• enquête thématique régionale, patrimoine linier et chanvrier de Bretagne
  • enquête thématique régionale, Inventaire des ateliers ruraux liés à la Société linière du Finistère
Blanchisserie, Le Leck (Landerneau)
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Lin et Chanvre en Bretagne

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bretagne - Landerneau
  • Commune Landerneau
  • Adresse route Quinquis Leck (du)

La date de construction de la blanchisserie du Leck est inconnue mais on sait, grâce au mémoire de Joseph-Guillaume Sénez (1831, cf. annexe), qu'elle existait déjà au 18e siècle. On y blanchit toutes les toiles fabriquées dans le Léon, de Brest à Morlaix. L'activité est prospère jusqu’en 1819, puis elle décline avec l'arrivée du coton et de la vapeur. Son marché principal reste la marine royale.

Le bâtiment actuel aurait été reconstruit au début du 19e siècle par Paul Poisson, administrateur de l'hôpital de la ville. Sur le cadastre ancien de 1827 (section B parcelle 426), il figure sur le grand pré de la blanchisserie, avec trois dépendances, un lavoir et six bassins de différentes tailles. La maison du contremaître se trouve de l'autre côté de la route, parcelle 381. Les registres des états de section ayant disparu, il n’est pas possible de détailler davantage la nature des parcelles bâties et non bâties. L’étude des cadastres successifs montre l’évolution des constructions et le morcellement de la grande parcelle, entre 1827 et 1973. 

Le bail à loyer du 12 octobre 1839, établi entre M. Goury, propriétaireet la "Société commerciale Poisson, Heuzé, Goury et Radiguet" nous donne le contenu de la blanchisserie. Celle-ci comprend des terres, bâtiments et dépendances sur les 60 380 m2 de la parcelle 426, section B du cadastre ancien. On y décrit une petite maison à l’est du grand séchoir, une ancienne buanderie couverte de gledstrois lavoirs et « labilouër », qui peut être traduit par « parcelle humide » (cf. annexe). Sur la parcelle 76 (80 000 m2) se trouvent le grand réservoir et deux grands lavoirs, dits « douets », construits avec ciment et chaux, recouverts de pierre du Conquet. L’élimination des eaux de lessive dans les prairies est très réglementée et encadrées. Ces servitudes sont mentionnées dans les actes. La maison du contremaitre, d’une superficie de 40 m2, est cadastrée section B aux numéros 380 et 381. Elle comprend une cuisine, un salon, deux chambres, un grenier, complétée par une écurie, des hangars, latrines, cour et jardin avec terrasse. Cette maison est détruite dans les années 1980.

Le transfert de bail de la société de commerce à la Société linière du Finistère est acté le 19 juillet 1846 auprès de Me Lemonnier, notaire à Brest. Le prix de fermage est fixé à 1 600 francs pour les vingt premières années et de 1 900 francs pour les vingt dernières. Ce bail est rompu par la liquidation de la Société linière en 1891. Le 13 mars 1897, un nouveau bail octroie une partie des bâtiments de la blanchisserie à Yves Marie Le Gouès et Jeanne Quéméneur. Il concerne la parcelle 426 (section B du cadastre ancien) contenant une maison, deux lavoirs, une fontainedeux douets et 60 m2 de terrain. L’acte est signé par Alfred Pichon qui agit au nom de sa mère, Anne Almaïs Goury, fille de Joseph Goury, veuve de Jean-Bon Pichon.

Le site reste la propriété de la famille Goury jusqu’en octobre 1962, avant d’être acheté par Jean Noël Cabon. Les landernéens connaissent cette propriété sous le nom de « ferme Cabon », du nom de cet exploitant. À partir de 1982, le domaine est morcelé, pour la construction d’un lotissement d’une trentaine de maisons. 

Le matériel de la blanchisserie 

La blanchisserie est équipée de deux chaudières à vapeur, de cuviers cylindriques en bois de sapin ou de hêtre, de battoirs pour battre les toiles. Le blanchiment au chlore est fabriqué à partir d’acide sulfurique, d’acide muriatique, de sel marin, de péronide de manganèse et d’eau.

