Dossier thématique IA35132923 | Réalisé par
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Les fermes et l’activité agricole à La Bosse-de-Bretagne
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Les fermes et l’activité agricole à La Bosse-de-Bretagne

A La Bosse-de-Bretagne, les édifices agricoles composent la majorité du patrimoine bâti. Ils ont été construits en utilisant et optimisant les caractéristiques géographiques du territoire (géologie, reliefs, climat). Les générations successives ont agrandi leurs exploitations quand cela était nécessaire à leur activité ce qui a créé, au fil du temps, des ensembles plus ou moins homogènes. A La Bosse-de-Bretagne, l’activité agricole a été et est encore très importante et structurante, et la commune en garde des traces qu’il est essentiel de préserver. Avec les changements de mode de vie ces dernières décennies, les édifices agricoles ont pour la plupart changé d’usage, beaucoup de fermes étant devenues des lieux de résidence, sans activité économique. Ces transformations provoquent souvent une perte de la configuration initiale des bâtiments et une perte de lisibilité, soulevant la question des enjeux de la conservation du patrimoine agricole et de ses caractéristiques architecturales et paysagères.

 

Les ensembles agricoles bosséens : implantation, organisation et caractéristiques architecturales

Les fermes

Dans le bourg

Dans le bourg de La Bosse-de-Bretagne, on observe de nombreuses fermes, datant de différentes époques, mais seules deux d’entre elles, construites au XXème siècle, sont encore actives en tant que telles rue des Forges et rue du Semnon.

Ces anciennes fermes sont organisées en longère, qui abritent dans un même bâtiment hommes et bêtes. Un premier corps de bâtiment était mis en place, puis, au fil des besoins et des générations, d’autres corps de bâtiment pouvaient être construits dans l’alignement du premier, jointifs les uns aux autres. Cela peut alors former des ensembles assez longs, où les différentes périodes de construction sont facilement lisibles. Ces bâtiments sont tous construits en moellon de grès et de schiste.

 

Les ensembles les plus anciens se trouvent rue de la Fontaine Jouaron, qui correspond au noyau initial du bourg constitué autour de la première église, près du ruisseau des Noës et d’une ancienne fontaine. Quelques constructions dateraient du XVIIème siècle, par exemple le 1 rue de la Fontaine Jouaron. Les bâtiments de cette époque sont le plus souvent constitués d’un rez-de-chaussée qui constitue un « logis mixte » avec une porte commune aux hommes et aux animaux, ou deux portes séparées placées côte à côte au centre de la façade. Ces portes peuvent être couvertes d’un arc en plein-cintre ou brisé dont l’extrados, c’est-à-dire la face supérieure, est marqué par une « moulure » saillante appelée larmier. Ces larmiers ont pour fonction de contraindre les eaux pluviales à s’écouler de part et d’autre de l’ouverture, plutôt que de ruisseler directement dans celle-ci. De plus, ils ont un aspect esthétique, ils donnent du caractère à l’entrée principale de la maison. Les larmiers font partie des éléments remarquables à conserver. Les autres ouvertures sont petites, peu nombreuses : souvent un simple jour ou une petite baie du côté des animaux, et une fenêtre plus grande au niveau de la pièce de vie des humains. Au 1, rue de la Fontaine Jouaron, on peut encore voir aujourd’hui l’une de ces fenêtres, qui présente une disposition inédite et soignée avec un encadrement fait de grandes pierres et d’un linteau de schiste. Elle est, qui plus est, dotée d’une grille de fer forgé comprenant un cœur en son centre. Au-dessus de ce rez-de-chaussée, un grenier à surcroît, doté d’une ou plusieurs gerbières, où les récoltes étaient stockées. Les toitures présentent un coyau, dispositif de charpente qui permet de retrousser la base des versants et ainsi de rejeter l’eau de pluie loin des façades, à une époque où les gouttières n’existaient pas.

D’autres constructions datent probablement du XVIIIème siècle comme les 3 et 8 rue de la Fontaine Jouaron (attention : pour le n°3 : possibilité XVIIème siècle + ajout XVIIIème siècle). On y retrouve les toitures à coyaux, un larmier est également visible au 3 rue de la Fontaine Jouaron, au-dessus de la porte principale, les façades principales sont dotées de plusieurs ouvertures de tailles variables, couvertes d’un linteau de bois, parfois filant, qui tendent dans certains cas à être davantage alignées en travées au sein des élévations.

