L’avant-port de Saint-Servan figure sur le plan du projet d'établissement d'un bassin à flot commun aux deux villes de Saint-Malo et Saint-Servan signé par Charles Girard de Caudemberg du 29 novembre 1834.
Détail du plan du projet d'établissement d'un bassin à flot commun aux deux villes de Saint-Malo et Saint-Servan par Charles Girard de Caudemberg, 29 novembre 1834. Au centre figure l'avant-port de Saint-Servan, les rochers et Moulins du roi
La digue et la cale de l’avant-port de Saint-Servan ont été construites entre 1837 et 1840 ; elles sont contemporaines du fort du Naye, agrandi et reconstruit à partir de 1838. Côté Saint-Malo, l’avant-port est formé par le môle des Noires élevé entre 1837 et 1842.
Extrait du projet des ouvrages de fortifications relatifs au bassin à flot entre les villes de Saint-Malo et Saint-Servan, 1838. Les parties lavées de jaune sont au stade de projet
Vue de l'avant-port de Saint-Servan. Au premier plan, le fort du Naye (de gauche à droite : pièce d'artillerie dans son embrasure ; batardeau du fossé et sa dame ; fossé ; rampe ; pont-levis et banquette de tir). En arrière-plan, la ville de Saint-Malo
Le musoir de la digue a été réalisé en 1863.
La légende explicative du plan des ports de Saint-Malo et Saint-Servan de 1870 précise que ce môle devait créer de l'abri pour les embarquements et, dans un second temps, protéger les portes des pertuis. L’avant-port, dont le fond est constitué de rocher, n'est facilement accessible qu'au-dessus de la mi-marée. La cale d’embarquement est accessible aux voitures hippomobiles.
Détail du plan des travaux approuvés par décision ministérielle du 7 septembre 1870 : état actuel
Entre 1890 et 1923, la digue ouest de l’avant-port de Saint-Servan semble avoir été réduite de 50 m de longueur [cf. comparaison des plans du port et de l’orthophotographie de 1923].
Vue aérienne verticale, 1923. Au centre, l'avant-port de Saint-Servan et le fort du Naye
Dans les années 1920, la réalisation de la grande écluse du Naye entraîne le remblaiement de l’avant-port de Saint-Servan et la création d’un terre-plein [cf. photographie oblique du chantier en 1929].
Détail du plan général : amélioration du port de Saint-Malo - Saint-Servan, Entreprise de Travaux publics de l'ouest, Nantes, 26 janvier 1921
Vue aérienne oblique depuis l'ouest-sud-ouest montrant le chantier de construction de la grande écluse du Naye, 27 septembre 1929. Sur la photographie, on voit notamment l'avant-port de Saint-Servan en cours de remblaiement et le fort du Naye
La grande écluse du Naye est mise en service en 1931.
C’est sur le terre-plein du Naye qu’un ensemble fortifié et une batterie d’artillerie antiaérienne lourde sont construits par l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.
En novembre 2025, les vestiges de la digue et un bunker de type L 401A sont réapparus lors des travaux d’aménagement de la nouvelle gare maritime du terminal ferry du Naye. Le terrassement lié à la construction du bunker numéroté III a nécessité en 1943 la démolition d’un tronçon de la digue de l’avant-port alors enfouie. Ces vestiges ont fait l’objet d’un relevé topographique par l’entreprise Colas en charge des travaux de terrassement et d’une couverture photographique par la Région Bretagne les 5 et 17 décembre 2025.
Vue des vestiges de l'avant-port de Saint-Servan : embarcadère construit en maçonnerie de pierre de taille de granite (couverture photographique du 17 décembre 2025). En arrière-plan, le fort du Naye
Vue de l'extrémité nord du batardeau du fossé du fort du Naye (couverture photographique du 17 décembre 2025). Cette partie du fort, montée en maçonnerie de pierre de taille de granite, était en connexion avec l'avant-port de Saint-Servan
Vue des vestiges de l'avant-port de Saint-Servan : digue construite en maçonnerie de pierre de taille de granite (couverture photographique du 17 décembre 2025). En arrière-plan, le bunker de type L 401a
Au premier plan, vue des vestiges de l'avant-port de Saint-Servan : digue orientée vers le nord-ouest (couverture photographique du 17 décembre 2025). En arrière-plan, le bunker de type L 401a
Début janvier 2026, le signalement par l’Unité départementale de l'architecture et du patrimoine d’Ille-et-Vilaine au Service régional de l’archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Bretagne de la présence de structures bâties en granite et de trois bunkers dans le périmètre du chantier a suscité l’intervention du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), seul service compétent dans le cas de découverte sur le domaine public maritime artificiel.
