Dossier d’œuvre architecture IA56132458 | Réalisé par
Lécuillier Guillaume (Contributeur)
Lécuillier Guillaume

Chargé d'études d'Inventaire du patrimoine à la Région Bretagne.

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  • enquête thématique régionale, Inventaire des héritages militaires en Bretagne
Batterie d'artillerie antiaérienne Rossitten (Lo 302), Le Cosquéric (Ploemeur)
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Association Rossitten Histoire et Mémoire

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton France - Ploemeur
  • Commune Ploemeur
  • Lieu-dit Le Cosquéric
  • Adresse rue de l'Aérogare
  • Dénominations
    ensemble fortifié, batterie, blockhaus, édifice logistique
  • Destinations
    Batterie Rossitten

De l’été 1940 au 10 mai 1945, la ferme de la famille Robic au Cosquéric à Ploemeur est occupée par des soldats de l’Allemagne nazie. Joseph (démobilisé dès juillet 1940), Anne-Marie Robic, leurs filles Michèle (née en 1933) et Yvonne (née en 1936) et la grand-mère sont contraints de s’installer dans les dépendances de la ferme. Une batterie antiaérienne de la marine de guerre (Kriegsmarine), composée de quatre canons antiaériens de 10,5 cm de calibre, y est implantée début 1941 dans des emplacements de campagne en attendant la construction de bunkers dédiés. Avec une vingtaine d'autres batteries antiaériennes, elle assurait la protection du port, de la base de sous-marins de Lorient, des navires et de la base aérienne de Kerlin-Bastard (aujourd'hui connue sous le nom de base d'aéronautique navale de Lann-Bihoué) contre les bombardements anglo-saxons. Baptisée "Rossitten"en 1942 (du nom d’une ville de Prusse orientale), cette batterie antiaérienne appartenant 2/806 Marine-Flak-Abteilung puis 3/817 est numérotée "Lo 302*". Son effectif était de cent vingt soldats.

Du 7 août 1944 au 10 mai 1945, la batterie "Rossitten" est enfermée dans la poche de Lorient assiégée par les troupes américaines et françaises. En collaboration avec d’autres unités, la garnison se voit assigner, en sus de la défense antiaérienne, la défense terrestre du sud-ouest de Lorient. Les bombardements terrestres sont fréquents sur la batterie.

Pour Jean Robic (fils de Joseph et Anne-Marie Robic, né en 1950) qui habite et travaille au Cosquéric, cette batterie antiaérienne composée d’une trentaine de constructions disséminées dans des parcelles privées, mais aussi dans une parcelle du Conseil départemental du Morbihan, est un héritage historique. Il y a collectionné d’innombrables objets de l’époque, ceux déjà sur place dans les bunkers et d’autres constructions comme le baraquement servant de cuisine/logement et incroyablement bien conservés, ceux récupérés "sur le terrain" par lui et ses amis, ceux mis en dépôt ou donnés par des habitants et même par des soldats allemands.

À travers l’histoire de sa famille, de ses parents, de ses sœurs qui ont vécu la guerre (à lire en annexe, le témoignage d’Yvonne Robic), Jean Robic retrace l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Cette histoire, à la fois familiale, ploemeuroise et lorientaise, faite de nombreuses rencontres, se poursuit avec la création en 2012 de l’association Rossitten histoire et mémoire présidée par Jean Robic. L’objet de l’association est de mettre en valeur la batterie "Rossitten" et son histoire dans la Seconde Guerre mondiale.

Le site du Cosquéric est connu par le plan de situation de la batterie antiaérienne "Rossitten" daté du 7 mai 1944, par des vues aériennes, des observations sur le terrain, croisés à des témoignages de l'époque notamment ceux de soldats allemands en garnison au Cosquéric comme Paul Zimmermann (1921-2012), caporal, mécanicien en charge de la centrale électrique revenu en 2006.

