Une implantation choisie au cœur d’un paysage insulaire remarquable
Le village de vacances de Groix est implanté sur la côte orientale de l’île, en surplomb de la plage des Sables Blancs. Le terrain retenu, d’une superficie d’environ 2,5 hectares, se situe à environ 500 mètres du hameau de Kerhoret. Il présente une pente naturelle orientée vers la mer, offrant des vues dégagées sur le littoral.
Au moment de la conception du projet, le site se distingue par la présence de deux pinèdes structurantes qui participent fortement à la qualité paysagère du lieu. La plage des Sables Blancs constitue également un élément déterminant dans le choix de cette implantation. Connue pour son sable particulièrement clair, elle présente une forme convexe rare en Europe.
L’implantation du village répond à une volonté de s’inscrire dans ce paysage sans en altérer les caractéristiques. Le projet de Danielle Cler privilégie la conservation des arbres existants, limite l’emprise bâtie sur le terrain et organise les constructions de manière à préserver les vues sur la mer pour l’ensemble des logements.
Un programme pensé pour l’accueil familial et collectif
Le village de vacances est destiné à favoriser l’accès aux loisirs pour un large public. Il répond à plusieurs objectifs : accueillir des familles, notamment pendant les vacances scolaires, proposer des séjours de courte durée hors saison et recevoir des groupes variés, tels que des retraités et des jeunes.
L’ensemble comprend quarante logements répartis en deux typologies : trente-quatre logements de trois pièces (G3), d’une superficie d’environ 35 m², et six logements de quatre pièces (G4), d’environ 47 m². Cette répartition permet d’adapter l’accueil à différents types d’usagers. Chaque logement s’organise sur deux niveaux : le rez-de-chaussée regroupe le séjour et la kitchenette, tandis que l’étage accueille les chambres.
Au centre du village, un pavillon collectif rassemble les équipements communs. Il accueille notamment les espaces d’accueil, des salles d’activités, des espaces de jeux, une garderie, des locaux techniques ainsi que des logements pour le personnel. Sa construction est prévue en deux phases afin de s’adapter au développement progressif de l’activité. La première tranche conçoit ainsi l’établissement selon le modèle des « gîtes » VVF : contrairement à la formule "village", chaque unité d’hébergement dispose d’une kitchenette permettant l’autonomie des occupants. Le restaurant et la cuisine, de dimensions plus modestes que ceux réalisés au village de vacances de Guidel, ne sont aménagés qu’au cours de la seconde tranche, afin d’offrir une plus grande souplesse d’usage aux vacanciers.
Une architecture tournée vers la mer, au service de la vie familiale et collective
Le projet architectural s’appuie largement sur les caractéristiques naturelles du terrain. Les logements sont implantés de manière assez libre en suivant les courbes de niveau, permettant à chacun de bénéficier d’une vue dégagée tout en limitant l’impact visuel des constructions dans le paysage, notamment depuis la mer. Les bâtiments sont conçus sur deux niveaux afin d’exploiter le dénivelé naturel du terrain : l’entrée se fait de plain-pied côté ouest, tandis que les façades orientées vers la mer se développent sur deux niveaux.
Les unités de logement s’organisent en petits groupes de trois ou quatre, disposés en arcs de cercle bombés vers la mer. Cette configuration génère deux rangées de pavillons structurées par des circulations extérieures, qui favorisent les cheminements piétons et les espaces de sociabilité. Le décalage des pavillons produit une succession d’espaces différenciés : des zones plus fermées côté entrée et, entre les deux rangées, une ruelle irrégulière constituant l’axe principal de distribution, conduisant à la pinède nord et, à travers elle, au pavillon central.
L’architecture des unités de logement met l’accent sur la relation entre intérieur et extérieur. Les façades tournées vers la mer sont largement ouvertes grâce à de grandes baies vitrées en rez-de-chaussée et à un calepinage de petites ouvertures en toiture. Les pignons blancs s’avancent dans le prolongement de la toiture pentue et génèrent des creux d’intimité extérieurs pour les occupants.
Le pavillon central s’inscrit dans cette même logique d’intégration. Grâce à son inscription dans la pente, seul son niveau supérieur est perceptible depuis l’entrée du site. Son volume rectangulaire, largement ouvert, est adouci par quatre pans inclinés aux angles de la toiture. À chaque angle, quatre pans inclinés adoucissent la volumétrie de la toiture. Afin de casser l’aspect monolithique du bâtiment, la partie centrale de deux façades principales est traitée entièrement en transparence, aménageant ainsi un couloir visuel depuis l’entrée jusqu’à la mer.
Sur l’ensemble du projet, le choix des matériaux s’inspire de l’architecture traditionnelle locale tout en répondant à des contraintes économiques. Initialement prévus en bois, les bardeaux ont été remplacés par de l’ardoise, utilisée en toiture comme en façade. Leur évolution vers une teinte grisée renforce l’intégration du bâti dans son environnement en faisant écho aux tonalités locales.
