, au 895 Le Tertre, un four est accolé à une soue à cochon et à proximité d’un puits. Le fournil des Béziers présente un soubassement en moellons de schiste et une élévation en terre avec une toiture à deux pans en ardoise, tandis que le four du Tertre présente une élévation en moellons et une bande de terre sommitale. La toiture actuelle est à un seul pan couvert en ardoise.
L’influence du bourg
On retrouve dans l’architecture des écarts l’influence du bourg. Il faut noter qu’initialement le bourg était assez modeste et qu’en se développant il a absorbé certains écarts. L'attractivité du bourg se ressent par le développement plus marqué des écarts les plus proches, surtout à partir du XIXe siècle. Certaines maisons de ces écarts reprennent la typologie des maisons du bourg, comme à la Régère. Dans ce développement polarisé par le bourg un axe nord-sud se démarque. Celui-ci part du bourg, traverse la commune en son centre et regroupe un grand nombre d'écarts, tandis que sur le reste du territoire communal les constructions sont plus espacées. Aujourd’hui, Chanteloup se trouve dans l’aire d’attraction de Rennes. Cette attractivité a une incidence sur le bourg, mais elle se répercute également dans les écarts proches du bourg, l’axe nord-sud permettant de rejoindre la Route Nationale qui mène à Rennes. Des constructions récentes, voire des lotissements comme aux Quatre Routes, prennent place le long de cet axe et dans les écarts existants.