La particularité de ce site est son très bon état de conservation : trois bunkers (identifiés A, B et C) ont été acquis en 1963 par le ministère de la Défense dans le contexte de la Guerre froide ce qui a évité leur pillage, puis ont été acquis en 1999 et 2005 par Jean Robic, conscient de leur intérêt patrimonial.

Plusieurs bunkers conservent ainsi leurs portes blindées, des équipements, mais aussi des peintures murales allemandes (y compris des flèches et emblèmes "croix rouge" qui marquent vraisemblablement la transformation d’une pièce du poste de direction de tir secondaire en infirmerie durant la poche de Lorient). Plusieurs bunkers en "construction de campagne" (béton armé de faible épaisseur) sont également conservés ce qui est assez rare du fait de leur désaffectation et de la facilité de les détruire après-guerre.

D’un point de vue historique et patrimonial, l’intérêt de la batterie antiaérienne "Rossitten" à Ploemeur avec ses trois bunkers-musées dans leur environnement historique et conservant des équipements "dans leur jus" est remarquable à l’échelle européenne.

En 2015 a été créé, à proximité du bunker-magasin à munitions de type Fl 246, un monument à la mémoire de l'équipage de l'escadron 427 de la Royal Canadian Air Force tombé près de ce lieu le 4 février 1943.

L’association Rossitten histoire et mémoire a été lauréate en 2025 de l’appel à projets "Participer à l’Inventaire des héritages militaires de Bretagne" (volet "Recenser les fortifications contemporaines").

Ce dossier d’Inventaire du patrimoine a été créé par la Région Bretagne en 2025 dans le cadre de l'Inventaire des héritages militaires avec le soutien des membres de l’Association Rossitten histoire et mémoire.

Tout enrichissement est le bienvenu (documents iconographiques, textes, etc).

* L’abréviation "Lo" fait référence à la ville de Lorient, retenue pour nommer cette région défensive côtière puis la forteresse (Festung) à partir de 1944.

L’occupation allemande et la réquisition de la ferme du Cosquéric

Dès le 22 juin 1940, la ferme du Cosquéric à Ploemeur, propriété de la famille Robic depuis 1917, est occupée par des soldats de l’Allemagne nazie (probablement par une unité de l’armée de terre, Heer). Joseph et Anne-Marie Robic sont agriculteurs.

Garage, remise de 20 m2 et cuisine sont réquisitionnés par l’autorité militaire allemande le 7 septembre 1940 (certificat de réquisition du 11 février 1941 de la commune de Ploemeur).

 

La défense antiaérienne de la ville-arsenal de Lorient

Vingt batteries antiaériennes lourdes (Schwere Flak), équipées de canon de 7,5 cm, 8.8 cm, 10.5 cm et 12.8 cm de calibre, assuraient la protection du port, de la base de sous-marins de Lorient, des navires et de la base aérienne de "Kerlin-Bastard" contre les bombardements anglo-saxons durant la Seconde Guerre mondiale. L’acronyme "Flak" est l'abréviation du mot allemand Flugabwehrkanone qui signifie "canon antiaérien" (plus précisément, canon de défense contre les avions). Le terme Fliegerabwehrkanone, que l’on peut traduire littéralement par canon de défense contre avion/aviateur est également employé.

Le 1er avril 1943, la IV/brigade d'artillerie antiaérienne (Marine-Flak-Brigade ; ex Marine-Flak-Regiment 20) regroupe les groupes d'artillerie antiaérienne de la marine (Marine-Flak-Abteilung) 704, 708, 806, 807 et 817. Son poste de commandement est situé au château du Ter à Ploemeur ("Lo 324").

Début 1944, c'est ainsi plus de cent canons antiaériens de gros calibre qui défendent la ville-arsenal de Lorient avec des effectifs importants pour les mettre en œuvre : 84 officiers, 674 sous-officiers et plus de 3 000 marins.