Le DRASSM s’est déplacé sur le terrain le 22 janvier 2026 pour examiner et comprendre les structures mises à jour. Après déblaiement à la pelle mécanique, la digue et le bunker numéroté III ont fait l’objet d’une couverture photographique par la Région Bretagne. Cette intervention a permis de sensibiliser au patrimoine les équipes en charge des travaux d’aménagement et à l’obligation légale de déclaration de découverte fortuite.
Vue des travaux d'excavation des vestiges de la digue de l'avant-port de Saint-Servan avec une pelle hydraulique Case CX 245 D SR (couverture photographique du 22 janvier 2026). En arrière-plan à gauche, la vigie de la capitainerie du port de Saint-Malo
Vue des vestiges de la digue de l'avant-port de Saint-Servan et du bunker-abri-magasin de munitions de type L 401a avec cuve pour canon antiaérien (couverture photographique du 22 janvier 2026)
Vue des vestiges de la digue de l'avant-port de Saint-Servan : élévation sud-ouest, maçonnerie en pierre de taille de granite (couverture photographique du 22 janvier 2026)
Vue des vestiges de la digue de l'avant-port de Saint-Servan : maçonnerie en pierre de taille de granite (couverture photographique du 22 janvier 2026)
Le jeudi 26 février 2026, lors du terrassement pour la réalisation du parking de la nouvelle gare maritime du terminal ferry du Naye, l’entreprise Colas a fortuitement découvert à 8.04 m NGF, sous un monticule de déblais en attente de réemploi, des structures bâties en granite correspondant à la digue [Cf. fiche évènement n° 39 du 26 février 2026, par l’entreprise Colas - VRD - Le Carré Emeric].
La déclaration de découverte de bien culturel maritime, à savoir les vestiges d’une ancienne digue, par la SemBreizh, maître d’ouvrage délégué par la Région Bretagne pour l’aménagement du terminal du Naye à Saint-Malo, a motivé le DRASSM à prescrire le 5 mars 2026 une opération de sondage archéologique urgent afin de documenter cet ancien ouvrage portuaire. L’objectif du sondage était de cerner l’emprise exacte de la digue, d’observer si un niveau de circulation côté port était conservé, mais aussi de comprendre le fonctionnement de l’ensemble digue/cale et fort du Naye.
Réalisée les 11 et 12 mars 2026 avec le soutien de l’entreprise Colas (mise à disposition d’une pelle mécanique équipée d’un godet lisse rotatif et d’un tombereau avec chauffeurs), cette fouille a été confiée à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP Grand Ouest) sous la direction scientifique de Ronan Louessard. La digue a été suivie en surface sur plus d’une quarantaine de mètres de longueur (une superficie de 461 m2 a été ouverte pour la fouille). En accord avec le maître d’ouvrage, le sondage a été laissé en l’état à l’issue de l’opération.
L’étude historique de Ronan Louessard a été réalisée en collaboration avec la Région Bretagne - service de l'Inventaire du patrimoine culturel.
Vue de l'opération archéologique réalisée sous la responsabilité de Ronan Louessard - INRAP avec un suivi scientifique et technique du DRASSM (couverture photographique du 11 mars 2026)
Vue de l'opération archéologique réalisée sous la responsabilité de Ronan Louessard - INRAP avec un suivi scientifique et technique du DRASSM (couverture photographique du 11 mars 2026). En arrière-plan, le fort du Naye
Vue de l'opération archéologique réalisée sous la responsabilité de Ronan Louessard - INRAP avec un suivi scientifique et technique du DRASSM (couverture photographique du 11 mars 2026)
Orthophotographies des sondages archéologiques réalisés sur les deux faces de la digue (mars 2026)
Chargé d'études d'Inventaire du patrimoine à la Région Bretagne.