Dossier d’œuvre architecture IA29002115 | Réalisé par
Lécuillier Guillaume (Contributeur)
Lécuillier Guillaume

Chargé d'études d'Inventaire du patrimoine à la Région Bretagne.

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L'Haridon Erwana (Rédacteur)
L'Haridon Erwana

Chargée d'études d'Inventaire au Conseil Régional de Bretagne, Inventaire du patrimoine.

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  • enquête thématique régionale, Inventaire des fortifications littorales de Bretagne
  • inventaire topographique, Ouessant
  • enquête thématique régionale, Inventaire des héritages militaires en Bretagne
Réduit de la Croix Saint-Michel dit fort Saint-Michel (Ouessant)
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Inventaire général, ADAGP

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Parc Naturel Régional d'Armorique - Saint-Renan
  • Commune Ouessant
  • Lieu-dit Saint-Michel
  • Cadastre OG 1322
  • Dénominations
    réduit
  • Appellations
    Fort Saint-Michel

À la modestie des fortifications permanentes protégeant immédiatement l’objectif supposé d’une attaque terrestre s’ajoute la disparition presque totale des ouvrages assurant en amont l’interdiction des points favorables à un débarquement. Ces derniers sont rares dans la région brestoise, leur nombre diminuant en ce dernier tiers du 19e siècle du fait de l’accroissement des portées de l’artillerie qui permet aux batteries de la place d’en tenir directement sous leur feu, à l’image des anses de Bertheaume ou de Camaret.

Subsistent donc principalement, du nord au sud, l’Aber Wrac’h, l’anse des Blancs Sablons et le nord de la baie de Douarnenez. Ces trois zones ont encore été fortifiées sous la monarchie de Juillet, la Deuxième République et le Second Empire. La Troisième République voit disparaître leurs batteries, définitivement déclassées en 1889. Pourtant, la disparition de la fortification permanente est loin d’être une évidence dans ces trois cas, auxquels il faut adjoindre l’île d’Ouessant pour être exhaustif dans l’évocation des "défenses extérieures" de la place de Brest. Le programme arrêté par la commission de défense des côtes en 1876 prévoit encore la constitution de positions d’artillerie de côte dans le fort Cézon à l’entrée de l’Aber Wrac’h, au nord de la plage des Blancs Sablons et à la pointe de Kermorvan, à la pointe du Kador et sur l’île de l’Aber dans l’anse de Morgat. Lors de la révision du programme en 1888, la commission d’étude pour la défense du littoral supprime tous les projets de batteries de la côte nord, mais conserve ceux de l’anse de Morgat. Ceci ne doit cependant pas faire illusion : les batteries projetées n’ont plus pour fonction première d’empêcher les débarquements mais de couvrir le fort de Crozon, pivot de la défense terrestre, contre un bombardement naval. C’est d’ailleurs pour servir à l’infanterie et à l’artillerie de campagne que certaines fortifications antérieures sont conservées : ainsi les trois redoutes des Blancs Sablons, le réduit et la batterie de Trégana dans l’anse de Bertheaume, ceux de Rulianec et de Postolonnec ainsi que le retranchement de la plage de Morgat.

Dépendantes de la défense mobile des côtes apparaissent aussi les dernières tentatives pour réintroduire des ouvrages permanents dans l’Aber Wrac’h au tournant des années 1890-1900 : il s’agit alors de protéger le poste de refuge pour torpilleurs. Cette tendance au maintien de fortifications à contre-courant des doctrines officielles s’explique avant tout par l’éloignement de ces différents points favorables aux débarquements du corps de la place, notamment en presqu’île de Crozon du fait de l’obstacle représenté par la rade.

Ceci est encore plus vrai pour Ouessant, dont le cas particulier de position insulaire doit être traité à part. Durant la période 1871-1914, l’île tient une place importante dans le dispositif centré sur l’arsenal de Brest, "sentinelle avancée" de la place si elle reste à ses défenseurs ou, dans le cas contraire, base d’opération pour l’ennemi se proposant d’attaquer le port ou d’en faire le blocus. Pourtant sa fortification est l’objet de longs débats durant toute la seconde moitié du 19e siècle, retardant d’autant la construction du fort devant servir de réduit, élément principal de la défense des îles dans la théorie de la défense des côtes. Déjà présent dans le programme établi par la commission de 1841 en complément de batteries de côte effectivement réalisées dans les années 1860, le réduit de la Croix Saint-Michel n’est entrepris qu’en 1902. Malgré les pressions de la Marine en faveur de batteries pouvant contrebattre des navires, ce fort armé de quatre canons de 75 mm sous tourelles blindées rétractables ne doit servir qu’à appuyer l’action d’une garnison d’infanterie et lui servir de refuge ainsi qu’à la population. Les seules batteries de côte - très sommaires - construites en 1899 accueillent les canons de campagne amenés au moment de la crise de Fachoda et laissés en place dans l’attente de la construction du réduit (batterie d'artillerie d'Aod Meur).