La batterie antiaérienne "Rossitten" (2/806 puis 3/817)

Le groupe d'artillerie antiaérienne de la marine 806 (Marine-Flak-Abteilung 806) a été créée en novembre 1940 à Wilhelmshaven en Allemagne. En février 1941, il est envoyé en garnison à Lorient.

La deuxième batterie du groupe d'artillerie antiaérienne de la marine 806 (2/806) est composée d’une garnison de cent vingt soldats, en majorité de paysans originaires du nord de l'Allemagne. En 1942, elle est baptisée "Rossitten" du nom d'une ville de Prusse orientale : toutes les batteries antiaériennes pour la défense de Lorient portent en nom de code des noms de ville. En 1945, la ville de Rossitten a été rebaptisée "Rybachii" ; elle se trouve aujourd'hui en Russie dans l'oblast de Kaliningrad.

Le premier commandant de l'unité est le capitaine Feldkamp, lui succède rapidement et jusqu'à la fin de la guerre le lieutenant Erich Borchers, originaire de Cuxhaven en Allemagne.

En mai-juin 1943, suite à la réorganisation de la défense antiaérienne de Lorient, la batterie antiaérienne 2/806 du Cosquéric devient la 3/817 de la Marine-Flak-Abteilung 817 dont le poste de commandement est implanté au château de Kerloudan ("Lo 402") à Ploemeur. La batterie antiaérienne du Cosquéric est numérotée "Lo 302".

L’unité occupe la ferme du Cosquéric : les officiers s'installent dans le logis de la ferme (construit en 1930) tandis que l'équipage de la batterie est logé dans des baraquements en bois implantés à proximité des canons antiaériens.

Archives et plan mentionnent l’armement composé en mai 1944 de quatre canons antiaériens de 10,5 cm de calibre et de deux canons de 2 cm de calibre dont un canon à tube quadruple implanté au nord. Selon toute vraisemblance, il s’agissait de canon de 10,5 cm SK C/32.

Dans un premier temps (année 1941-première moitié de 1942 au moins), les canons sont disposés dans des emplacements de campagne.

Les bunkers permanents (Ständig Ausbau, abrégé en "St") en norme de protection B (Baustärke B, c’est-à-dire 2 m d’épaisseur de béton) sont construits plus tard, après le deuxième trimestre 1942, si on observe les dates de mise en place des plans standards présents sur le site :

- 2e trimestre 1942 : Fl 243a (Fl 229 ?)

- 3e trimestre 1942 : Fl 244 ; Fl 245, Fl 246 ;

- 4e trimestre 1942 : 621.

Selon les états de construction datés de juillet 1943 (Übersicht über den ständigen Ausbaustand. Stand : 1. Juli 1943) pour la région défensive de Lorient, 292 constructions permanentes sont programmées : 144 (50 %) sont réalisées et 82 (27 %) sont en chantier. Il s’est agi prioritairement de construire entre août 1942 et juillet 1943 les abris à personnel et à munitions ainsi que les cuves destinées à recevoir des canons antiaériens (Flak-Geschützstände) ou des projecteurs (Scheinwerferstände). Pour un bunker de type 621 (356 m3 de béton), le temps de réalisation moyen avoisine les 8 semaines.

Le raid aérien allié du 4 février 1943

Le 4 février 1943, un bombardier Wellington III est touché par la défense antiaérienne de Lorient et s’écrase près de la batterie "Rossitten" faisant 4 morts : seul un membre de l’équipage en sort indemne après avoir sauté en parachute. Un monument commémoratif rappelle cet épisode douloureux.

Les comptes-rendus - côté Alliés et côté Allemand - livrent deux points de vue différents d’un même raid aérien.

Côté Alliés

Cent-vingt avions ont participé à l’attaque aérienne du 4 février 1943.

Vers 19h30, un bombardier a mouillé deux mines au large de Lorient.

Vers 20h30-20h40, une première vague de bombardier lâche dans la ville - au sud et à l'est - des charges incendiaires.