Les opérations se succèdent comme suit : macération à froid ou à chaud, lavage et tordage, lessivage à l’eau pure, lessivage à la soude, second lavage et tordage, passage au Bertholes (lessive de chlore), troisième lavage, tordage et lessivage de soude. L’ennoblissement des toiles s’achève avec l’amidonnage et le calandrage (procédé industriel pour lisser les tissus).

La Société linière achète en 1859 une autre chaudière à vapeur pour le lessivage : cylindrique, en tôle, munie de bouilleurs. En 1860, elle ajoute deux pareuses qui permettent d'encoller mécaniquement les toiles et les fils. En 1883, la partie réservée aux deux chaudières de la blanchisserie est agrandie pour installer de nouvelles machines plus encombrantes, ainsi qu'une nouvelle pareuse. Le bâtiment est équipé de trois cheminées : une cheminée carrée de 33 mètres de hauteur, deux cheminées à base carrée et fût cylindrique de 27 et 45 mètres de hauteur. 

Des trois blanchisseries installées dans le Léon (Landivisiau et Pont-Pol à Pleyber-Christ), celle du Lech est la plus importante de la Société linière du Finistère. Les différentes méthodes testées dans l’établissement mettent notamment en œuvre les découvertes faites par Claude-Louis Berthollet (chimiste, 1748-1822) sur les propriétés décolorantes du chlore.

En 1831, les statistiques relèvent 25 ouvriers dans la blanchisserie, dont le salaire journalier est de 1 Franc. Ils blanchissent annuellement 75 000 kg de fil de lin et de chanvre, avec les nouveaux procédés chimiques de blanchiment. En1852, ils sont 60 ouvriers, dont 49 femmes et 11 hommes. Les ouvriers et ouvrières sont encadrés par de jeunes contremaitres : Ulric Béhé (30 ans), venu du Haut-Rhin en 1841, Eugène Petit (32 ans) et Jean Juzeau (34 ans) en 1846, Joseph Boulch (25 ans) en 1851.

  • Période(s)
    • Principale : 1ère moitié 19e siècle , (incertitude)
    • Secondaire : 1er quart 20e siècle

Le bâtiment principal de la blanchisserie (parcelle 425, section B du cadastre ancien) est remanié mais toujours en place (28,09 mètres de longueur sur 4,80 mètres de largeur). Il abrite trois salles au rez-de-chaussée qui semblent correspondre à la description faite par Joseph-Guillaume Sénez (cf. annexe). L’étage de comble est éclairé par deux fenêtres passantes. La façade présente deux entrées et sept petites baies en forme de demi-cercle dont trois en briques et quatre en ciment. Une reprise dans le mur indique un agrandissement postérieur à l’ouest. Les piliers inclus dans la maçonnerie à l’est signalent l’emplacement du séchoir.

  • Murs
    • granite moellon
    • kersantite moellon
  • Toits
    tôle ondulée
  • Étages
    étage de comble
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • SENEZ, François Joseph Guillaume. Mémoire sur la blanchisserie du Leck, près Landerneau, Bibliothèque patrimoniale numérique de l’École nationale supérieure des mines de Paris (Mines ParisTech), accédé le 8 octobre 2018, https://patrimoine.mines-paristech.fr/document/4894.

    p.1 à 76
  • Acte notarié daté du 12 octobre 1839

    Bail

Bibliographie

  • BLAVIER, Yves. La Société linière du Finistère, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,1999, pp.12-102.

    pp.12-102

Périodiques

  • LE GALL-SANQUER, Andrée. Brèves de la Société linière du Finistère. Les Cahiers de Dourdon, novembre 2012, n°6, pp.13-18.

    pp.13-15 et p.18

Annexes

  • Contenu de la propriété en 1839 (bail à loyer du 12 octobre 1839)
  • François-Joseph-Guillaume Sénez, Mémoire sur la blanchisserie du Leck, près Landerneau, 1831
Date(s) d'enquête : 2018; Date(s) de rédaction : 2018, 2025