(Patrick Jadé in Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal, 2011)

Créé en 2005, ce dossier d’Inventaire du patrimoine profite des connaissances réunies dans la publication intitulée "Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal" (2011). Il a été mis à jour en 2026 dans le cadre de l'Inventaire des héritages militaires porté par la Région Bretagne.

Un projet de redoute pour 400 hommes est présent dans le programme établi par la Commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles de 1841 en complément des batteries de côte effectivement réalisées en 1862 à Locqueltas et Calgrac'h (réduit de type 1846). La construction d’un fort carré bastionné débute en 1862, mais elle est interrompue faute d’entrepreneur et à cause de la nécessité de détruire plusieurs maisons.

Le réduit de la Croix-Saint-Michel est construit entre 1902 et 1906 : il est armé de quatre canons de 75 mm modèle 1905 Raccourci sous deux tourelles blindées rétractables et de quatre mitrailleuses. Pour Patrick Jadé (2004), le fort Saint-Michel est "à la fois une caserne pour une garnison permanente, importante réserve de munitions mais surtout de vivres - tant pour les troupes que pour la population, toujours étroitement associée à la défense dans le cadre insulaire - et enfin réduit défensif". C'est d'ailleurs "le seul ouvrage construit avant la Première Guerre mondiale sur les côtes françaises à posséder des cuirassements" ; "c'est un ouvrage d'infanterie dont les quatre canons de 75 mm sous tourelles à éclipse ne sont pas sensés affronter des navires" (Patrick Jadé, 2021).

Une série de photographies prises, soit par l’architecte François Sylvain Crosnier (1859-1950), soit par son frère Auguste Crosnier, polytechnicien, capitaine sur l'île d'Ouessant, montre la construction du réduit de la Croix Saint-Michel : le déroctage, le montage et jointoiement des escarpes et contrescarpes par les ouvriers grâce à des échafaudages, le coffrage des puits des deux tourelles pour canons de 75 mm, la voie ferrée étroite et la locomotive avec ses wagonnets passant sur plusieurs ouvrages d’art temporaires (notamment pour franchir le fossé sec du fort) pour le transport depuis la port de Lampaul des éléments blindés de la tourelle, les petits wagons type Decauville poussés par des hommes et tirés par un cheval, le gigantesque portique pour la mise en place des deux tourelles...

Avant l'arrivée des troupes de l’Allemagne nazie en juin 1940, des militaires du 248ème régiment d'infanterie de l'Armée de terre française, mais aussi de la 207ème compagnie de mitrailleuses de position du 248ème régiment d'infanterie et un détachement d'artillerie sont stationnés sur l'île d’Ouessant. Le capitaine de frégate Robert, commandant d'Ouessant, obtient des autorités allemandes que les militaires ne soient pas faits prisonniers : 210 soldats et 7 officiers quittent ainsi l'île les 6 et 8 juillet et, après avoir débarqué au Conquet, se rendent à Brest où ils sont démobilisés (source : Loïc Malgorn).

Le réduit de la Croix-Saint-Michel, livré intact avec ses deux tourelles pour canons de 75 mm, est réutilisé par l’Allemagne nazie. Sur le glacis à chaque angle du réduit est construit un poste d’observation et de tir dit Tobruk pour la défense rapprochée.

Quelques jours avant l’évacuation de la garnison allemande d’Ouessant, le 31 août 1944, les deux tourelles sont détruites par explosion. Elles ont été ferraillées après-guerre, mais les deux observatoires blindés subsistent.

Après-guerre, le réduit est désaffecté en raison des risques pyrotechniques.

Débutée en 1949, la dépollution pyrotechnique du réduit de la Croix-Saint-Michel, relancée en 2002 s'est achevée en 2022 après douze campagnes de travaux par le service neutralisation enlèvement destruction des explosifs (Nedex) de la Marine nationale.

(Guillaume Lécuillier, 2026)

Les travaux débutent en 1902, le maître d'oeuvre en est l'entreprise Gardet, de Brest. Les matériaux utilisés proviennent, soit la plage de Corz (galets), soit du continent, acheminées depuis Lampaul par petit train.

(Erwana L'Haridon, 2014)

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle
  • Dates
    • 1902, porte la date, daté par travaux historiques
    • 1906, porte la date, daté par travaux historiques

De plan carré (120 m x 120 m), le réduit de la Croix Saint-Michel est implanté au centre de l’île d’Ouessant sur le point culminant à 48 m au-dessus du niveau de la mer. Entouré par un glacis, il est défendu par un fossé sec protégé par deux coffres de contrescarpe - à l’est (saillant II) et à l’ouest (saillant IV) - chacun pourvus de créneaux de fusillade, et auxquels on accède par deux galeries.