Vers 21h10-21h50, une seconde vague de bombardier lâche sur les incendies des charges mixtes composées d'explosifs et de charges incendiaires. La ville entière, y compris les docks, est en flammes.

Trois avions sont touchés par la défense contre avion.

Un seul avion est perdu : il a été vu détruit par la défense antiaérienne alors qu’il était pris dans un cône de projecteurs au-dessus de Lorient.

Côté Allemand

D’après le journal de guerre (Kriegstagbuch) du groupe d'artillerie antiaérienne de la marine 806 (Marine-Flak-Abteilung 806) du 1er au 15 février 1943, seuls trente à quarante avions ennemis identifiés comme des bombardiers de type Liberator et Wellington sont observés arrivant du nord à 20h42.

Les défenses antiaériennes rentrent en action.

Lors de ce seul raid, 1 195 projectiles de 10,5 cm ont été tirés par le groupe d'artillerie antiaérienne de la marine 806 (472 projectiles de 8,8 cm, 183 projectiles de 2 cm et 515 projectiles de mitrailleuse). La batterie Rossitten (2/806) a tiré pour sa part 112 projectiles de 10,5 cm et 30 projectiles de 2 cm.

A titre de comparaison :

- lors du raid aérien du 7 février (composé de 296 bombardiers alliés), la batterie Rossitten (2/806) a tiré 815 projectiles de 10,5 cm et 187 projectiles de 2 cm.

- lors du raid aérien du 13 février (composé de 422 bombardiers alliés), la batterie Rossitten (2/806) a tiré 798 projectiles de 10,5 cm et 205 projectiles de 2 cm.

L’après-guerre

Le déminage et la remise en culture

Marqué de nombreux cratères dus aux bombardements, le site de la batterie antiaérienne est évacué le 10 mai 1945. En raison de la présence de mines et de munitions, des parcelles labourables sont laissées incultes ou en friche par les cultivateurs.

Les opérations de déminage, désobusage (ramassage des munitions et obus) et débombage sont réalisées durant l’été 1946 autour des lieux-dits Le Cosquéric et Breuzent par le service de départemental du Morbihan composé d’équipes d’experts français et d’une main d’œuvre composée de prisonniers de guerre allemands.

Sur 110,09 ha de superficie, 73,79 ha ont été passés au détecteur à métaux et nettoyés et 6,4 ha ont été "labourés" avec un tracteur Lanz Bulldog par le service départemental du déminage ; 29,9 ha a été "labourés" par les cultivateurs eux-mêmes qui engagent leur responsabilité en cas d’accident via des certificats. Comme d’autres cultivateurs, Joseph Robic de la ferme du Cosquéric refuse le concours du tracteur du service de déminage pour deux parcelles et rédige et signe un certificat le 12 août 1946. Il demande en revanche l’intervention du service de déminage pour le nettoyage d’une parcelle couverte de ronces, d’ajoncs et encombrés de barbelé, minée et inculte depuis 1943.

Dans les lieux-dits Le Cosquéric et Breuzent, 23,5 t de munitions et obus ont ainsi été traitées au 1er novembre 1946 par le service départemental du déminage ; trois bombes sont signalées à l’est de Breuzent (pour la seule commune de Ploemeur, 240 t de munitions et obus sont traitées et 11 bombes sont signalées).

Du 28 mai au 6 juin 1947, 525 obus de 122 mm russes issus du champ de mines IV de Breuzent sont traités ; les bunkers sont vidés et balayés par le service départemental du déminage.

La commune de Ploemeur est officiellement désobusée le 28 septembre 1947, mais des dépôts de munitions subsistent.

 

Le rapport Pinczon du Sel

Le site de la batterie antiaérienne du Cosquéric est recensé par la Marine nationale dans le cadre de la réalisation du rapport Pinczon du Sel (1946-1947) consacré aux installations du Mur de l'Atlantique, mais non documenté en détail.