Du côté du chevet de la nouvelle église, un ensemble de bâtiments semblent dater du XVIIIème siècle : les 3, 5, 7 et 9 rue de la Bascule, entre la bibliothèque et le bar café actuel.

Les autres bâtiments datent des XIXème et XXème siècles. A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, les bâtiments sont régulièrement dotés d’un étage, permettant d’augmenter la surface habitable pour les humains. Les ouvertures sont organisées en travées régulières (souvent trois travées) au sein des élévations ; couvertes d’un arc segmentaire elles présentent souvent des encadrements en brique rouge. Les toitures ne présentent généralement plus de coyaux. On observe une certaine standardisation des gabarits et une uniformisation des bâtiments en lien avec la mise en œuvre de matériaux produits de manière industrielle.

 

Dans les écarts

A l’inverse du bourg, dans les écarts de La Bosse-de-Bretagne, on trouve deux types d’organisation pour les fermes.

Il y a toujours beaucoup de fermes organisées en longère. Ici, les bâtiments présentent de grands celliers, généralement sur leur façade nord et qui, en dehors de leur fonction de stockage, assurent une protection contre les vents froids et les intempéries.

Des fermes organisées autour d’une cour ouverte ou semi-ouverte sont aussi présentes, par exemple à la Haute Bosse, où l’on trouve trois ensembles ainsi organisés. Dans ce cas, les différentes fonctions de la ferme sont réparties dans des bâtiments distincts : logis des humains ; bâtiments réservés aux animaux : étables, écuries, soues à cochons… ; espaces de stockage des récoltes, du matériel : grange, remise…. L’organisation autour d’un espace central formant une cour plus ou moins vaste optimise la circulation entre les bâtiments ainsi que l’organisation du travail.

Les espaces de stockage

Typologies

De nombreux espaces de stockage sont associés aux fermes, leur forme dépend de ce qui y était stocké. Beaucoup présentent un plan rectangulaire, avec une grande ouverture au rez-de-chaussée, une ou des gerbières, et un toit à deux versants. D’autres se présentent comme un petit bâtiment de plan rectangulaire, avec une ou plusieurs ouvertures, très souvent sur le mur pignon, et une toiture à un seul versant. Certains espaces de stockage peuvent être de plus grande taille, avec de plus grandes ouvertures, permettant l’accès des engins agricoles par exemple.

Dans le bourg

Dans le bourg, on retrouve de nombreux exemples d’espaces de stockage, tel celui 9 rue des Forges, qui a été agrandi à plusieurs reprises et qui associe de ce fait différents matériaux de construction : schiste, grès, quartz, béton, bois. Derrière l’actuel Bar Tabac, le 1 rue du Semnon présente une maçonnerie de moellons de grès, une porte et une petite fenêtre couverte d’un arc en plein cintre en briques sur la façade Est, un toit à deux versants.

L’ancien espace de stockage de « l’épicerie Robert » (ou Robert Hubert), qui se trouve près de l’église, à l’entrée de l’allée du Père Guyot, est un bâtiment assez imposant, en maçonnerie de moellons et toit à deux versants couvert en ardoise. On remarque que d’anciens soupiraux ont été bouchés, laissant supposer l’existence d’une grande cave.

 

Dans les écarts

Dans les écarts, on trouve des espaces de stockage dotés d’un toit à deux versants, par exemple aux Brûlons, à la Mouchère, au Plessis ou encore à Sourg, ou d’un toit à un seul versant : à La Touche ou encore à La Haute-Bosse. De grands et longs bâtiments sont aussi visibles dans les écarts, avec de petites ouvertures d’aération et de grandes portes pour les engins agricoles.

 

Le patrimoine d’accompagnement en lien avec les fermes : fours et puits

Le patrimoine d’accompagnement consiste ici en puits et fours, dont un certain nombre sont associés aux fermes, dans le bourg et dans les écarts. Les puits sont construits maçonnerie de moellons de grès, avec parfois quelques éléments de schiste, et doté d’un toit à un versant. Les fours, de plan généralement semi-circulaire, présentent le même type de maçonnerie que les puits, la gueule du four est le plus souvent dotée d’un encadrement en briques, parfois en pierre, et la toiture est à deux versants, couverts en ardoise.

 

La Bosse-de-Bretagne : un « grenier à grains » pour les communes voisines ?