Un pan incliné donne accès au fond du fossé depuis l’angle nord (saillant I). L’entrée du réduit est aménagée au milieu du front nord-ouest. Au-dessus de la porte monumentale en arc plein cintre, on peut lire : "1902 REDUIT DE LA CROIX SAINT-MICHEL 1906".

Les angles est et ouest du réduit sont chacun dotés d’une tourelle rétractable pour deux canons de 75 mm modèle 1905 R[accourci] avec un observatoire blindé : elles ont été bouleversés par une explosion, mais les deux observatoires sont toujours visibles.

Le réduit dispose de quatre cours, d’abris bétonnés pour la garnison, les vivres et les munitions.

Escarpe et contrescarpe sont en maçonnerie de moellon avec chaînages d’angle et tablettes en pierre de taille de granite tandis que les coffres de contrescarpe, la porte d’entrée et les puits de tourelle sont en béton armé. Des grilles défensives sont encore en place au niveau de l'entrée du réduit et au-dessus des coffres de contrescarpe.

Des peintures murales témoignent de l’occupation allemande dans le réduit.

  • Murs
    • granite maçonnerie
    • béton béton armé
  • Toits
    pierre en couverture, terre en couverture
  • Plans
    plan carré régulier
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • terrasse
  • État de conservation
    mauvais état, état moyen, inégal suivant les parties
  • Précision représentations

    Au-dessus de la porte monumentale en arc plein cintre, on peut lire : "1902 REDUIT DE LA CROIX SAINT-MICHEL 1906".

  • Mesures
    • l : 120 m
    • l : 120 m
  • Précision dimensions

    La superficie du réduit - avec le fossé sec et cours comprises - est de 18 501 m2 soit 1,85 ha.

  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat, parcelle appartenant au ministère des Armées.
  • Intérêt de l'œuvre
    vestiges de guerre, à signaler
  • Éléments remarquables
    fort

Documents d'archives

  • Série de photographies du chantier de construction du réduit de la Croix-Saint-Michel à Ouessant (1902-1906). Photographies prises, soit par l’architecte François Sylvain Crosnier (1859-1950), soit par son frère Auguste Crosnier, polytechnicien, capitaine sur l'île d'Ouessant. Collection : Christophe Grunweiser publiée dans le site Index de la fortification française 1874-1914 - Fortiff.be, dédié aux fortifications européennes de la fin du 19e au milieu du 20e siècle.

Bibliographie

  • Françoise , PERON. Ouessant, L'île sentinelle, vie et traditions d'une île bretonne. Le Chasse-Marée, Armen, 1997.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • JADÉ, Patrick. "Les ouvrages de fortification littorale du port de Brest - 1872-1917. La défense des côtes en France à l'âge industriel". Mémoire de maîtrise d'Histoire Contemporaine de l´Université de Bretagne Occidentale, sous la dir. de M.-T. Cloître, 2004, 293 p. et 141 p.

    p. 106-115
  • FRIJNS, Marco, MALCHAIR, Luc, MOULINS, Jean-Jacques, PUELINCKX, Jean. Index de la fortification française. Métropole et Outre-mer. 1874-1914. Vottem (Belgique) : autoédition, 2008, 832 p.

  • LÉCUILLIER, Guillaume (dir.), BESSELIÈVRE, Jean-Yves, BOULAIRE, Alain, CADIOU, Didier, CORVISIER, Christian, JADÉ, Patrick. Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal. Rennes : éditions Presses Universitaires de Rennes, collection Cahiers du patrimoine, 2011, n° 94, 388 p.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • CHAZETTE, Alain. MANTEY, Olivier. DESTOUCHES, Alain. TOMINE, Jacques. PAICH, Bernard. Forteresse de Brest. La région de Saint-Renan. Peronnas, éditions Histoire et fortifications, 2014, 96 p.

Documents figurés

  • MALGORN, Loïc. "Photos anciennes sur Ouessant".

    https://ouessant.e-monsite.com/pages/photos-anciennes-sur-ouessant.html

  • MALGORN, Loïc. "Photos d'Ouessant pendant la guerre".

    https://ouessant.e-monsite.com/pages/ouessant-pendant-la-guerre.html

Documents multimédia

  • MALCHAIR, Luc, FRIJNS, Marco, MOULINS, Jean-Jacques, PUELINCKX, Jean. "Index de la fortification française 1874-1914 - Fortiff.be".

    https://fortif.be

  • Association "1846". JADÉ, Patrick. "A défaut de cuirasses...". 22 Janvier 2021.

    https://association-1846.over-blog.com/2021/01/le_desir_de_blindage.html

  • Association "1846". JADÉ, Patrick. "Bornes militaires françaises du 19e siècle". 24 Mai 2021.

    https://association-1846.over-blog.com/2021/05/bornes-militaires-francaises-du-xixe-siecle.html

Date(s) d'enquête : 2005; Date(s) de rédaction : 2005, 2014, 2026
(c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne
(c) Région Bretagne
Lécuillier Guillaume
Lécuillier Guillaume

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L'Haridon Erwana
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