 

Pillage, récupération et oubli

Les constructions sont pillées ; les baraquements sont démontés pour être remontées tout ou partie ailleurs. Les tranchées sont rebouchées et les terres remises en culture.

Les constructions sont progressivement envahies par la végétation et oubliés.

Imposés par "l'occupant" sur des terrains réquisitionnés, les constructions - non imposables - ne sont pas cadastrées comme éléments bâtis. Elles ne semblent pas avoir été réutilisées à l’exception du bassin situé près des cuves à canon.

 

Trois bunkers, propriétés de la Marine nationale

Dans le contexte de la Guerre froide, trois bunkers permanents de la batterie antiaérienne "Rossitten" (les deux bunkers situés près de la ferme du Cosquéric : bunker-abri de type Fl 245 pour groupe électrogène et bunker-abri de type 621 ; au nord vers Breuzent, le bunker-magasin à munitions de type Fl 246) sont acquis en 1963 par le ministère de la Défense dans l’hypothèse de les reconvertir en abri antinucléaire.

Sur le terrain, des bornes de délimitation de terrain militaire témoignent encore de cette propriété : elles sont numérotées et marquées d’une ancre de marine. Du fait de leur appartenance au domaine militaire, les trois bunkers sont conservés en bon état.

 

Conservation et patrimonialisation du site

En 1979, Gunther Horn, officier en second (Oberleutnant) de la batterie "Rossitten" durant la Seconde Guerre mondiale vient rencontrer Joseph Robic, propriétaire de la ferme du Cosquéric. Cinq autres anciens soldats viennent ensuite visiter la ferme jusqu'en 2006 : Hermann Vogel (infirmier), Helmar Hesse (opérateur radar), Hermann Bruggermann (artilleur), Eric Bacher et Paul Zimmermann (mécanicien en charge de la centrale électrique).

En 1999, Jean Robic achète à l’État les deux bunkers situés près de la ferme du Cosquéric.

A une date indéterminée, l’État a vendu à la commune de Ploemeur la parcelle contenant le bunker-magasin à munitions de type Fl 246. En 2005, Jean Robic achète à la commune de Ploemeur le bunker-magasin à munitions (le bunker a conservé sa signalétique : "MARINE NATIONALE/DEFENSE D’ENTRER. /DANGER").

Créée en 2012 par Jean Robic, l’association Rossitten histoire et mémoire se donne pour objet de mettre en valeur la batterie "Rossitten" et son histoire dans la Seconde Guerre mondiale. Certaines constructions - notamment celles situées dans parcelle du Conseil départemental du Morbihan - ont été nettoyées et dépolluées afin de les rendre accessibles au public.

En 2025, la Société civile immobilière du Cosquéric est propriétaire des parcelles contenant les trois bunkers ainsi que d’autres parcelles bâties ou non bâties.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle , daté par source
    • Secondaire : 2e moitié 20e siècle, 1er quart 21e siècle , daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Organisation Todt (1938 - 1945)
      Organisation Todt

      L’Organisation Todt (souvent abrégée en "OT") était un groupe de génie civil et militaire de l'Allemagne nazie. Elle portait le nom de Fritz Todt (1891-1942), son fondateur et dirigeant, ingénieur de travaux publics nommé en 1940 ministre du Reich pour l'Armement et les Munitions. A sa mort le 8 février 1942, ce dernier est remplacé par l'architecte Albert Speer (1905-1981), haut responsable politique et proche d’Adolf Hitler. L'organisation Todt a notamment assuré la construction du réseau des autoroutes du Reich (Reichsautobahnen), de bases aériennes, portuaires, de sous-marins, d’infrastructures pour armes spéciales ou logistiques et de fortifications (Westwall, Atantikwall, Südwall).