L’activité céréalière à La Bosse-de-Bretagne

Au fil des siècles, la principale activité économique de la Bosse-de-Bretagne a été l’agriculture. De nombreuses archives font référence à des récoltes de blé, et parlent de cette commune comme étant un véritable « grenier à grains » pour les communes voisines. Ainsi, en 1956, l’écart du Plessis envoie son grain à Tresbœuf et l’écart de Pouchard à Ercé-en-Lamée. Le blé de la Bosse-de-Bretagne était aussi « exporté » à Pancé et au Sel-de-Bretagne. Le blé devait également être commercialisé dans la commune, par exemple pour alimenter le moulin à vent du Cleray.

 

Le pont-bascule

L’activité économique autour du commerce des céréales à La Bosse-de-Bretagne est marquée par la présence d’un pont-bascule, installé en 1938 dans le bourg, sur un terrain offert par un habitant. Il est installé en bordure de la route très fréquentée menant à Tresbœuf. Ce pont-bascule sert à peser les chargements agricoles, notamment le blé. Il permettait de peser jusqu’à 10 tonnes. Son fonctionnement est simple, l’agriculteur positionne son véhicule sur le tablier du pont, souvent construit en bois avec des ferrures sous le passage des roues, et généralement installé sur une structure porteuse en maçonnerie de pierre. Le tablier s’enfonce alors sous l’effet du poids du véhicule, un capteur enregistre ce mouvement et l’appareil de mesure du pont-bascule convertit ces signaux et donne un poids. Un canal recueillant les eaux de pluie est placé sous le tablier, il devait se déverser dans le ruisseau des Noës situé tout près de la bascule.

En 1957, le pont-bascule est déplacé sur la petite place en face du chevet de l’église, aujourd’hui « rue de la Bascule ». Des vérifications de l’état du pont-bascule sont réalisées tous les ans, ou même parfois plusieurs fois par an, si besoin une réparation est effectuée. Le régisseur des recettes des droits de pesage s’occupe de vérifier la bascule, ce poste est toujours occupé par une femme, parfois le poste se transmet de mère en fille. La dernière utilisation de la bascule a eu lieu en 1982.

 

Aujourd’hui, le tablier du pont-bascule n’existe plus, mais l’appareil de mesure est toujours à son emplacement, et mériterait une restauration et une meilleure mise en valeur.

 

Le moulin à vent du Cleray

A La Bosse-de-Bretagne, il ne reste qu’un seul moulin à vent : le moulin du Cleray. Au siècle passé, le moulin de la Pile, moulin à eau, situé à La Plesse, faisait partie de la commune mais aujourd’hui il appartient à Ercé-en-Lamée, il en est de même pour le moulin de Rochereuil qui fait désormais partie de la commune de Pancé. Le moulin de la Pile a d’abord pilé du chanvre, d’où son nom, puis il est devenu moulin à farine. L’activité perdure encore aujourd’hui, grâce à la minoterie Prunault.

Le moulin à vent du Cleray, il est situé sur les hauteurs de La Bosse-de-Bretagne, sur une butte, à 103 mètres d’altitude, au sein de l’écart portant le même nom. Ce moulin est construit vers 1803, sa maçonnerie est en moellons de grès et de schiste couronné et il est doté d’une toiture conique couvert en ardoise. Il a perdu son mécanisme, lors d’une tempête, durant la Première Guerre mondiale. Le moulin a alors été abandonné et les deux étages ont été détruits vers 1920, ne laissant que le rez-de-chaussée. Pendant plusieurs décennies, le moulin reste ainsi, tronqué en biseau, avec une couverture sommaire en ardoise afin de protéger ces vestiges.

Dans les années 2000, le petit-fils du dernier meunier a souhaité perpétuer la mémoire de sa famille et sauvegarder ce patrimoine local. La restauration du moulin est effectuée en 2006 par des artisans locaux, les murs sont remontés et la couverture est restituée dans sa forme d’origine.

Aujourd’hui, le moulin est devenu une chambre d’hôte. Le four et le puits qui lui sont associés sont toujours fonctionnels.

 

Un bâti confronté à la mutation des usages

 

Beaucoup de fermes à La Bosse-de-Bretagne, tant dans le bourg que dans les écarts, ont été réhabilitées en logement. Selon les cas, ce passage d’une activité agricole à un usage résidentiel a un impact plus ou moins important sur la physionomie initiale des bâtiments.