Un financement partagé
La construction du village de vacances repose sur un montage financier associant plusieurs partenaires publics et institutionnels. La maîtrise d’ouvrage est assurée par une société civile immobilière réunissant la Caisse des Dépôts et la Société centrale immobilière de la Caisse des dépôts. L’exploitation du site est confiée à l’association VVF, spécialisée dans le tourisme social.
Le projet - établi sur un terrain mis à disposition par la municipalité et régi par un bail emphytéotique de 50 ans - bénéficie du soutien de plusieurs organismes publics, notamment à travers l’attribution d’une prime d’équipement hôtelier et l’octroi de subventions. Le financement repose également sur un apport en autofinancement par souscription et sur des prêts bancaires.
Le coût global de l’opération, hors mise à disposition du terrain par la commune, est estimé à un peu plus de cinq millions de francs (environ 4 millions d’euros actuels). La construction du village s’inscrit dans un programme plus large de développement d’équipements touristiques sociaux en Bretagne au début des années 1970.
Un projet de réhabilitation respectueux de l’architecture d’origine
En 2022, le bail emphytéotique liant VVF à la commune de Groix arrive à son terme. Afin d’anticiper cette échéance et de faire face aux travaux de restauration rendus nécessaires par l’état de vétusté du site, la municipalité lance en 2021 un appel à manifestation d’intérêt afin de trouver un repreneur. Si la démolition du site est un temps envisagée, la décision est finalement prise de reconduire un nouveau bail emphytéotique.
À l’issue de la procédure de sélection, la société Groisiker (filiale de la société lorientaise Joker Finances) se voit confier la gérance du village de vacances. Le projet mobilise une équipe pluridisciplinaire : Benjamin Kerjouan (Groisiker) assure la maîtrise d’ouvrage, Adélie Parat (architecte HMONP, Lorient) la conception architecturale et Laurent Daudier (société ATRIA, Lorient) la maîtrise d’œuvre.
Le chantier de restauration, engagé en 2023, se déroule en deux phases : la première porte sur la rénovation des logements, tandis que la seconde prévoit la rénovation et l’extension du pavillon central. Le projet adopte une approche respectueuse du dessin d’origine : la conservation des volumétries initiales et des pignons clairs, le remplacement des ardoises artificielles amiantées par de l’ardoise naturelle en toiture et la discrétion de l’extension du pavillon central s’inscrivent dans cette démarche.
Pour les logements, la nécessité d’adapter les hébergements aux exigences contemporaines de confort et de performance énergétique, tout en assurant l’équilibre économique de l’exploitation, oriente les choix de projet. Certains modules sont ainsi divisés en deux unités indépendantes : conçus à l’origine en duplex, ils se prêtent aisément à cette nouvelle répartition. La création de logements en partie haute entraîne une modification ponctuelle des toitures. Afin d’offrir à chaque unité le même ensoleillement et une vue sur la mer, des baies vitrées sont insérées dans la pente de toit. Un dispositif de bardage en bois tempère la hauteur des ouvertures, rappelle la trame horizontale des ardoises et assure la sécurité du balcon aménagé dans la toiture.
Dans le pavillon central, le projet conserve la volumétrie initiale tout en étendant le rez-de-jardin par l’adjonction d’un volume semi-enterré destiné à accueillir une piscine. Implanté dans la pente et coiffé d’une toiture accessible aménagée en belvédère, ce nouveau volume demeure discret depuis l’entrée du site et préserve les vues vers la mer. Afin de maintenir la lisibilité de l’ensemble architectural, l’escalier d’accès est inséré entre les deux volumes et assure la transition entre le bâtiment d’origine et l’extension.
Dans la partie existante, l’aile sud abandonne le revêtement en shingle au profit d’un aménagement extérieur qui ne modifie pas la lecture de la volumétrie initiale. Les trois autres ailes sont couvertes d’ardoise naturelle afin de renforcer l’intégration du bâtiment dans son environnement. En façade, le calepinage des nouvelles menuiseries s’inspire du projet initial, altéré par les remplacements successifs des baies lors des campagnes de réfection antérieures.
Un littoral en mouvement
Depuis la construction du village, le site a connu d’importantes évolutions liées aux dynamiques naturelles du littoral. L’étude des photographies aériennes fournies par l'IGN permet notamment d’observer le déplacement progressif de la plage des Grands Sables. Initialement située au pied du village, elle s’est déplacée sur plus d’un kilomètre vers le nord en quelques décennies. Cette transformation a modifié la relation du village avec le rivage. La plage aujourd’hui visible à proximité immédiate du site est constituée de sables rouges, qui ont contribué à l’identité du village connu sous le nom de VVF « Les Grenats », jusqu’au transfert de sa gestion en 2023.
Les éléments naturels du site ont également évolué. La pinède située au nord du site, qui jouait un rôle important dans l’organisation du projet et son insertion paysagère, s’est progressivement réduite. Les relevés photographiques de l’IGN suggèrent que cette transformation pourrait être liée au passage de la tempête de 1987. Ces évolutions rappellent le caractère vivant et changeant des paysages littoraux.
Adélie Parat est architecte à Lorient.