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      maître d'oeuvre attribution par travaux historiques

Un vaste ensemble fortifié

Cet ensemble fortifié de l’Allemagne nazie s'étendait sur une superficie d’environ douze hectares délimité par un réseau de fil de fer barbelé et protégé par dix-sept champs de mines permanents. Il était doté de constructions liées à la vie quotidienne de la garnison, à la logistique et à la défense :

- construction de campagne (Feldmässiger Ausbau, abrégé en FA ou Fm) :

- un bunker pour pompe à eau et citerne enterrée ;

- un bunker pour pompe à eau ou puits et trois bassins ;

- un bunker-abri-puits à câble téléphonique (Kabelbrunnen) ;

- un poste de garde ;

- une vingtaine de postes de tir de campagne ("trous de renard" : Schützenlöcher).

- construction de campagne renforcée (Verstärkt feldmässiger Ausbau, abrégé en VF) :

- six postes d’observation et de tir dits Tobruk ;

- deux bunkers-cuves pour canon antiaérien (implantée au nord et au sud des bunkers-cuves pour canon antiaérien de 10,5 cm) ;

- un bunker-abri pour transformateur (Trafo) ;

 

- construction permanente (Ständig Ausbau, abrégé en St) :

- un bunker-citerne ;

- un bunker-abri de type 621 pour un groupe de combat (type 621) ;

- un bunker-centrale à machines (type Fl 245) ;

- six bunkers-cuves pour canon antiaérien (type Fl 243a) ;

- un bunker-poste de direction de tir (type Fl 229) ;

- un bunker-poste de direction de tir (type Fl 244 modifié avec cuve de télémètre implantée sur la dalle de couverture) ;

- un bunker-magasin à munitions (type Fl 246).

Au sud de l’ensemble fortifié se trouvait un ensemble secondaire regroupant un emplacement pour appareil de mesure radio (Funkmeßortungsgerät abrégé en FuMO), un emplacement pour un appareil de pointage, de visée et de direction (Leit-Richt-Gerät, abrégé en L.R.G.), un emplacement pour projecteur de 60 cm de diamètre (Scheinwerfer, abrégé en S 6), plusieurs abris et un grand baraquement.

Un emplacement pour dispositif d’écoute (Horchgerät) est également signalé en 1941.

Un FuMO 213, radar* de conduite de tir antiaérien et un FuMO 303, radar de de veille lointaine sont signalés sur le site par des témoignages d’anciens soldats radaristes.

Les baraquements ont tous disparu à l’exception de la cuisine plus haut. Des vestiges des fondations de ces derniers seraient conservées sous la végétation.

A cela, il faut ajouter des chemins plus ou moins stabilisés et des tranchées de communication.

* L'acronyme RADAR dérive de l'anglais Radio Detection and Ranging, radio détection et mesure de distance.

Les six bunkers-cuves pour canon antiaérien (type Fl 243a)

Pour plus de facilité, nous avons numéroté les cuves de I à VI dans le sens des aiguilles d’une montre à partir de la cuve nord. Situés à 50 m au-dessus du niveau de la mer, les six bunkers-cuves sont implantés selon un plan hexagonal allongé : la cuve I est grossièrement située au nord ; la cuve IV est grossièrement située au sud. Quatre cuves sur six étaient armées par un canon de 10,5 cm SK C/32 capable de tirer à 360°.

Au centre de l’hexagone se trouve le bunker-poste de direction de tir principal de type Fl 229.

Au nord-nord-ouest et au sud-sud-est de l’hexagone allongé formé par les six cuves sont implantés deux bunkers-cuves en construction de campagne, respectivement armés d’un Flakvierling 38, canon antiaérien à tube quadruple de 2 cm de calibre et d’un Flak 38, canon antiaérien de 2 cm.

Les cuves I, II et VI sont situées dans des parcelles privées.

Les cuves III, IV et V sont situées dans une parcelle du Conseil départemental du Morbihan.

Les cuves I et VI sont envahies par la végétation (elles n’ont pas pu être documentées).

Les cuves II, III, IV et V sont facilement accessibles.