La Haute Charaie est un écart situé à l’est de la commune, entre l’écart du Plessis et celui de la Touche Morel. On peut y remarquer un ensemble composé de plusieurs bâtiments en maçonnerie de moellons de grès. Le bâtiment principal est disposé parallèlement au ruisseau des Noës et se compose de deux corps jointifs. Le corps de bâtiment situé côté Est est le plus ancien. Sa façade principale est marquée en son centre par deux portes identiques couverte chacune d’un arc en plein-cintre surmonté d’un larmier. Les fenêtres qui flanquent ces portes centrales présentent un linteau en bois. Deux gerbières permettaient l’accès au grenier à surcroît. Chaque pignon présente une souche de cheminée et la toiture est à deux versants couverts en ardoise. Au regard de ses caractéristiques architecturales, ce premier bâtiment date probablement du XVIIIème siècle. Il est doté d’extensions en appentis : un petit bâtiment sur son pignon Est, dans lequel est intégré un puits, et un grand volume au nord, qui devait abriter notamment le cellier et le fournil, comme en témoigne le four accolé à cette extension et dont la gueule donne sur l’intérieur du bâtiment.

Un deuxième corps de bâtiment d’un gabarit un peu moindre est ensuite, probablement au XIXème siècle, venu se positionner dans la continuité du premier, à l’ouest. Là aussi, la façade principale présente en son centre deux portes couvertes d’un arc surbaissé, flanquée chacune d’une fenêtre, et surmontées d’une gerbière. Les encadrements des ouvertures sont ici en brique et en béton. L’extrémité de ce corps de bâtiment ressemble à une étable avec une grande porte charretière flanquée de deux petites fenêtres placées en hauteur et surmontée d’une gerbière. La toiture est à deux versants couverts en ardoise.

Une dépendance se trouve en face du corps de bâtiment le plus ancien. Elle présente une maçonnerie de moellons de grès et est dotée d’un toit à deux versants couvert en ardoise. L’un de ses angles est arrondi pour faciliter la manœuvre des charrettes entrant ou sortant de la cour de la ferme.

Les autres dépendances sont peu visibles depuis la route et l’accès à l’intérieur de cet ensemble n’a pas été possible dans le cadre de la présente étude.

Cet ensemble agricole montre la richesse des édifices ruraux de La Bosse-de-Bretagne et a fait l’objet d’une restauration respectueuse des dispositions initiales des bâtiments.

 

A l’inverse de la Haute Charaie, certaines transformations peuvent être lourdes et créer une perte de lisibilité du bâti ancien. De nombreuses longères ont été subdivisées afin de créer plusieurs logements, avec souvent une volonté d’individualisation de chacun de ces logements par des aménagements spécifiques (traitement des ouvertures, enduit, clôture…), ce qui occasionne une rupture dans la lecture du bâtiment, initialement conçu comme un tout homogène. Très souvent, lors de la réhabilitation des bâtiments, qu’il s’agisse de longères ou d’autres types de bâtiments, les ouvertures sont modifiées (agrandissement ou obstruction des anciennes ouvertures, création de nouvelles baies) et cela pas toujours dans le respect de la logique structurelle des façades anciennes ; les matériaux utilisés sont des matériaux contemporains (ciment, béton, PVC…) pas toujours compatibles esthétiquement et mécaniquement avec les matériaux d’origine ; des agrandissements contemporains viennent se greffer sur les volumes anciens dont ils modifient les gabarits de manière plus ou moins harmonieuse. Enfin, l’aménagement des abords des édifices peut causer des problèmes au bâti ancien, par exemple par la mise en œuvre de revêtements de goudron directement au pied des murs anciens. Trop étanches, ils provoquent des remontées capillaires dans les maçonneries anciennes et donc des pathologies humides néfastes.

 

Enfin, plus globalement, en dehors de l’impact sur les bâtiments eux-mêmes, les enjeux relatifs à l’accueil de nouveaux habitants et à la création de suffisamment de logements influent aussi sur la configuration du bourg et des écarts, par la mise en place de lotissements ou les constructions neuves dans les « dents creuses », comme par exemple à Mouchère, Le Briant et Pouchard. Si l’insertion d’éléments neufs en lisière ou au sein d’un tissu ancien, agricole ou non, n’est pas à proscrire, on constate néanmoins ici que cela a créé des ruptures fortes dans l’unité paysagère et architecturale des espaces concernés, en raison de constructions qui ne sont pas en phase avec leur environnement, que ce soit par leur gabarit, leur agencement général, leurs matériaux, leurs couleurs.

Date(s) d'enquête : 2026; Date(s) de rédaction : 2026