De type Fl 243a, cette construction est désignée en allemand comme Schwere Flakstand ohne Bereitschaftsraum, cuve pour canon antiaérien lourd sans salle de garde. Ce bunker a nécessité 200 m3 de béton armé pour sa construction. Il affecte la forme d’un polygone à sept côtés et mesure 11,1 m x 11,1 m hors-tout. Sa hauteur d’environ 1 m au-dessus du sol environnant assure le rôle d’un parapet destiné à éviter les éclats, les ondes de souffle en cas de bombardements et la destruction de la végétation de camouflage lors des tirs rasants de son canon.

Il comprend une entrée principale en chicane et une ouverture secondaire rectangulaire implantée à 90° par rapport à l’entrée (les portes, si elles ont été posées, ont disparu). L’entrée comporte une grande niche murale. De plan circulaire d’environ 6 m de diamètre, la cuve est dotée de sept niches-abris périphériques destinées aux soldats et aux munitions. Du côté de l’entrée, la niche-abri est dotée pour la défense terrestre d’une ouverture de tir avec volet blindé (volet blindé en place dans les cuves II, III et V ; non vu dans les cuves I et VI).

La cuve IV conserve dans ses niches-abris nord et sud des peintures murales rouge brun (imitation papier peint réalisée au chiffon). Elle a perdu ou n’a jamais été équipée d’un volet blindé pour son ouverture de tir orientée vers l’entrée.

Selon les normes du plan standard Fl 243, les quatre niches à munitions de la cuve permettent de stocker au total 200 obus de 10,5 cm. Les niches-abris sont dépourvus de leur dispositif de fermeture (volet métallique ou en bois ?).

L’affût du canon était fixé en position centrale sur la plate-forme grâce à douze tiges filetées. Pour faire fonctionner le canon et ses équipements, la cuve est raccordée au réseau électrique de la batterie antiaérienne. La cuve et le canon étaient probablement couverts d'un filet de camouflage.

Quelques éclats ont touché les cuves lors des bombardements de la poche de Lorient.

  • Murs
    • béton béton armé
  • Toits
    béton en couverture
  • État de conservation
    vestiges, état moyen, bon état, inégal suivant les parties
  • Techniques
    • peinture
  • Précision représentations

    Marquages et inscriptions ; panorama de tir.

  • Statut de la propriété
    propriété privée, Société civile immobilière du Cosquéric (plusieurs parcelles)
    propriété privée
    propriété du département, Conseil départemental du Morbihan (parcelle CE n° 97 abritant au moins 5 constructions)
    propriété de la commune, Ville de Plœmeur (parcelle CE n° 193 abritant le Monument à la mémoire de l'équipage de l'escadron 427 de la Royal Canadian Air Force)
  • Intérêt de l'œuvre
    vestiges de guerre, à signaler
  • Éléments remarquables
    blockhaus, édifice logistique, monument

Documents d'archives

  • Fonds de la Direction du déminage, représentation interdépartementale Finistère-Morbihan (conservé jusqu'en 2022 au Fort Montbarey à Brest par l'association Mémorial des Finistériens puis restitué aux Archives départementales du Finistère).

    Le fonds contient les dossiers de suivi des opérations de déminage, désobuage et débombage des territoires finistériens et morbihannais, réalisées entre 1945 et 1948. Chaque dossier de canton contient au minimum le dossier d'opération du service du déminage français, composé de questionnaire d'enquête, de carnet de prospection, de carnet de travaux, de plans, et d'attestations indiquant la fin des travaux de déminage. Pour certaines zones, le dossier est complété par le dossier de zonage allemand, comprenant les plans d'implantation des mines et les fiches descriptives des zones minées. Ces dossiers datent majoritairement de 1943 et 1944.

    Le fonds a été intégralement conservé. Cependant, certaines zones géographiques sont manquantes ou lacunaires, c'est notamment le cas de Brest, Crozon et Concarneau. D'autres secteurs sont au contraire bien renseignés, comme les régions de Morlaix et de Saint-Pol-de-Léon.

    https://recherche.archives.finistere.fr/document/FRAD029_00002264W

    Archives départementales du Finistère : 2264W
  • Rapport Pinczon du Sel sur les installations du Mur de l'Atlantique (1946-1949). "Le Mur de l´Atlantique. Livre IV : du Mont Saint-Michel à la Laïta" (collection : Service Historique de la Défense du Château de Vincennes). Texte en liasse ; plans et photographies.

    https://www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr/arts-sciences-militaires/batiments-militaires/rapport-pinczon-du-sel-sur-les-installations-du-mur-de-latlantique

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : SHDMV MV 2DOC 3

Bibliographie

  • ROLF, Rudi. Atlantikwall-Typenheft. Atlantic Wall typology. Typologie du Mur de l'Atlantique. Middelburg, PRAK publishing, 2008, 432 p.

  • FLEURIDAS, Patrick. HERBOTS, Karel. PEETERS, Dirk. Constructions normalisées. 600-699. 700-704. Regelbauten. S. l., 2008, 183 p., 2-914827-27-X.

  • ASSOCIATION ROSSITTEN HISTOIRE ET MÉMOIRE. Inventaire de la batterie de Flak Rossitten. Non publié, 2025, 38 p.

  • TROUSSARD, Philippe. Batterie du Cosquéric. Bien plus qu'un musée, un saut dans l'histoire. Toulouse : CoolLibri. Association Histoire et Mémoire, collection Passeurs de mémoire, 123 p.

Périodiques

  • CHAZETTE, Alain, TOUSSAINT, Patrick. "Les pièces de 10,5 cm S.K. C/32 et S.K. C/33 de la Kriegsmarine. Matériels embarqués et pièces employées sur l'Atlantikwall et le Südwall : Brest - Lorient - Saint-Nazaire - Toulon". Paris, Fortifications et Patrimoine, hors-série n° 2, novembre 1999, 72 p.

  • "Témoignages d’Yvonne et Jean Robic* (nés respectivement en 1936 et 1950)". Mémoires de la Poche. Les Nouvelles de Lorient Agglomération, n° 21 mars-avril 2015, p. 26

  • "80e anniversaire de la poche de Lorient". Supplément hors-série, Les Nouvelles de Lorient Agglomération, avril 2025, 12 p.

Documents figurés

  • ASSOCIATION GERFAUT 29. MOIGNEZ, Christian. Collection de plans et coupes de bunkers.

Documents multimédia

  • RELIKTE. Remains of european fortifications 1935-1945. Atlantikwall (cartographie).

    https://www.relikte.info/atlantikwall.html

Annexes

  • "Témoignages d’Yvonne et Jean Robic* (nés respectivement en 1936 et 1950)". Mémoires de la Poche. Les Nouvelles de Lorient Agglomération, n° 21 mars-avril 2015, p. 26
  • L’eau et ses différents usages sur le site de la batterie d’artillerie antiaérienne "Rossitten"
  • Baraquement-cuisine-logement du cuisinier de la batterie antiaérienne "Rossitten"
  • Le canon de 10,5 cm SK C/32
  • Le fonctionnement de la batterie d’artillerie antiaérienne "Rossitten"
  • Les deux bunkers-cuves en construction de campagne de la batterie antiaérienne "Rossitten"
  • Les bunkers-postes d'observation et de tir dit Tobruk-Stände de la batterie d’artillerie antiaérienne "Rossitten"
  • Les "trous de renards" (Schützenlöcher) de la batterie antiaérienne "Rossitten"
  • [SYNTHÈSE] Le poste d’observation et de tir en béton armé : du Ringstand au Tobruk
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025, 2026
(c) Région Bretagne
(c) Association Rossitten Histoire et Mémoire
Lécuillier Guillaume
Lécuillier Guillaume

Chargé d'études d'Inventaire du patrimoine à la Région Bretagne.

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